S IL HOUE T TES D'AU TIS TES
Perret, en son langage un peu brusque, rappeler leurs longues courses sous les arbres séculaires, à travers les roches bleues et les fougères géantes; Mathieu, la Violette, comme rappelaient Louis Davyl et Olivier Métra, ses voisins de campagne, morts aussi et ses voisins encore dans le petit cimetière de Bois-le-Roi, Mathieu s'en allait de compagnie avec lui, l'un portant le havresac aux victuailles, l'autre son attirail de peintre. On s'arrêtait à Bellecroix, après avoir passé les mares, et, pendant que Perret installait chevalet, toiles, parasol et pliant, le poète escaladait un endroit dépouillé de toutes frondaisons, d'où l'on découvre l'horizon à perte de regard. Alors il disait, de sa voix chaude et vibrante, quelque pièce de vers dont le vent emportait les rimes sonores et qui faisait la joie de son compagnon de qui la brosse hâtée allait rapide, ne voulant pas rater l'instant précis de Y effet.
Perret vit là, au milieu des paysans; il s'est fait paysan luimême pour mieux saisir l'intimité de leur existence. Avec eux il va boire, il parle leur langue. Qui pourrait se méfier du but poursuivi? Il a pu ainsi saisir, étudier à son gré une humanité intéressante. Ses paysages, d'une touche assurée et solide, sont largement compris : les êtres qui s'y meuvent ont la brutalité de leur état. Plus précis que Millet, il s'est gardé de la sentimentalité d'image et, on doit le dire — à cause même de l'autorité du maître si remarquable en d'autres points, — du procédé facile de Y Angélus. Prêter une cérébralité à tous ces gens que le sort attache à la terre, c'est peut-être faire œuvre de poète, mais c'est, souvent du même coup, mentir à la vérité.