‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 54 sur 68 · S IL H 0 UE T TE S D 'A R T 1STE S · texte numérisé non relu

S IL H 0 UE T TE S D 'A R T 1STE S

Luxembourg, et la Danse de Salomé sont autant de témoignages de ses curieuses préoccupations.

Et pour s'entretenir dans ces visions, Rochegrosse entreprend des voyages nombreux. Il visite l'Egypte, fait des fouilles à Carthage, évoque Amilcar et ses mercenaires, s'entoure de documents, et sur place, revit la vie d'autrefois. Il se suggestionne, pour ainsi dire, étudie tout, ne laisse échapper aucun détail. Il se fait savant, se nourrit de textes, pour être peintre véridique des choses passées. Comme Gustave Moreau, il est préoccupé des plus petits accessoires dont pouvaient s'entourer ses héros dans leur luxe enfantin et barbare. ^

Flaubert, qui s'y connaissait, frappé des tendances de son jeune ami, l'encouragea dans cette voie de recherches jusqu'au moment où, pendant un séjour à Croisset, le bon géant, de sa voix un peu solennelle, lui dit, en regardant une de ses études d'antiquité résurrectionnée :

— Toi, petit, tu feras Salammbô!

Cette parole, tombée d'une telle bouche, ne devait pas être vaine.

Rochegrosse s'est mis à la besogne. C'était un rude labeur, mais il l'a mené à heureuse fin, tâchant de concilier et Flaubert et les opinions différentes de ceux qui se sont occupés de ce même sujet.

Il vient de terminer la dernière des cinquante aquarelles qui seront reproduites à l'eau-forte dans la magnifique édition de Salammbô, que prépare en ce moment l'éditeur Ferrand.

Ainsi s'est accomplie la prophétie du Maître.

Auguste Rodin.

Page 1