‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 55 sur 68 · AUGUSTE RODIN · texte numérisé non relu

AUGUSTE RODIN

Si les ignorants funestes qui, hier encore, accusaient Rodm de se moquer d'eux en les forçant d'avaler son Balzac soupçonnaient seulement la vie et l'âme de ce maître digne de tous les respects, ils hésiteraient, — ne fût-ce que pour euxmêmes, — à formuler leur avis comme ils font!

Qu'ils imaginent la tête d'un bénédictin doublé d'un homme d'armes dessiné par Durer; du moine, il a le regard de foi et de réflexion et du soldat la face énergique et volontaire. Et, de fait, il est bien armé pour la lutte.

Sa vie, d'ailleurs, n'est qu'un long combat, « une gradation dans la difficulté, » disait-il à un ami. Dès le début, on le considère comme un révolté, il est frappé d'interdit. Et tandis que ses camarades, bons travailleurs selon la formule académique, arrivent tout naturellement aux récompenses officielles, il se voit écarté de l'Ecole des Beaux-Arts pour n'avoir pas choisi un professeur! C'est le commencement. En 1865, il est refusé au Salon avec ce prodigieux buste classé maintenant dans l'art contemporain sous le nom de Buste au nez cassé. Mais il faut vivre. Rien ne le rebute. De l'atelier de l'ingénieux Carrier- Belleuse il passe à celui de Dalou, abstrayant à ce point sa personnalité, qu'il traverse ces milieux, sans que sa foi soit effleurée.

Entre temps, il livre à des orfèvres de minuscules sculptures pouvant servir de broches et de pendants d'oreilles, ou bien encore, il va en Belgique où, sous le nom d'un ami, il collabore à des groupes gigantesques pour de colossales décorations.

Mais, sitôt qu'il travaille pour lui-même, les difficultés recommencent, comme en 4877, témoin Y Age d'airain, avec combien

Page 1