‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 6 sur 68 · JEAN BÉRAUD · texte numérisé non relu

JEAN BÉRAUD

Pourrait-on se douter que cet aimable gentleman, au grand air, correct en sa tenue, d'éducation parfaite, qui s'est fait la spécialité de peindre les Parisiennes à la ville ou dans la country, annotateur jaloux des multiples transformations de la mode, du Smart, du dernier cri de la vie luxueuse et désœuvrée, auquel n'échappent ni les combinaisons de dentelle, ni le mariage harmonieux des fleurs, des plumes et des rubans, ni la coupe d'une jupe, ni le talon plat ou pointu d'un soulier à boucles ou à bouffettes, a commencé, sortant de l'atelier Bonnat, par suivre les conseils de Manet, de qui il fut le jeune ami?

C'est pourtant sous cette influence qu'il peint : la Salle Graffard, les Fous, les Salles des Filles au Dépôt, car voilà ses prémices. Mais ce besoin de vérité se transforme et cède la place au genre religieux, sa dernière manière, à laquelle nous devons la Madeleine chez les Pharisiens. Plus éclectique que le pauvre Duez qui l'aimait, sans avoir l'indifférence de son camarade Gervex, ni le culte exagéré de l'exactitude de Détaille qui fut son copain sur les bancs du lycée Condorcet, Béraud s'est créé un genre dont il est le maître.

Il est, d'ailleurs, un homme fort occupé, ne comptant ni son temps, ni sa peine, ni ses conseils, on le sait de reste, lors de l'organisation des Salons de la Société nationale que préside Garolus Duran.

Homme de sport, cet élégant est un bicycliste de la première heure, un des meilleurs tireurs de la salle Baudry.

Né à Saint-Pétersbourg d'un père sculpteur, il a l'ancienne distinction des Slaves dans l'enveloppe souple du Latin; aussi on le recherche dans le mande à Paris comme à Londres où

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