‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 7 sur 68 · S / L II 0 UE T TES D'A II 77 S TES · texte numérisé non relu

S / L II 0 UE T TES D'A II 77 S TES

l'an dernier, au bal costumé de la duchesse de Devonshire, il représentait l'Art Français. Cette fréquentation dans la haute aristocratie de la naissance et de la finance lui ont valu de fixer sur la toile les traits de la belle duchesse Decazes, de lady de Grey, de la baronne Henri de Rothschild, de sir Campbell Clarke.

Les scènes de la vie élégante ont naturellement sollicité la verve de cet acharné mondain. Tel cet Intermède si connu où le nez en trompette de Coquelin Cadet, devant un épanouissement de claires toilettes que pique çà et là la note noire des habits, mirliton ne quelque joyeux monologue. Telle aussi cette toile qui n'a d'ailleurs jamais été exposée et représentant le salon de la comtesse Potocka en 188G. Cette fois, ce n'est plus Cadel qu'écoute la select assemblée, mais bien le philosophe Caro tenant sous le charme de sa parole le snobisme de son futile auditoire.

S'il est encore facile de croquer à la dérobée, en un coin de salon, un tableau parisien, il n'en va pas de même des scènes ayant pour décor le milieu d'une rue ou le plein boulevard sans courir le risque d'avoir sur le dos la curiosité indiscrète du passant aimant à voir opérer l'artiste!

Béraud a imaginé de s'installer dans un fiacre aux stores baissés. Proh pudor! mais il s'en moque; l'art ne purifie-t-il pas ce qu'il touche? La voiture devient un atelier roulant où il peut passer de longues heures.

Un jour, après une interminable séance, Béraud réveille le cocher endormi sur son siège. Ce bon homme n'a pas même soupçonné le labeur auquel sa voiture a pré lé son abri.

Aussi, lorsque le peintre donne son adresse : — 5, rue Clément-Marot, le cocher, après cette longue attente, pris d'une grande compassion pour son client, murmure entre ses dents :

— Elle n'est pas venue!

Léopold Bernstamm.

LÉOPOLD BERNSTAMM

e petit homme en perpétuelle agitation, comme secoué d'une

fièvre nerveuse, va dans la vie sans s'attarder aux diffi-

cultés, franchissant d'un bond l'obstacle s'il ne peut le contourner. La tête casquée d'une toison noire, drue, frisée, tel un bonnet d'astrakan, semble trop grosse pour le corps; la pâleur mate du visage où pointe un nez malicieux et fin, à la façon d'un museau de musaraigne, est encore exagérée par le jais de deux prunelles brillantes, mobiles à l'excès, singulières, où le regard, en même temps que la confiance en soi, trahit la méfiance des autres.

Il a fallu une rare opiniâtreté à Léopold Bernstamm pour arriver à la situation qu'il occupe.

Il fut, en Russie, l'élève de Jensen, qui eut lui-même le célèbre sculpteur danois, Thordwalsen, pour professeur; cependant, il a, avec ce dernier — ■ en passant par-dessus l'enseignement de son maître — une parenté manifeste, incontestable. Mais il veut se parfaire. Il part pour l'Italie, s'installe à Rome, écoute les conseils d'un sculpteur renommé, Rivalta, et vit surtout au milieu des chefs-d'œuvre de l'Antiquité et de la Renaissance, une existence de labeur extasiée.

Il revient à Paris agrémentant d'un baragouin d'italien sa langue maternelle de Russe de Riga, mais — s'il le comprend, — ne disant pas un mot de français.

La bourse est à sec. Son bon génie sous les traits de goût sûr du docteur Labadie-Lagrave le conduit chez le dilettante aimable, et délicat, doublé d'un financier habile, Gabriel Thomas, lequel préside aux destinées du Musée Gré vin.

— Voici le sculpteur dont je vous ai parlé pour vos galeries.

A ces mots Bernstamm pâlit... davantage. Il a l'évocation du naïf et vulgaire musée de cire des fêtes foraines. C'est donc là qu'il va échouer? On lui fait comprendre qu'il s'agit d'autre chose.

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