‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 60 sur 68 · ANDRÉ SINET · texte numérisé non relu

ANDRÉ SINET

ous souvenez-vous d'un portrait de Mme Yvette Guilberc,

Y tout flamboyant, dans sa chevelure d'or, fièrement campé en une attitude meilleure que celle du modèle — la diseuse populaire ne m'en voudra pas, elle en voudra encore moins à son peintre de l'avoir magnifiée de la sorte? — Ce portrait flatteur était d'André Sinet. Du même peintre j'avais, chez Bodinier, remarqué, en même temps qu'une suite de Parisiennes dont quelques-unes ont servi de types à quelques confrères à court d'imagination et de science, une série d'enfants tout petits d'une saveur charmante, bien supérieurs en leur exquise sincérité aux naïvetés recherchées de Kate Greenaway — mais se rapprochant plutôt du maître dans le genre, de M. Ch. Serret.

Tout, dans l'ensemble, marquait une étude approfondie et raisonnée de la femme, une préoccupation de l'enfant, un souci d'art assez rare et une vision exacte et gracieuse des années de prime jeunesse, quoique le procédé fût un peu flou, estompé et comme donnant l'idée d'un brouillard établi entre le regard du spectateur et le cadre.

André Sinet est né dans un atelier : fils de peintre, petit-fils de sculpteur, enfant de la balle. Après des portraits intéressants exécutés en hâte, dont les originaux sont trop choisis parmi les personnages en vue — le portrait-sandwich — il voyage en Angleterre et en Ecosse. Ce pays d'atmosphère grise et fine s'adapte à souhait à son tempérament d'humoriste, de pincesans-rire, et correspond, en même temps, à un besoin de cant, de tenue propre à la race anglo-saxonne, qui le séduit. Il a d'ailleurs une fièvre de mouvement, de changement qui le porte en des contrées de mœurs et d'aspects opposés. Tantôt, c'est la vie mondaine où son esprit critique trouve un perpétuel élé-

SILHOUE TTES D M R T ISTES.

ment d'étude qui l'attire, tantôt, c'est la vie des champs. Un beau matin il part, achète une ferme, s'improvise, s'établit agriculteur. Malgré les mottes de terre attachées à ses gros souliers l'artiste affiné et délicat se trahit.

Le curé de la contrée le rencontre un jour et lui dit :

— Maître Sinet vous êtes un faux paysan ; le Parisien se devine sous votre bure, sans qu'il soit besoin de vous entendre parler.

— C'est vrai, répond le peintre, j'ai jeté mon frac aux orties! »

A mon sens, c'est la campagne que ce citadin d'essence traduit le mieux. La campagne avec ses laboureurs frustes et forts, ses glaneuses, pliées en deux sur la terre basse, dans des paysages de calme et de silence.

Au fond Sinet est un sincère épris de la nature qui prodigue un talent personnel incontestable — comme un homme d'esprit ses saillies — sans compter. Il a, en surcroît, ce que les autres n'ont pas en suffisance. Son scepticisme n'est qu'en façade.

L'âme de l'artiste avec ses émotions vivement ressenties, spontanément traduites devant le troublant spectacle des choses et des êtres, est en lui.

Sisley.

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