‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 62 sur 68 · SILHOUETTES D'ART IS T E S · texte numérisé non relu

SILHOUETTES D'ART IS T E S

vrai plan, laisseraient passer derrière eux et les envelopper tout entiers les oncles lumineuses.... Mais pourquoi rappeler cette lutte du plein air contre les placages et les silhouettes de l'école plus lisible du tableau fait à l'atelier? Aujourd'hui Sisley a sa belle place au soleil, glorieux maître de tous, auquel il a tout sacrifié. C'est justice. Le murmure des neutres, les cris des jaloux, les railleries des peintres solennels cachés derrière les jupes de la bonne dame au casque de pompier de qui la tête sert d'emblème à l'Institut, n'y peuvent rien. Sisley est de ceux, — et ce n'est pas là un mince honneur, — qui, d'une violente poussée, ont. démoli cet adage, protecteur commode des impuissants : Nil nom sub sole en lui substituant un seul mot : Nil nom sine sole.

Anglais de naissance, le maître se sentit, il y a quelque temps, poussé par un heureux et atavique besoin de revoir son pays d'origine. Il quitta donc les délicieux bords du Loing, dont il demeure le peintre définitif, pour chercher, au pays de Galles, une impression nouvelle, une atmosphère autre, des étendues plus vastes que celles des environs de Moret et des sites moins restreints que ceux où coule l'eau claire et chantante de sa rivière de dilection. Il s'attaqua alors à la grande mer, aux hautes falaises, aux horizons sans fin. Qui ne se rappelle ces lumineuses toiles exposée chez Petit: là apparut, dans sa cyclopéenne structure, la falaise de Penath, Tp&YUnrnatin brumeux, par un temps d'orage ou par un soleil couchant trvptique d'un genre nouveau.

Aucune description ne saurait donner l'idée de la façon dont le peintre a exprimé les trois aspects si différents de ce même paysage. L'abondance des moyens confine à la magie, la sincérité de l'impression s'impose, s'établit d'irréfragable façon. C'est miracle que la délicatesse de vision, que la science des couleurs en leur audacieuse juxtaposition où le dessin s'exécute de lui-même, que cette maîtrise, enfin, dont Sisley a donné la preuve éclatante dans ces trois peintures. Seul, il possède ce grand et tout premier art de donner un intérêt à des épisodes si disparates de la vie ordinaire des choses. Ne serait-ce pas une coquetterie d'artiste de laisser à l'amateur peu fortuné le regret de ne pouvoir acquérir toute la collection d'un paysage surpris dans trois atmosphères si différentes?

Après cette conquête de l'Angleterre, triomphateur modeste et discret, il est revenu à sa petite et familiale maison de Moret devenu son pays d'adoption.

Sisley n'est pas même chevalier de la Légion d'honneur....

Le comte du Suau de la Croix.

Le comte du SUAU de la CROIX

Artisan

Après le mirifique Thesmar, avoir imaginé une manière nouvelle de produire des émaux translucides, voilà qui n'est pas un mince honneur! C'est, pourtant, avec des émaux sans excipient que ce nouvel arrivant à Paris, expose en la section des Arts décoratifs au Champ-de-Mars.

Nulle morgue, aucune pose, la simplicité et la distinction d'un grand seigneur, d'un vrai, et, cependant, depuis trentecinq ans, le comte du Suau de la Croix fait œuvre de ses dix doigts, par goût d'abord, subissant la poussée mystérieuse qui le dirigeait vers les choses de l'Art, puis, devenant, par la suite, un véritable artisan. A l'exemple de ses ancêtres, je parle des artistes qui l'ont précédé, chez lui, le praticien se complète d'un savant : il sait ce qu'il faut de chimie et de physique pour n'avoir besoin de personne dans la production de ses œuvres : il passe de son établi à son laboratoire et de son laboratoire à son four : son fils et sa belle-fille, Mlle de Montigny, l'aident seuls dans ses travaux.

Les émaux translucides qu'il obtient sont de véritables pierres précieuses, possédant, il faut le dire bien haut, des tons, des couleurs et des reflets dont nous ne connaissons pas les équivalents dans la Nature elle-même. Ce qui les distingue en outre, c'est qu'au lieu d'être de médiocre épaisseur et de surface plane comme ceux que l'on connaît, ils ont le haut-relief d'un cabochon et d'un cabochon double dont la ronde bosse existe sur les deux faces, recto et verso. Ils ont ainsi une épaisseur singulière, qui ajoute à la translucidité de l'émail un jeu de lumière dont les seules gemmes précieuses possèdent l'éclat irradiant.

Ces résultats merveilleux obtenus, les artistes qui nous lisent devinent à quelles multiples et ingénieuses combinaisons ils peuvent servir de prétextes.

Les bijoux, en première ligne : papillons, libellules, épingles de coiffures, diadèmes, pendants d'oreilles, — imaginez de petits vitraux où les sertissures de plomb, remplacées par l'or ou l'argent doré, donnent en transparence la vision d'un champ de pierres fines réunies entre elles sous les apparences de fleurs aux pétales éblouissants, aux tiges délicates ! Certaines pièces d'orfèvrerie ornées de ces émaux sont ajourées et laissent entre les sujets, fleurs, oiseaux, personnages, des parties à vide permettant aux choses de se détacher en libre silhouette. Ainsi sont montées certaines médailles anciennes ou commémoratives. Dans cet ordre d'idées, j'ai admiré une in memory de la catastrophe du Bazar de la Charité, qui est une merveille de goût et de richesse byzantine.

L'artisan du Suau de la Croix, avec son profil à la Henri IV, vient, d'emblée, de se faire une belle place dans le champ sacré de l'Art.

Fritz Thaulow

SILHO UE TTES D'A R TIS TES.

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