SILHO UE T TES D'AR TIS TES
Impressioniste recherchant les effets violents, il a l'horreur des sentiers de tout le inonde. Aussi préfère-t-il l'essai informe mais sincère d'un cerveau d'artiste aux banalités des forts en thème. Coloriste intense, il ne craint pas de sacrifier une forme pour ne pas gâter un joli ton.
Son idéal, je l'ai déjà dit — et il est manifeste dans la Gave Saint-Lazare, la Place de la Bastille, la Bourse comme en cette amusante Soirée d'Esthètes achetée par la Ville de Paris — son idéal est de mettre dans les agglomérations d'être humains leur psychologie instinctive : l'Esprit des Foules.
11 se devait, n'est-ce pas? en sa double qualité de peintre quasiment officiel de Montmartre et d'amoureux d'humanité grouillante et bariolée, d'être un des plus militants protagonistes de la Vache enragée, d'y montrer un Sacré-Cœur environné d'anges — ô beautés du symbole! — précédé du Bois Sacré que le grand et à jamais regretté Puvis de Chavannes vit, le jour de la Vachalcade, d'un sourire complaisant, passer sous ses fenêtres de la place Pigalle.
Abel Truchet a eu deux maîtres : Benjamin Constant et Tony Robert-Fleury. Il recherche les truculences de palette du premier et n'oublie pas l'interprétation spéciale des choses vivantes du second.
Mais il reste lui néanmoins : esprit clair, alerte, incisif, prompt à la riposte comme un maître d'armes. Ceci est une qualité peu négligeable, chez un lutteur surtout.
Eugène Vail.
EUGÈNE VAIL
Vail est un cosmopolite bercé par la voix chantante des océans. Tout Américain qu'il soit, il est né à Saint-Servan d'une mère bretonne et d'un père yankee. Le père, pratique, positif comme ceux de sa race, poussa son fils vers les études scientifiques : il entrevoyait peut-être pour son enfant les gloires productives d'un Edison! Mais, une fois le diplôme d'ingénieur obtenu aux États-Unis, en 1876, le jeune homme ne marqua aucune disposition pour la mécanique et le reste.
Rompant net avec les épures et les géométries ■ — ce trait d'abandon radical devait plus tard se produire encore — il recommença sa vie d'études, bien différente cette fois et selon son cœur, et entra à l'École des Beaux-Arts.
Là, il passe par la filière traditionnelle et souvent néfaste de l'enseignement officiel. On était à l'époque des grandes machines. Vail se garda d'y manquer. Il envoie au Salon des Champs- Élysées une toile de belles dimensions : la Tamise. Succès, compliments, reproduction par la gravure dans les journaux à images. Puis ce fut le tour de la Veuve, autre grande composition à sujet connu, anecdotique, qui figurait il y a quelque temps encore, à l'Internationale, rue de Sèze.
Il marche vite, le jeune Américain doublé de Breton! Les algèbres sont loin. Le succès d'État arrive : le voilà médaillé au Salon avec Pare à virer — toujours la mer! A l'Exposition universelle de 1889, avec ses compositions, il a une première médaille, il est hors concours! Enfin, le ruban de la Légion d'honneur vient rougir sa boutonnière. Alors, successivement, diplôme d'honneur à Berlin, médaille d'or à Munich, médaille d'or à Anvers. Toute la lyre des récompenses, presque la gloire!
Mais, tout à coup, il semble à l'artiste que ces succès sont trop faciles. Il fait un retour sur lui-même.
Il est inquiet de sa vision, de son interprétation : ses aspirations ne sont pas satisfaites ; cela est insignifiant de reproduire ce que l'on voit, de le rendre d'aimable façon, mais n'est-il pas plus noble de tâcher à traduire... l'âme des Choses.