‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 65 sur 68 · S IL HO VE T TES D 'A RTIS7 E S · texte numérisé non relu

S IL HO VE T TES D 'A RTIS7 E S

Il abandonne l'ancien genre!

Une évolution singulière, raisonnée, se produit.

Il travaille avec acharnement, changeant ses formules, et, ayant fait peau neuve, il entre au Champ-de-Mars en 1896. La première année, il est nommé membre associé.

La mer et les contrées où l'air transporte les senteurs âcres de l'embrun chantent à son oreille les chansons du berceau de Saint-Servan. Il est devenu mystique et croyant : il a la Foi. Et sa Foi comme sa mélancolie sont communicatives tout en restant dans le domaine de la réalité. Il n'a pas, comme d'autres sombré dans le sombre, pris la morosité pour de l'apaisement. Son calme est celui des choses de la Nature; ses femmes, pas symboliques, — ô Boticelli, que de victimes tu as faites parmi nous, sans t'en douter! — sont de vraies femmes; l'émotion douce qu'elles nous procurent est la conséquence inévitable du milieu, de l'atmosphère où elles se meuvent, et non pas le résultat facile de l'anecdote chère aux chromos.

Les gris de sa palette, des gris fins, enveloppent les êtres et le paysage de la délicatesse infinie des ombres vespérales, lesquelles ont leurs transparences plus difficilement accessibles à l'interprétation que celles qui se juxtaposent à la pleine lumière. Tout, dans l'œuvre de Vail, concourt à un ensemble qui fait de lui un artiste bien personnel. Qui saurait maintenant lui reprocher de préférer les paysages endormis et les heures silencieuses à l'éclat des rayons où la lumière partout éclabousse ce qu'elle devrait seulement éclairer.

Si l'on compare les choses de la couleur aux choses du son; s'il est vrai, comme le prétendent les physiciens, que les tons en peinture correspondent aux tons de la musique, et, par extension, au chant, je dirai volontiers que l'œuvre de Vail rappellerait la tonalité troublante d'une voix de mezzo-soprano, entendue dans une église.

Une grande cantatrice d'autrefois — la Catalani — n'a-t-clle pas écrit que : « En chant comme en escalade: s'il est facile de monter, il est plus difficile de descendre!

Ah! Les ombres, voilà l'écueil!

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