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Le voilà dans la place.
A côté des portraits, il travaille pour lui-même. Son nouvel état le met en contact avec les contemporains les plus célèbres, l'élite du pays. Au cours des séances, il se fait des relations, se crée des amitiés. Il faut le voir, alerte, sautillant, allant du baquet de terre glaise à la sellette, où le bloc inerte se transforme de vertigineuse manière : bientôt l'humanité du modèle se dégage du limon; le pouce et l'ébauchoir, d'un mouvement rapide, courent, vont, viennent, fouillent, creusent, effacent, établissant les plans avec la Vie. Il force l'intérêt de celui qu'il a devant lui. Le modèle, l'homme célèbre, est plus impatient que d'autres; il est fait à la gloire, il a déjà son buste, la pose l'assomme! Cependant, le sculpteur triomphe de la froideur, sinon de l'indifférence du sujet. Celui-ci, qui n'était pas sans inquiétude en commençant la séance, bientôt change en ami le tortionnaire supposé.
Hugues Le Roux dans une étude parue dans le journal Le Temps, a eu le loisir de s'étendre sur la valeur de Bernstamm à qui, grâce au conseil d'Armand Dayot, on a confié une restitution du beau et mâle visage de Flaubert, d'après d'assez médiocres documents. Il l'a réussie.
Bernstamm est l'auteur des deux bustes de l'empereur et de l'impératrice de Russie, dont M. Félix Faure a remis la réduction, en biscuit de Sèvres, lors de son voyage à Saint-Pétersbourg.
A l'atelier, 69, rue de Douai, dans cette maison où l'exquis charmeur Alphonse Daudet logea Sapho, j'ai vu, sous ses enveloppes humides, le projet de statue que ce jeune artiste va envoyer en Russie.
Le tsar Pierre le Grand soulevant dans ses puissantes mains Louis XV enfant, au front de qui le géant dépose un baiser.
C'est de l'art opportuniste — je l'avoue — mais n'empêche que sujet et facture, pour n'avoir rien de commun avec le Balzac de Rodin, si discuté, sont en tous points dignes du choix de l'empereur Nicolas II.
Albert Besnard.