‹ Silhouettes historiquesChapitre 12 sur 19 · LE CHATEAU DE 110 STO PTCHIN E · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE 110 STO PTCHIN E

Ayant sacrifié ma santé pendant quatre ans d'un labeur infernal, malgré ma répugnance à quitter le service à trente-cinq ans, je me suis dit que je n'y peux plus rester. Je ne sais l'époque, mais bientôt je serai sur mes terres, d'où je ne bougerai pas de longtemps. Voilà ma résolution inébranlable. » A quelques mois de là, c'était un fait accompli, et Rostoptchine, établi à Voronovo, écrivait à ce même ami : « Je laisse au temps à me rendre justice, et en attendant je jouis du plus grand bienfait de la Providence, celui de goûter un bonheur pur dans une retraite que je me suis choisie moimême et que j'arrange d'après mes idées. »

A peine commençait-il à profiter de cette douce quiétude, qu'un billet de la main du Tsar, apporté par courrier spécial, menaçait de l'en arracher : « J'ai besoin de a^ous. Revenez vite. Paul. » Cette ligne énigmatique était tout le message. Le cœur serré d'angoisse, Rostoptchine partit le jour même. Comme il touchait Moscou, une lugubre nouvelle arrêta son voyage : Paul était mort assassiné, le chef des assassins était le comte Palhen, dont les intrigues avaient brouillé l'Empereur avec son

trop fidèle et clairvoyant ministre. Il rebroussa chemin et regagna sa terre, où il reprit son existence sédentaire et paisible.

Les douze années consécutives que, pendant cette période, il vécut à Voronovo, furent, a-t-il dit souvent, les plus heureuses, les plus belles de sa vie. Mari d'une femme qu'il adorait, père de plusieurs enfants, il partageait son temps entre ses devoirs familiaux, ses plaisirs de lettré et ses occupations de grand propriétaire. Voici, d'après une de ses lettres, l'emploi de ses journées : « Le matin, je dirige mes affaires; nous déjeunons à huit heures et demie ; je reste avec ma femme et mes enfants jusqu'à dix heures; après, je vais au manège, où je monte pour ma santé; de retour à midi, je lis; nous dînons à deux heures ; je fais un tour de promenade à pied; on prend le thé à six heures; je fais quelques parties de billard; on soupe à neuf heures et, à onze heures, tout le monde est couché... Ma vie présente est celle d'un fermier, qui aime Dieu, sa famille, fait du bien, se couche et se lève sans remords. »

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