‹ Silhouettes historiquesChapitre 17 sur 19 · LE CHATEAU DE RO STO PTCH IN E · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE RO STO PTCH IN E

3^ consentit, exigeant simplement qu'il demeurât grand chambellan, à titre honorifique.

Il reprit donc la vie simple et tranquille à laquelle l'avaient arraché des circonstances tragiques, partageant ses loisirs entre la gestion de ses biens et quelques visites à Moscou, pour retrouver d'anciens amis. Mais les rangs de ceux-là s'éclaircissaient de jour en jour, et le vieux moscovite ne pouvait s'habituer aux mœurs et aux allures de la génération nouvelle. Ses lettres à sa fille Sophie, restée en France auprès de son mari, ne sont qu'une continuelle satire des tableaux qu'il a sous les yeux. On en jugera par ces quelques extraits : « Si vous voulez savoir de quoi s'occupe la société d'ici, je vous dirai qu'elle dort dix heures, mange six et joue huit. Spectacle italien, club anglais, et des magasins de vieilles nouveautés, voilà l'enchantement de la haute et basse noblesse russe... La société est très déchue. La noblesse est ruinée, les vieux sont morts, et les jeunes ne sont pas des gens qui donnent envie de se lier avec eux. » L'année d'après : « La vie que l'on mène se partage entre les cartes, la gloutonnerie et la calomnie. On ne voit que des

hommes engraissés et des femmes enflées, et on serait tenté de croire que l'on n'élève ici que des chapons et des poulardes. »

La politique du jour ne lui convient pas davantage. A l'avènement de l'empereur Nicolas, il fut témoin des troubles et de l'insurrection sanglante où la noblesse prit part, plus encore que le populaire. « Ordinairement, remarquet-il avec une amère ironie, ce sont les cordonniers qui font les révolutions pour devenir de grands seigneurs, mais, chez nous, ce sont les grands seigneurs qui veulent devenir cordonniers. » C'est son dernier mot politique.

Les chagrins domestiques, s'ajoutant aux tristesses publiques, achevèrent de l'accabler. Sa plus jeune fille, qu'il adorait, véritable trésor de beauté, de grâce et d'esprit, fut prise d'une phtisie galopante qui la mena rapidement vers la tombe. « Lise a cessé de vivre le premier mars, mandait-il au comte Woronzoff, emportant avec elle notre espérance, notre amour et notre consolation. Convenez que je commence une vieillesse bien malheureuse! Je retourne dans mon pays après sept ans d'absence ; à peine arrivé, ma fille aînée perd un charmant enfant:

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