‹ Silhouettes historiquesChapitre 2 sur 19 · LE LOUIS XIII DE LHISTOIRE · texte numérisé non relu

LE LOUIS XIII DE LHISTOIRE

Pour les premières années, il est un document sans prix, le journal intime d'Héroard, le médecin du jeune prince, édité seulement en partie, et dont M. Louis Batifîol a dépouillé pour nous le manuscrit complet. Laissons donc parler ce témoin : « Le Dauphin, écrit Héroard, est un enfant actif, ardent, robuste en toutes ses actions, fort de corps, fort d'esprit, grand, hardi, tout viril. Il ne peut durer en place ; il cogne, remue, saute, court, toujours en action et l'oreille partout... Il mange en se promenant, il chante en mangeant, il est toujours frétillant, mouvant, se jouant gaiement, allant, venant, fripon, railleur. » Son goût pour les jeux militaires est digne du sang d'Henri IV. a II n'y a pas une batterie de tambours qu'il ne connaisse, avec les paroles mises dessus parles troupiers. » Il sait le nom de tous les soldats de sa garde ; il les mande souvent dans sa chambre, leur fait raconter des histoires, joue avec eux à la mainchaude, à herlurette, les traite en camarades. Comme son père également, il a le propos leste et la riposte prompte. Il tire un jour à l'arquebuse un oiseau et le manque; l'évêque d'Arras, pour le flatter, lui crie : « Monsieur, vous avez

tué l'oiseau. — Oui, dit le prince, mais la plume l'emporte. »

Henri IV, on s'en doute, est tout ravi de ces dispositions. En ce hardi luron, il se retrouve lui-même et il ne se lasse pas de la société de son fils. A-t-il la goutte? Il appelle le Dauphin, le fait coucher près de soi dans son lit, et tous deux s'amusent à des jeux qui ne brillent pas toujours pour la délicatesse. Même familiarité dans leurs propos courants : « Mon fils, vous êtes un petit veau. — Et vous aussi, papa. — Non, riposte Henri IV... » Il me faut, par égard pour la bienséance, supprimer la suite du dialogue.

Le futur Roi s'annonce comme fort autoritaire. Toute résistance l'indigne; il a des paroles inquiétantes : « Je vous tuerai de mon couteau par la gorge... Je vous percerai la main ! » Ces gentillesses s'adressent à madame de Monglat, sa gouvernante, qui a encouru sa colère. Quand son frère naturel, le chevalier de Vendôme, l'un des enfants de Gabrielle d'Estrées, se permet, malgré sa défense, de toucher à l'un de ses livres : « Vous lisez? s'écrie le Dauphin, je vous ferai trancher la tête! »

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Tel est Louis XIII au sortir des lisières, et l'éducation qu'il reçoit n'est pas pour amollir ni changer sa nature. Sa mère, Marie de Médicis, ne lui aA^ait jamais témoigné de tendresse ; elle se montra plus sèche encore, plus sévère et plus rude après la mort d'Henri IV. « Elle le souffletait », dit Saint-Simon, le faisait fouetter devant elle. D'ailleurs, elle voyait peu son fils, quelques minutes par jour, à des heures réglées à l'avance. C'est à peine, dans ces entrevues, si elle lui adressait la parole. Même quand il fut majeur, elle l'appelait rarement au Conseil; certain jour, à seize ans passés, il s'avisa d'y venir de lui-même; elle le prit par le bras et « le pria d'aller s'ébattre ailleurs ». Faut-il décrire la confusion et la colère du prince? On chuchotait dans l'entourage de Marie de Médicis que, d'accord avec Concini, maréchal d'Ancre, premier ministre et mari de sa favorite, elle souhaitait voir son fils cadet, Gaston d'Orléans, supplanter l'aîné sur le trône. Il est certain que Concini affichait un profond dédain pour l'adolescent couronné, qu'il traitait d'« imbécile »; sa femme, Léonora, disait : « C'est un idiot. » Du ministre au souverain, nulle marque

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de respect; à peine se découvrait-il devant lui: il osa, une fois, au Conseil, s'établir dans « la chaise du Roi », dirigeant la séance, donnant des ordres aux secrétaires d'Etat. Une autre fois, Louis se plaignant de n'avoir pas d'argent, le maréchal lui proposait de lui en donner de sa bourse, du ton dont il lui aurait fait l'aumône. Le Roi ne disait mot, paraissait ne rien voir; l'indignation, pourtant, s'amassait au fond de son âme. Son caractère s'assombrissait; il restait souvent taciturne; sa santé s'altérait. On aurait dit qu'il voulait s'étourdir par des exercices violents : paume, longues parties de barres, chasses continuelles, galopades forcenées. Ainsi dépensait-il sa force inemployée. Ou bien encore il se livrait à des divertissements puérils, faisant danser les garçons, aux Tuileries, tandis qu'il battait du tambour, attelant des chiens à de petits canons, s'amusant à faire la cuisine. « Je faisais l'enfant », confessera-t-il plus tard. A la Cour, nul ne se méfiait. Mais une sourde rumeur s'élevait dans le royaume, montait peu à peu jusqu'au trône. Le fils d'Henri lY en tutelle, un étranger disposant du pouvoir, il n'en fallait pas tant pour soulever la colère

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