LE LOUIS XIII DE L HISTOIRE
publique. Ainsi soutenu, Louis XIII tenta de faire quelques plaintes à sa mère sur l'attitude du maréchal; il fut éconduit, rudoyé. Il n'insista pas davantage, mais, dès cette heure, l'idée de s'affranchir, par quelque moyen que ce fût, germa dans son cerveau, l'obséda bientôt nuitet jour, devint enfin une résolution arrêtée. Ce fut bien lui tout seul qui conçut la pensée, qui prit l'initiative du coup hardi qui assura sa délivrance.
Au mois d'avril 1617, dans un conseil qu'il tint avec quelques amis dévoués, Luynes. Déageant, Arnauld d'Andilly, l'affaire fut débattue dans le plus grand mystère. Tuerait-on Concini? L'arrèterait-on seulement? Louis XIII se prononça pour ce second parti, mais il permit le meurtre en cas de résistance. C'est ce qui résulte, en effet, de ce dialogue avec Vitry, capitaine des gardes du corps : « S'il se défend, Sire, interrogea Vitry, que veut Sa Majesté que je fasse?» Déageant répondit : « Le Roi entend qu'on le tue. » Louis XIII garda le silence. Vitr}^ reprit : « Sire, j'exécuterai vos commandements. » Au cours des journées qui suivirent,
le Roi fut calme, impénétrable. La veille même de l'exécution, il mangea de bon appétit, vaqua à ses affaires ; rien dans son attitude ne donna prise au plus léger soupçon.
Je ne referai pas ici le récit trop connu du drame : l'arrestation du maréchal, le geste violent qu'il fît pour tirer son épée, les coups de pistolet qui l'abattirent tout sanglant sur le sol et dont le dernier l'acheva. Louis XIII, pendant ce temps, était aux aguets dans sa chambre; il entendit le crépitement des balles, le fracas de la lutte. C'est là qu'on lui vint dire que tout était manqué, que le maréchal accourait avec ses partisans. Il ne perdit pas son sang-froid, prit d'une main sa grosse carabine — qu'il appelait sa Vitry, du nom de l'homme duquel il la tenait — de l'autre son épée, et marcha du côté d'où partait le vacarme. x\u même instant débouchaient des gardes du corps, criant que c'était fait, que le maréchal était mort. Le prince ne dit que ces paroles : « Merci, grand merci à vous! A cette heure, je suis roi! » Quand s'accomplit cet événement, Louis XIII n'avait pas encore dix-sept ans.
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Quel était, au physique, le prince qui s'annonçait par un tel acte de vigueur? De taille moyenne, il avait les jambes grêles, le buste étroit, surmonté d'une tête assez forte ; le visage était un peu long, avec des traits irréguliers, un grand nez bourbonien, des yeux vifs et perçants, une bouche charnue, légèrement entr'ouverte, et la lèvre inférieure débordant quelque peu sur l'autre. Le teint était halé, les cheveux frisés, en broussaille. Au total, il n'était pas beau, mais sa démarche alerte, sa tête portée très droite, son regard volontaire, lui donnaient une allure royale. D'ailleurs, fort vigoureux, dur à lui-même, indifférent au froid, au soleil, à la pluie, infatigable au point de « mettre ses gens sur les dents ». Il marchait des journées entières sans s'en apercevoir; il lui advint de rester dixsept heures en selle. Dans sa jeunesse, il avait une santé de fer; plus tard, il eut de l'entérite, peutêtre occasionnée par son formidable appétit.
Avec cette force musculaire, il était de complexion calme. Sa sagesse était exemplaire; on vantait en tous lieux « sa modestie et honnêteté » ; il fut le plus vertueux des rois. Gai toutefois à ses heures, jovial même, volontiers rail-
i2 SILHOUETTES HISTORIQUES.
leur, peu raffiné dans ses saillies. Il n'aimait point le faste, menait un train fort simple et quasiment bourgeois, vêtu (( comme un soldat ». avec un justaucorps de bure et un « castor gris » sur la tête. En revanche, les jours de parade, il déployait une grande magnificence.
Ennemi de l'étiquette^, il tenait de son père le goût du sans-façon. On le voyait fréquemment, en voyage, entrer chez quelque paysan, s'installer à sa table et manger du pain bis avec un morceau de fromage. Cette rusticité lui plaisait. Un certain jour de pluie, il avisait en route une misérable auberge, y confectionnait de ses mains « une omelette, avec du pain et autre chose, fort épaisse », la faisait « rissoler » et la mangeait avec délices, en l'arrosant « d'un coup de vin fort trempé ». A Saint-Germain, le vendredi, il allait parfois au marché pour acheter lui-même son poisson. Il aidait, au besoin, « le garçon de chambre à faire son lit ».
Ainsi, à plus forte raison, se comporte-t-il à la guerre. Son existence est alors celle des plus rudes cavaliers, se levant à l'aurore, chevauchant avec les troupiers, logé « comme le dernier des goujats de l'armée », achetant des