‹ Silhouettes historiquesChapitre 4 sur 19 · LE LOUIS XIII DE LHISTOIRE · texte numérisé non relu

LE LOUIS XIII DE LHISTOIRE

vivres aux soldats et insensible aux privations comme il l'est aux balles des mousquets. Car il est intrépide au feu. Sans avoir hérité des qualités de chef, des dons militaires d'Henri IV, il ne lui cède en rien pour la bravoure, l'insouciance du danger. Bassompierre assure même qu'il le dépassait en ce point.

Il apporte au métier de roi les mêmes vertus qu'au métier de soldat, la ténacité, l'endurance et l'inaltérable sang-froid. Concini mort, il s'affirme aussitôt le maître; il assiste à tous les conseils, ordonne ou examine tout par luimême. Son jugement, son autorité précoce surprennent ceux qui le voient à l'œuvre. « Sans mentir, écrit Malherbe, nous avons un grand Roi!... Dieu nous le fasse vivre et nous donne de sa race; elle est bonne! » Fréquemment rabroués, les ministres maintenant n'osent plus rien faire sans son avis. Ils le réclament à tout instant. En l'an 1622, on tient conseil deux fois par jour, deux ou trois heures chaque fois; souvent encore on délibère le soir, jusqu'à la moitié de la nuit. Le jeune prince y épuise ses forces; il faut que ses médecins exigent qu'on le ménage un peu.

Il joint à l'énergie la clairvoyance et l'esprit d'à-propos. Il a des réparties heureuses et d'un accent vraiment royal. Après une tentative avortée de révolte, le duc de Longueville, en 1620, vient à la Cour faire amende honorable; pour cacher son humiliation, il tâche de prendre un ton léger : « Sire, je trouve que Votre Majesté a bien grandi. — Et moi, mon cousin, lui répond brusquement Louis XIII, je trouve que vous êtes bien diminué ! »

Sa mère, comme on l'a cru, eut-elle sur lui une influence sérieuse? A cette question, les faits répondent d'eux-mêmes. Après la mort de Concini, Louis XIII envoie Marie de Médicis à Blois, dans un demi-exil. Hier maîtresse souveraine, elle perd en un moment jusqu'à l'apparence du pouvoir. Le Roi lui montre des égards, lui écrit d'un ton déférent, mais n'entend pas, malgré toutes ses instances, qu'elle vienne, même passagèrement, à Paris. Il ne lui permet le retour qu'au bout de trois ans révolus; encore n'est-elle pas admise au Conseil. Elle est l'objet d'une surveillance active; tous ses actes, tous ses propos sont

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secrètement épiés et rapportés au Roi. On a voulu attribuer cette méfiance au travail souterrain de Luynes, à ses insinuations; la preuve qu'il n'en est rien, c'est que la mort du favori n'apporte aucun changement dans l'attitude du prince. Il faut trois ans encore avant que la Reine-mère retrouve quelque crédit.

Elle devra ce bienfait à l'habile tactique, aux sages avis de celui qui, en fin de compte, sera le vrai bénéficiaire de cette rentrée en grâce. C'est Richelieu dont la direction avisée ramènera aux entours du trône Marie deMédicis; et c'est Marie de Médicis qui paiera ces services en y installant Richelieu. Le 29 avril 1624, Louis XIII, cédant aux prières de sa mère, admet dans son Conseil l'homme qui, jusqu'à ce jour, était l'objet de son aversion instinctive, qu'il traitait publiquement de « fourbe » , et dont il craignait, disait-il, « l'esprit altier et dominateur».

Sans doute, par la force de son génie, le cardinal s'impose promptement comme chef du ministère, et Louis XIII, revenu de ses préventions, n'entreprend plus de résister à l'ascendant du cardinal. Mais, de ce qu'il accepte ou subit cette volonté prépondérante, doit-on

conclure qu'il abdique entièrement la sienne, qu'il devienne, du jour au lendemain, entre les mains d'un maitre tout-puissant, un jouet inerte, un instrument débile? Le prince qui, jusqu'à sa vingt-troisième année, s'est montré constamment si vigoureux et si autoritaire, sera-t-il l'esclave couronné représenté par l'auteur de Marion de Lorme'lh^ chose, à première vue, parait peu vraisemblable.

C'est à ce tournant décisif que s'arrête le nouveau volume de M. Batiffol. Il nous dira bientôt, avec la même conscience et la même impartialité, ce que l'on doit penser des rapports établis entre Louis XIII et son ministre. Pourra-t-il alors modifier les croyances implantées dans l'esprit populaire et, au Louis XIII de la légende, substituer celui de l'histoire? Qu'il ne s'en flatte pas trop, car les fictions ont parfois la vie dure. Que d'historiens ne faut-il pas pour détruire l'œuvre d'un poète!

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