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POUR

Se souvenir est parfois une façon d'espérer, et l'hommage rendu aux grands morts est la leçon des vivants. Au milieu de l'orage qui s'abat sur notre pays et menace d'emporter tant de traditions vénérables, il faut saluer comme un heureux symptôme la tendance qui se manifeste à raviver, par des cérémonies ou par des monuments publics, certaines de nos gloires oubliées. De ces réparations posthumes, une des plus justifiées sans doute est celle qui s'adresse aujourd'hui, après cent cinquante ans d'apparente négligence, à la mémoire du marquis de Montcalm, le dernier défenseur du

Canada français. Je viens de relire son histoire, et je voudrais qu'il fût accordé à ma plume de communiquer quelque chose de l'émotion qui m'envahissait malgré moi à évoquer cette noble et généreuse figure, une des plus pures incarnations du dévouement à la patrie. S'il est vrai que, pour certaines vies, le plus simple récit soit la plus belle des louanges, jamais tâche, semble-t-il, ne fut aussi aisée que la mienne.

Louis-Joseph, marquis de Montcalm, était né, en 1712, au château de Candiac, près Nîmes, d'une vieille famille du Rouergue. Il avait eu un frère aîné, dont la célébrité avait été aussi précoce qu'éphémère : confié, au sortir des lisières, aux soins d'un sieur Dumas, inventeur alors réputé d'un procédé de culture intensive, le jeune élève avait fait honneur à son maître; à sept ans, assure-t-on, il possédait à fond l'hébreu, le grec et le latin, sans compter la géographie, l'arithmétique, l'histoire universelle et la science du blason; tout Paris ne s'entretenait que du nouveau Pic de La Mirandole. Il mourut, au surplus, dans sa

huitième anaée, ce qui ne surprendra personne.

L'expérience servit aux parents; le cadet, moins poussé, ne profita pas moins et dura davantage. Bien que lancé dès l'âge de quatorze ans dans le métier des armes, si forte fut son instruction classique qu'un de ses biographes attribue à Corneille, dont il savait les tragédies par cœur, son goût marqué pour l'héroïsme. Peut-être est-il plus juste d'en faire honneur à l'instinct naturel et au bon sang infusé dans ses veines par une longue lignée de soldats. Ce qui, en tout cas, est certain, c'est qu'en un temps où chacun était brave, ce petit homme, au corps souple et nerveux, au nez busqué, aux yeux noirs étincelants sous la perruque de neige, se fît vite remarquer par son extraordinaire audace, souvent blessé, promptement guéri, toujours debout le matin d'une bataille. Dans l'intervalle de deux campagnes, il épousa Louise-Angélique Talon, une descendante d'Omer Talon, le grand magistrat de la Fronde, et il lui donna dix enfants, car il était vaillant en tout.

Rien cependant, malgré ces diverses prouesses,

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