‹ Silhouettes parisiennesChapitre 8 sur 11 · PAUL DE CASSAGNAC · texte numérisé non relu

PAUL DE CASSAGNAC

qui est grand garçon, brun, taillé en hercule et très sanguin, est devenu violent dans la politique; au lieu de lancer un trait d'esprit, il a lancé des pavés et des gros mots; mais ce qui est le point distinctif de cette nature curieuse, c'est ceci : Paul de Cassagnac s'emballe comme un cheval de race; une fois emballé, il devient plus dangereux pour son propre camp que pour ses adversaires; si bien que, bonapartiste enragé, il a donné parfois plus de tracas à l'empire qu'un journaliste de l'opposition; exemple, son fameux article sur le discours du prince Napoléon au Sénat en septembre 1869, article si injurieux que le ministre le désavoua.

On pourrait dire de lui, ce qu'on dit de certains légitimistes, plus royalistes que le roi ; lui a été toujours plus impérialiste que l'empereur lui-même... Celui-ci a fait son coup d'État poussé par l'ambition, mais il n'aurait point osé écrire ceci : La légalité, les lois violées !

Qu'est-ce que cela fait au peuple lorsqu'il n'en veut plus !

Et Paul de Cassagnac a écrit ceci dans le Pays.

Pourquoi était-il si endiablé impérialiste?

Par ambition, disent beaucoup de gens!

Eh bien! non, je vais être indiscrète, au risque de m'exposer à recevoir ses témoins. Il a été cet impérialiste fougueux, enragé, violent. .. poussé par un amour ardent. . . Il avait vingt ans , il vit l'impératrice encore dans toute sa beauté séduisante, il fut ébloui et frappé au cœur; il se ressouvint des galants et preux chevaliers, gardant enseveli dans leur cœur le doux secret d'un amour fou, mais prenant les couleurs de leur dame et guerroyant d'estoc et de taille pour elle, qui souvent n'en savait rien.

Paul de Gassagnac a pris la couleur impériale, la violette est devenue sa fleur aimée... Emballé par son amour, il assommait à coups de plume tous ceux qui osaient toucher à l'empire, c'està-dire qui essayaient d'ébranler le trône de celle qu'il avait prise pour divinité; et, plus amoureux que fin politique, il embarrassait parfois très fort les ministres de Napoléon III.

L'impératrice connaissait-elle ce secret? Je ne le pense pas; mais elle était femme, et elle avait dû le pressentir rien qu'en sentant peser sur

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