‹ Silhouettes paroissiales [microforme]Chapitre 10 sur 12 · LS LE · texte numérisé non relu

LS LE

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peu civilisés, ne sont pas du moins des compbatriotobhages.

D'autres, greffant un sourire sur leur réponse, m'ont dit’ « Les Canadiens n'ont jamais su faire une comparaison. — C'est un art, vous sav-z!

Dites-leur qu'une chose venue de loin est « autre » que la leur, ils vont conclure: donc elle est “ meilleure ».

Un de mes amis, qui se pique de psychologie, m'a expliqué cette réponse simpliste, ou du moins il a essayé de l'expliquer: « Pardon, m'at-il dit, une chose ne leur paraît pas meilleure parce qu'elle est autre; maîs en méprisant ce qu'ils ont et en se méprisant eux-mêmes, ils savent bien, inconsciemment peut-être, que ça ne change ni eux, ni les autres, ni rien, qu'ils restent ce qu'ils sont et gardent ce qu'ils ont; tandis qu'en admirant les autres, en les vantant, eux et tout ce qui vient d'eux, ils se persuadent. plus inconsciemment encore, qu'ils vont se l'ajouter. Et dès lors, ce n'est pas parce que c'est « meilleur » qu'ils le préfèrent; mais parce que deux font plus qu'un... comprenez-vous ? »

— Oui, il me semble que je comprends. II me semble même que je comprends deux choses:

la première, ce que vous dites; la deuxième, que ce n'est pas vrai. C'est trop subtil.

D'autres encore cherchent une réponse à ma question en procédant par élimination: a) Ce n'est pas par humilité que l'on dénigre, car les dénigreurs ne se dénigrent pas eux-mêmes d'ordinaire. Ils démolissent leurs compatriotes et montent sur leurs ruines pour se vanter: « Nos gens sont inférieurs, rétrogrades, mais je ne suis Pas, moi, comme eux: vous le Voyez; je m'en distingue, je les domine, je les corrige. » — b) Ce n'est pas non plus par dévouement à ceux de leur race et pour les encourager à monter, car il n'y a rien de déprimant comme le mépris et le dédain. Le Peuple est un peu comme l'enfant d'école à qui son maître répète sans cesse: Tu n'es pas comme les autres, tu n'es pas intelligent, tu es un imbécile. Le Pauvre enfant finit par le croire et reste imbécile. — c) Ce n'est pas Par amour sincère pour les humbles, car de toutes les catégories de menteurs, il n'en est pas une qui crie plus fort son amour pour les petits, et qui donne moins de sa bourse et paie moins de sa personne que la catégorie des dénigrer-rs. Observez un peu certaine campagne d'éducati vous verrez.

Et l'élimination Souvent continue, continue.

Toute une théorie de Canadiens mangeurs de

Canayens défile à mes yeux, sans m'apporter la réponse cherchée.

— Quand je veux m'amuser, me disait un jour un vieux camarade de collège, — qui pourrait, avec son esprit, si seulement il le voulait, fournir d'excellents remèdes à notre dénigromanie: il préfère rire et s'en ficher, — je fais causer du Canada et des Canadiens trois ou quatre types prétentieux, ignorant le Canada, les Canadiens, eux-mêmes et leur propre ignorance. Je prends l'une de nos institutions — sans y mettre le nom et encore moins celui des prêtres ou des Sœurs qui la dirigent — et je la place en plein dans l'Ontario, puis j'en fais l'éloge. Et mes types de s'exclamer: « Nous sommes trop bêtes, nous autres les Canadiens français, pour en faire autant! » J'attrape ensuite un industriel de Québec, de Chicoutimi, de Montréal ou d'ailleurs, ou l'un de nos hommes d'affaires, sans le nommer toujours, et j'exalte ses succès. — « Oh! les Anglais, leur formation leur met ça dans le bras! »

L'autre jour, au club, je leur racontai comment un célèbre éducateur, Bird S. Coler, avocat de Brooklyn, venait de démontrer, dans un article superbe et courageux, !a nécessité « d'arracher l'éducation de: mains des politiciens in-

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capables et malfaisants qui l'ont étranglée jus-

qu'ici », pour la remettre à la direction « d'un groupe d'hommes indépendants, honnêtes, instruits, choisis en dehors de la politique, dans les rangs divers de la société ». [ls ont applaudi, Sans S'apercevoir que je leur faisais avaler notre Conseil de l'Instruction publique.

Dès qu'ils s'en seront aperçus, ils décrieront notre Conseil comme une vieille institution rétrograde.

Avouez que de pareilles sottises peuvent amuser un ironiste. Mais cela ne répond à rien. Notre manie du plagiat et du dénigrement n'en reste pas moins inexplicable.

Avez-vous un peu voyagé ? Dites: connaissez- Vous un seul peuple, une seule race, une seule tribu, prenant un pareil plaisir à s'amoindrir, à paraître infirme, à se ridiculiser, à se diffamer devant les étrangers ?

Le chauvin fait Sourire; mais on se plaît au moins à reconnaître en lui l'excès d'une vertu. Le chauvinisme naît d'une fierté mal réglée et des battements excessifs d'un cœur de patriote. Au sourire qui s'en moque se mêle de l'admiration. Au sourire qui accueille le déni-

grement ne sauraient se mêler que la tristesse et le mépris.

Au lieu de s'amoindrir et de s'exagérer leur impuissance, les plus petits peuples d'Europe se découvrent leurs qualités, ils les développent et se les prêchent. Quand leurs défauts leur apparaissent trop évidents, ils se hâtent de se comparer à d'autres, pour en trouver de plus grands. Ils cultivent ainsi, sans s'aveugler sur leur propre compte, des préférences pour leurs compatriotes. Ils sont pour les leurs des maîtres de confiance, ce qui est encore la bonne façon d'être des professeurs de supériorité.

Les Américains savent tout ce qu'ils sont, — et ils ne viennent pas se vanter chez nous de ce qu'ils ne sont pas.

Les Iroquois ne commettaient pas contre euxmêmes une pareille trahison.

En vérité notre cas est anormal, unique, navrant. Il relève de le pathologie sociale. C'est plutôt aux médecins qu'il faut demander son nom.

On ne trouverait même aucune indice pour le diagnostiquer, si on ne remarquait, chez les dénigreurs-en-chef, une antipathie sournoise pour le clergé, une haine dissimulée pour tout ce qui tient à l'Église et à son influence: et, chez les quelques catholiques qui les suivent, benêts, intéressés, myopes et peureux, cette crédulité hon-

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