‹ Silhouettes paroissiales [microforme]Chapitre 5 sur 12 · APPLIED IMAGE · texte numérisé non relu

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communion pascales en pure formalité à remplir. Il attendrait tout aussi bien cinq ans, si la censure de l'Église s'allongeait jusque-là. Ce n'est pas de se convertir qu'il importe, c'est de le paraître une fois par année. Sa Préparation ne consiste pas à renoncer à ses péchés, mais à s'examiner pour les cire; l'inquiétude n'est pas de se repentir, c'est de se confesser: ce n'est pas d'être pardonné, c'est d'avoir l'absolution; ce n'est pas de rompre avec les complices, de restituer le bien mal acquis, de se soumettre aux lois de Dieu et de l'Église, c'est de faire ses pâques, de n'être pas remis.

Et quand il croit les avoir faites parce qu'il a rencontré un prêtre disposé à l'entendre et assez confiant pour croire à sa contrition et à son ferme propos, il s'en va content, faisant, avec ce sacrilège probable, le nœud entre les habitudes vicieuses de l'année passée et celles de l'année qui vient. Il se sent aussi prêt que jamais à manquer la messe, à violer le sixième commandement, à blasphémer, à entretenir ses liaisons criminelles, à boire, à mentir et à voler. On dirait même qu'il y va plus allègrement, attendu son illusion de n'avoir plus le poids des fautes accusées et d'être un bon catholique, puisqu'il a fait ses pâques. Sa mère, sa femme,

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son mari, personne n'a plus rien à dire: il a fait ses pâques! Ce n'est pas lui qu'on enterrera comme un chien: il a fait ses pâques!

Quand je prêchai ma première mission, j'entendis le vieux missionnaire dont j'étais le jeune Compagnon, dire de toute sa conviction frémis- Sante et en frappant la chaire de son poing:

« De toutes les races de pécheurs, il n'en est pas qui me fasse plus mal au cœur et dont l'avenir m'inspire plus de crainte que la race des pascatins! »

J'en fus tout troublé, mais je tâchai de me rassurer en Soupçonnant mon vieux maître d'exagération dans le zèle. Hélas! depuis ce jour j'ai été souvent plus sévère que lui, sans pourtant rien exagérer.

Oui, le pascatin est un formaliste qui fait peur. Il accumule, avec ses fautes, des absolutions nulles quand elles ne sont pas sacrilèges; et comme en cela, plus qu'en tout le reste peutêtre, la mort est l'écho de la vie, il reçoit avant de mourir les formalités de: lerniers sacrements, et s'en va. chez lui: in L um suum. De fait,

je ne sache pas de pécheurs plus effrayants à assister à l'heure de la mort, avec les manqueurs de messe, que ces routiniers des pâques, à qui leur formalité annuelle a servi à toute sorte

d'illusions et à les pacifier dans le mal sans leur apporter de pardon.

— Mais alors, vous êtes plus exigeant que l'Église! Voulez-vous donc qu'entre deu.: maux on choisisse le pire et qu'on ne communie plus du tout ?

— Personne n'est tenu de choisir entre deux pareils maux; et ce n'est damner personne que de dire: il vaut mieux aller chez le diable avec tous les péchés de sa vie, que d'y aller en y ajoutant des sacrilèges. Le vrai choix, possible, beaucoup plus sûr, et Que je vous conseille avec l'Église, c'est de faire vos pâques avec les dispositions d'un vrai catholique, sincère, repen-

tant, acceptant les sacrifices nécessaires pour rompre des liens criminels et vivre votre ferme propos, — c'est de les renouveler plusieurs fois l'année par la confession et .la communion, afin de n'avoir plus à choisir entre deux enfers, mais entre les garanties toujours plus sûres d'un .Ciel dont vous. ferez par là la conquête,

Joyeux labeur

Travailler, trimer, Peiner, lutter pour la vie est pénible souvent, héroïque quelquefois, nécessaire pour plusieurs, noble Pour tous et beaü toujours. Plus beau, quand la peine et le abeur sont joyeusement acceptés et s'illuminent des sourires de la gaîté.

Et pourtant, il ÿ a encore — il] faut les plaindre — des gens qui n'aiment pas le travail, tout comme il y a des rentiers fatigués de se reposer.

Les premiers s'ennuient de gagner leur pain à la sueur de leur front, les seconds de le manger sans appétit. Ceux-ci Protestent contre leur lassitude sans cause, ceux-là contre la cause de leur lassitude. C'est l'éternel ennui, l'industrieux artisan de nos misères, né du mécontentement de soi-même et du besoin d'être ailleurs, de faire ce qu'on ne fait pas. C'est le rêve jaloux descendu des nuages, où l'on échafaude des bonheurs croulants: c'est la nostalgie apportée des châteaux bâtis en Espagne.

On veut accomplir autre chose, se dépenser autrement, pleurer d'autres deuils, quitter sa voie et monter vers un calvaire devenu attray-

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ant parce qu'il n'est plus le sien: changer enfin! À force de regarder avec des yeux de convoitise les oisifs, les promeneurs blâsés, les viveurs de jour et de nuit, les ouvriers du métier d'à côté, les chançards d'une autre chance et les casseurs d'une autre sorte de Pierre, on finit par leur accorder tant de bonne fortune, qu'on la leur accorde toute et qu'il n'en reste plus pour soi.

Il est si grand, le bonheur dont on ne jouit pas! Elle nous pèse si peu, la croix portée par les autres!

A ces artisans de Jeurs misères personnelles et à cette manie féconde en mauvaise humeur, en paresse et en envie, j'ai toutefois connu une belle exception, — et c'est pour l'annoncer que j'ai battu pour rien les deux mesures qui précèdent.

Cette exception parle, jouit et travaille dans la personne d'une dactylographe, courbée tout le jour sur sa machine à écrire, vive et gaie comme la vraie midinette, malgré son âge déjà assagi, lançant chaque matin un joyeux défi à la fatigue de vivre et de peiner.

Voici à peu près en queis termes s'est exprimée celle qui me l'a fait connaître:

— C'est une bonne amie à moi, et son amitié est un don de Dieu. Son exemple plus que ses

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paroles, — car elle parie peu — m'a appris à me fabriquer beaucoup de bonheur avec peu de chose, et à ne pas le chercher au loin. Elle-même se tisse des jours heureux avec ses devoirs accomplis, sa résignation vaillante, ses intentions pures et droites, dans lesquelles Ja joie des autres ne fait aucun accroc. Elle sait le chemin de l'église comme celui du bureau. Elle prie comme elle travaille. Dans la rue comme dans le cercle de ses amies, elle se souvient de sa propre dignité, et sa modestie la rappelle aux autres. (Ça fait bon la voir, meilleur encore l'entendre: Ja connaître met du courage au cœur. Elle est gaie quand même et sincère. Ses paroles et ses regards arrivent en lumière souriante, ainsi qu'en un jour sombre un rayon de soleil filtrant à travers des persiennes.

C'est une orpheline. Ses dix dollars par semaines suffisent à son existence et à celle d'une vieille tante dont elle est la providence. Elles suffisent à payer à sa logeuse en garni un appartement sous les toits, — un nid réconfortant de Propreté, de strict nécessaire bien rangé, de couleurs de belle humeur, de brimborions savants et sans valeur, qui n'ont pas coûté cinq sous, mais qui valent ce prix royal de la souplesse

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des doigts de fée et de toutes les grâces ingénieuses et féminines.

Sa toilette est de même valeur, personnelle:

humble et si distinguée que personne ne se retourne pour la voir: une toilette sans contrastes criards, sans faux brillants Pour tromper l'œil en trahissant de vains désirs, une toilette bien habillante, laissant au corps de cette orpheline les élégances qu'elle tient de Dieu, et à son âme et à l'âme des autres le soin de ne froisser en aucune façon cette fleur délicate qu'est la vertu, réunissant enfin je ne sais quoi d'exquis qui satisfait et dans lequel s'équilibrent à merveille les exigences de la mode, de la beauté et de la modestie: le portrait rêvé Par tant d'artistes et qu'ont si bien réalisé les grands peintres de la Madone.

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Dès le matin, elle gâte sa vieille tante de caresses. Elle lui en laisse une provision pour toute la journée. Le soir à son retour, elle les renouvelle, ‘

Puis, pour la veillée, elle l'assoit dans sa chaise longue, devant la fenêtre l'hiver, l'été sur le balcon, où souffle une bonne brise fraîche venue de la montagne. C'est le moment des récits amusants, des incidents de la journée, des

histoires drôles ou touchantes et de Ja lecture.

Et il n'y a pas de Palais, de théâtre, de bal ou de soirée mondaine où l'on s'amuse de meilleur Cœur que dans ce petit logis.

— En ai-je de la chance de t'avoir, tante chérie! s'exclame Souvent l'orpheline, en embrassant l'heureuse vieille. Que ferais-je sans toi et que deviendrait ma joie de vivre ?

Je crois que par moment la tante reste bien convaincue que c'est elle qui fait à sa nièce l'aumône du bonheur. Et c'est bien là vraiment ce qui me paraît le plus touchant: tant donner et y trouver sa félicité, travailler si ferme et en être heureuse, se donner elle-même et faire croire que c'est elle qui a tout reçu!

Oui, ils sont bien à Plaindre, mais ils sont bien maladroits aussi, ceux qui ne savent pas rester chez eux et trouver le bonheur dans le travail.

Le paletot neuf de notre Curé

Il est d'étoffe du pays, le pale ot. Ft si je voulais tout de suite faire une figure, j'a suterais: le curé aussi.

Ce n'est pas un Juif qui le lui a vendu: ce n'est pas un Teuton qui lui a pris sa mesure. Rien qu'à voir on voit;bien que sa coupe — du paletot toujours — n'a pas passé par l'esprit et par la main d'un Orangiste d'Ontario, car il est large, ample, souple et long, et il n'est pas jaune. A peine quelques filaments Soyeux de laine grise, sur un fond noir, ajoutent-ils un je ne sais quoi de grave à sa couleur, comme font les cheveux blancs sur une tête assagie.

Il habille à ravir notre curé.

Aussi bien, c'eût été dommage de désavantager cette taille si magnifique et si haute, cette carrure d'épaules, ce buste ferme, droit, si bien posé sur ses bases, cette stature enfin de bon géant, doux et fort, taillé dans le granit d'une des plus belles carrières de la race. Le collet lui entoure le cou avec une sollicitude de bras de maman; quand il fait froid il le relève et s'en encadre, et c'est alors que piquée par la bise,

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les joues roses, vives, rajeunies, env, : des franges de frimas, la jolie face de mc Cu fait songer à ces toiles rougeaudes des artistes flamands, peintes pour symboliser la santé de bonne humeur, |

Il a pourtant un défaut, ce capot, — le curé en avait aussi, mais :' y a mis le ciseau et l'aiguiile de l'examen particulier et les a tous corrigé, — oui, il a un défaut, Soyons sincère: — il remonte! Par là, je signifie qu'il boutonr.e trop haut: ça relève le menton, Sa gourme les muscles, ça met une barre dans la soupiesse des saluts à et les commères de la Paroisse commencent à penser en silence que leur curé devient fier. Même elles le chuchotent. Qu'il faut donc peu de chose! Un bouton de trop, et voilà que passent pour raides le curé qui est l'humilité même et Son pardessus qui est la complaisance en Personne, à telle enseigne que iui, paletot :cut jeune, il bedonne déjà pour s'accommoder à son maître qui ne peut s'empêcher de le faire.

Hélas! tout se mêle à la peine ici-bas, y compris le bonheur d'étrenner un capot.

Si mon curé s'est livré à I: joie de voir entrer dans sa chambre son paletot neuf, c'est qu'il

ne songeait pas à son vieux. Le vieux s'est chargé de se rappeler à lui, Et depuis ce jour, à chaque sortie nouvelle, toute la gamme des plaintes y passe, tous les tons de la méiopée, de la jalousie, de l'abandon, parfois même des gros mots de dépit amoureux. Le curé étonné se dit: « Où a-t-il appris ça ? »

— Tu t'en vas et tu me laisses, exhale-t-il.

Je m'ennuie derrière la porte. Tu prêches la constance à tes baroissiens ? toi! inconstant que j'ai réchauffé dans mon sein. Est-ce que je me faisais prier pour aller aux malades ? Est-ce que j'en avais peur des poudreries ? Me suis-je impatienté à me tenir comme un monsieur dans les salons, et à quêter pour les pauvres ? à monter dans leurs escaliers branlants, à pleurer sur leurs guenilles, et à me tacher sur leurs meubles sales? Et les rhumes de cerveau, t'en ai-je assez préservé ?

— C'est bon, c'est bon, et je t'en remercie, répond le curé tout ému.

— Eh bien, ce n'est pas une raison pour faire de moi un rond-de-cuir ou un rentier, et me préférer ce sacrebleu de pédant suspendu à mon clou!

— Voyons, voyons, ne t'excite pas, c'est de la neurasthénie: je vois vibrer les nerfs de ton

tissu. C'est par reconnaissance que je te mets aux Invalides. Tu es couvert de plaies béantes, cher vieux; je les admire et les baise avec respect. Tu es fripé et rhumatisant à force d'averses: tu es un râpé de gloire. Ne les as-tu pas assez gagné, tes épaulettes ? Regarde donc: je t'ai décoré, et tu portes encore sur ta poitrine, comme des médailles, la boue des tranchées!

— Je veux servir et te tenir chaud jusqu'à mon dernier brin, ronchonne le vieux grognard.

— Soit! tu serviras pendant la nuit, Tu remplaceras mon Couvre-pieds. Tu feras la garde sur mon sommeil; je ronflerai sous tes Plis troués, comme le soldat de Carillon sous son drapeau. La nuit, c'est l'heure solennelle du danger: mon leune aurait peur: toi, tu es brave, reste. Es-tu content ?

— Non! Donne-moi à quelque pauvre, que je serve encore au grand air. Laisse-moi partir. Adieu!

Et l'illustre vétéran, fier, balafré, pris par la main du curé, s'en alla chez un pauvre. Après avoir si longtemps habillé un prêtre, il avait bien mérité d'habiller Jésus-Christ.

Le centenaire de Veuillot

— Pourquoi nous avez-vous, encore une fois, servi du Veuillot? me dit, hier soir, au sortir d'une conférence, un de mes auditeurs fatigués. — Îl avait pourtant dormi comme un buste! — Dans son ton, de lassitude, il y avait je ne sais quoi d'amical, de bon conseiller, qui voulait dire: Vous ne recommencerez plus, n'est-ce pas ?

— Merci! mais je ne jure de rien, répondis-je, en m'efforçant d'y mettre l'accent de la bonhomie qu'on doit aux bonnes intentions.

J'ai de nouveau parlé de Louis Veuillot, — pour le dire maintenant à ceux qui n'ont pas, comme mon conseiller d'hier, des motifs d'amitié pour m'en empêcher et pour s'endormir en m'écoutant, — Parce que c'est Veuillot : et Veuillot étant ce qu'il est, il Y a toujours raison d'en parler, toujours espoir de montrer enfin, même aux auditeurs qui ferment les yeux, un Veuillot qui ne soit plus celui du préjugé et de la caricature.

Il y a, au surplus, et cette raison d'actualité devrait suffire, que nous célébrons son centenaire.

Nous vivons, depuis quelque temps, des

jours féconds en centenaires. Toute une pléiade d'hommes illustres s'est donné rendez-vous dans la vie, il y a cent ans. Gladstone, Pasteur, Windthorst ont eu leur tour; Théophile Gautier a repassé il y a quelques mois; Ambroise Thomas et Liszt l'ont suivi de près, dans leur gloire intacte. Plus récemment, Charles Dickens, l'homme aux contes délicieux, pétillants de rires ou mouillés de larmes, a réapparu drapé d'une célébrité toute neuve, à la tête de son immortel cortège: David Copperfield, La petite Dorritt, Barnabey & Son, Mistress Larriper et Pickwick. Et ce centenaire a remis tous les lecteurs anglais en joie et en pleurs.

Plus qu'eux tous, Veuillot a droit, pour son centenaire, à une fête universelle.

Son œuvre, comme toutes les œuvres de foi, de justice, de vérité et de grand art, n'a rien perdu ni de ses !-çons profondes, ni de ses beautés. Elle grandit, au contraire, à mesure que le recul du temps permet d'en voir les contours plus

Précis et d'en mieux admirer

l'harmonieuse unité.

Aucune gloire, en ce dernier siècle, n'a trouvé dans la justice de Ja mort, après trente ans de silence, un tel renouveau d'éclat et

Pareille garantie de durée.

Aussi bien, on sait que la revanche de l'histoire n'a pas été lente en faveur du rédacteur de l'Univers. . Et elle n'a pas cessé de se reprendre. Elle commença le jour même de ses funérailles quand, dans un spectacle inoui, des adversaires qui portaient au front le ridicule dont les avait marqués sa plume vengeresse, ou saignaient encore des blessures reçues dans les dernières polémiques, vinrent saluer, en un concert d'unanimes louanges, le journaliste militant qui disparaissait.

Aujourd'hui, et pour nous, il s'agit moins de justice à rendre à sa mémoire que de leçons à recevoir de son œuvre. Nous ne saurions d'ailleurs beaucoup contribuer à la première, et nous avons grand besoin des autres.

Nous avons besoin de lire, je ne dis pas les soixante volumes bien compacts de ce maître écrivain, — ce serait décourager du coup les uisifs et les mondanisantes, qui s'alarmeraient, devant pareille tâche, de n'avoir plus de temps pour le sport, les potins de boudoir, la rue et les vues animées, — mais au moins ses œuvres principales. Nous en rapporterions ce profit clair d'avoir pris contact avec un auteur qui «a

toujours pour lui le Pape ‘et la grammaire », selon Victor Cousin, et dont certaines pages ont arraché à Sainte-Beuve cet aveu: « Rien de mieux n'a été écrit dans notre belle langue française ». Et comme Sainte-Beuve et Cousin sont deux des meilleurs ennemis de Veuillot et des plus royalement battus par lui, on peut se fier à leur parole. Jules Lemaître n'en a guère donné que le commentaire quand il a écrit:

« Somme toute, je n'hésite pas un moment à le compter dans la demi-douzaine des très grands ProSateurs de ce siècle. Et il en est le grand catholique: pour un Peu, je dirais le seul. »

Or, comme la grammaire est une compagne dont l'intimité ne Sauiait nuire, même aux Canadiens, et comme le pape est un chef dont devraient se souvenir même les politiciens qui en ont d'autres, on voit tout de suite ce que nous aurions à gagner en Veuillot, chez lequel l'une et l'autre parlent et dirigent en inséparable compagnie.

Par ailleurs, l'écrivain des Odeurs de Paris vient à son heure, au moment où la littérature française moderne, légère, réaliste, nous envahit. Il nous repose de ses subtilités libertines, de ses vices triomphants, de ses railleries sceptiques et malpropres, qui la font ressembler, selon le

mot de Drumont, « à une vaste porcherie ».

Pour ceux qui y ont contaminé leu esprit et souillé leur imagination, Veuillot devient un contre-poison.

Lui aime ce qui élève et réjouit, ce qui est net. Il ne répond pas avec complaisance à la bête qui appelle au fond de tout cœur humain. Il ne la flatte pas.

Quand il a des mots cruels pour peindre, des coups de fouet aux ridicules, des saillies mordantes et des traits barbelés, — et il en a! — il a l'insolence de ne les pas applique: aux honnêtes gens et aux maris trompés. Quand il a des fleurs, il n'en couronne pas nécessairement le front des adultères.

Il y perd les applaudissements des séducteurs et de celles que sa justice ne réhabilite pas. Peut-être même, malgré sa verve gauloise, son humeur originale, ses trouvailles incroyables d'expression, son talent fait de clarté, de souplesse comique et d'élévation, y perd-il les suffrages de certains cathnliques, — de ceux-là qui, chez nous comme en France, perpétuent l'anomalie d'un :atholicisme qui a encore des pratiques et pas de vertus, et dont les tenants routiniers semblent bien aises d'entendre railler ce qu'ils professent.

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C'est à eux que Veuillot dut longtemps son impopularité glorieuse. Ce sont eux qui la continueraieni, si les catholiques sans épithète et la libre-pensée impartiale: Bonnefon, Lemaître, Sarcey et d'autres, n'avaient remis le veuillotisme à la mode, en belle lumière, au rang que mérite le génie.

Il n'entrait pas dans l'esprit{de cesichrétiens affadis, gallicans, libéraux, aristocrates ou bourgeois, qu'un chrétien ne fût pas un peureux OU un niais. [ls tremblaient rien qu'à songer qu'il voulût les battre ou se battre pour eux.

Ça les renversait qu'un catholique osât dire effrontément qu'il l'était. —

infirmités-là !

Pour eux, le type du journaliste religieux devait sortir tout timide d’une sSacristie, tremper sa plume dans l'eau bénite et se nourrir de bouts de cierge.

Veuillot se sentait d'autres appétits, et n'avait rien de ce Personnage fuyant et crépusculaire. Il réclama sa part du ciel bleu de France, et, ce qui vaut mieux, il la Prit. Il marchait en plein soleil et bataillait de même, armé de ce « mâle outil et bon aux fortes mains » qu'était sa prose. Il faisait danser en plein forum parisien les Coquelet, les Homais, les Havin, les Sauvestre

On n'avoue pas ces

et cent autres voltairiens; il avait de la piété comme un saint, des éclats de rire contagieux comme Molière, une crânerie de Gavroche, des pudeurs de vierge et de l'esprit comme le diable.

Oh! le spectacle en vaut la peine et nous ne saurions trop y assister, de ce théologien en redingote, les yeux clairs, gouailleurs, solide par la base, qui tue d'un coup le respect humain, campe sur leurs pieds les aristocrates tremblants, dont il ne voulait pas être, et relève gaillardement le drapeau humilié des catholiques! On tressaille de plaisir, ne serait-ce qu'à titre de revanche, quand il prend sous sa protection les paysans, les rudes travailleurs dont il était fier de descendre et dont il incarnait les colères. On se sent la conscience soulagée en le voyant, comme le vieux chevalier, foncer sur toute la « chiennaille » qui exploitait le petit peupie, dessiner les silhouettes grotesques des Prudhommes et des Gaudissarts en traits si irrésistibles, qu'il tourna bientôt de son côté tous les rieurs.

Cependant, à une époque de presse mercenaire, où tant de choses s'achètent qui ne devraient pas se vendre, il y a plus encor2 et mieux à admirer que l'impeccable artiste, dans le ré-

dacteur de l'Univers. C'est son caractère. C'est par lui su-tout qu'il a dominé son temps. Même Pour ceux qui discutent son talent, son caractère, noble, tout d'une Pièce, franc jusqu'à la rudesse, droit comme une épée, reste indiscutable,

Du moment de sa Conversion, à vingt-quatre ans, il ne cède plus, ni aux faiblesses du siècle, ni aux siennes. Croyant, il accepte tous les enseignements de l'Église; il va même plus loin que le charbonnier: « Je ne regrette qu'une chose, c'est qu'elle n'en impose pas plus à ma foi. » Chrétien, il a le courage de souffrir comme il a celui de croire. Après des deuils multipliés, il écrit à un ami qui l'a consolé: « Je ne suis pas écrasé, je suis à genoux. » Accablé de souffrance, il dit à Dieu: « Ôtez-moi mon désespoir: mais laissez-moi ma douleur. »

Les huit volumes de sa Correspondance nous révèlent des trésors de résignation, de gaieté rayonnante, de finesse, d'amour fraternel.

Personne ne conteste en lui la sincérité, la vaillance du soldat, la loyauté du polémiste, le désintéressement de toute sa vie. On sait qu'il a combattu sans haine, a souffert sans rancune, ne s'est pas plié sous les coups, ne s'est pas tourné du côté où soufflait le vent des faveurs.

On ne lui a jamais fait l'injure même d'es- ” sayer de le corrompre.

Je me trompe pourtant: on l'a essayé une fois. Le fondateur du Figaro, H. de Villemessant, grand admirateur de la verve et du style de l'auteur des Historiettes et Fantaisies, lui offrit trente mille francs par année, s'il voulait bien fournir à son journal un article, nouvelle ou chronique du'samedi.

La conscience de Veuillot lui imposait de combattre le Figaro, non pas de contribuer à son succès. Il refusa net.

Vous pensez peut-être que Villemessant trouva

ce journaliste peu pratique ? Vous vous trompez. — De ce jour-là, Villemessant trouva que Veuillot écrivait mal.

Je. "moi

Avez-vous connu l'homme dont toutes les phrases commencent par je et se terminent par moi?

N'allez pas, pour un petit bout de vantardise échappé çà et là, croire que c'est vous-même. Vos je et vos moi ne s'étalent dans votre écriture et vos conversations que pour varier les personnes du verbe, ou à titre d'ornements, comme des fleurs sur une plate-bande ou sur un chapeau de femme.

L'homme dont je vous demande si vous l'avez connu — et cet homme est peut-être une créature — met ses je et ses moi partout, comme d'autres se mettent le doigt dans l'œil et comme un cuisinier met du sel. C'est un homme plutôt petit, mais son moi est immense, et comme il le place toujours devant, ça le rapetisse encore et ça le cache. Son esprit ne manque pas d'acuité, mais il y a toujours ce je qui l'émousse, placé à la fine pointe comme le bouton d'un fleuret. On accepterait volohtiers Sa personne, s'il ne nous l'offrait si volontiers: il l'apporte, il la montre, il la pousse, il nous en emplit. Il s'en

emplit lui-même. Ce serait un fort joli garçon, sans le je qui lui dilate les yeux et ce moi qui lui gonfle les joues. Il aurait le verbe aimable, s'il apprenait à le conjuguer; mais il reste tout le temps sur la première personne.

En grammaire, il a le culte du datif d'avantage; il l'accorde à plaisir et l'entrelace à plume que veux-tu avec ses mon, ses mes et ses mien. — « Moi, je vousidéclare... Moi, c'est bien simple, moi, je... Mon caractère à moi... Je vous l'avais bien dit! » clame-t-il, comme fiche de consolation, à ceux qui ont commis l'impardonnable maladresse de ne pas le consulter avant de manquer leur coup. « Moi, j'en étais bien sûr! » fait-il, en s'attribuant la victoire remportée par d'autres sans l'embarras de son secours impopulaire et vantard.

Il a toujours averti tous les imprudents :

« Tant pis! je le leur avais dit, moi », toujours conseillé les heureux et les sages, pris une part décisive à tous les succès, a été mêlé aux œuvres les plus compliquées, les a dénouées, a dit le dernier mot de l'affaire: on est venu le demander, et, malgré sa répugnance de paraître, il a prêté son concours, il a dit je, moi, et ils ont été ins- : pirés, et tout a marché, et tout était clair, et je... et moi.

Dans toute histoire, sa Personne intervient au moment le plus intéressant, et c'est alor qu'elle cesse d'être intéressante: les Péripéties le plus palpitantes se rejoignent et s'accrochent dans le je, vont, viennent, tournent, crépitent autour des ma, mon, mien, montent, grandissent, se glorifient, s'exaltent et se concluent dans le moi. Et tandis qu'il en est tout fier et se prépare à en recommencer une autre, vous vous dites:

« Oh! mais, est-il assez embêtant! »

N'essayez pas de lui rapporter l'aventure d'un de vos amis: il en connaît une bien meilleure, la sienne. Ne lui citez pas l'exemple amusant, tragique, admirable, appris au cours de votre dernière lecture: il est toujours prêt à en citer un plus fort, chez lui-même. « Moi, un jour je... » N'osez pas surtout lui conseiller de lire un traité de modestie ou de simple savoir-vivre, il resterait convaincu que vous en avez un extrême besoin.

Au fait êtes-vous bien sûr qu'il aurait tort ? et qu'en crayonnant ainsi, en riant, la silhouette de cet homme, nous ne la copions pas un peu sur nous-mêmes ?

Le Piano En vacances dans l'Ouest

D'ordinaire, je me couche de bonne heure.

Et d'ordinaire, la grande fille d'en face se couche tard.

Plus je veux dormir, et plus elle joue du Piano. Elle en,joue, elle en rejoue, elle en déjoue, avec une furie tenace et de telles roulades tonitruantes, que parfois je pense — Dieu me garde d'avoir raison! — qu'elle joue aussi du violon.

Alors, je me roule dans mon lit, je me ferme les yeux en essayant de rêver que ça va finir; je supplie le sommeil de me délivrer, je tire Morphée à moi et je le cajole: « Viens, mon vieux! » je l'aide à secouer ses pavots et je mets ses doigts dans mes oreilles.

Zut! tra la la! le piano rugit.

Je me lève, je tire les volets, je ferme ma fenêtre, j'ajuste mes rideaux et les barricede avec un drap de lit. Je me remets sur mon matelas.

Tra la la, boum! bing, bang, brr, crescendo!..

Je m'enfonce ma tuque de laine jusqu'au cou, je me blottis derrière mon « confortable », ainsi qu'en une tranchée, — confortable, qu'elle ironie!

je transpire, je jure contre tous les fabricants de casse-tête-pianos, j'anathématise tous les papas qui se privent de pain et se fendent d'un piano pour que leurs grandes filles nous fendent les oreilles, j'abomine les couvents où l'on enseigne à torpiller les nerfs du pauvre monde, je fais serment de m'acheter un chien! un chien qui aboie aux cloches et hurle aux pianos. — Cette concur'ence-là fera peut-être cesser l'écorcheuse!

Non pourtant: mon chien irait se réfugier dans la cave.

Il est minuit. Je me relève, la sueur au front, une névralgie dans la tête: je regarde dans la rue pour m'étonner de n y pas voir d agents de police et d'honnêtes citoyens qui protestent.

Un instant, la mitraille des quadruples croches s'anaise. Je me dis: « C'est une dernière valse, courage! ça achève ». Mais non, ça recommence, rinforzando, en gammes, en shrapnells, en arpèges saccadés comme des tirades de coqd'Inde furieux; me voilà dans une marche militaire, toute pédale dehors, un scherzo endiablé la suit, puis une polonaise échevelée, effrénée, scandaleuse (elle s'en fiche pas mal la polonaise: il fait noir!) puis, tout d'un coup, une,

deux, trois roulades, boum! brrr! comme une pile d'assiettes qui tombent et se cassent.…

Le chahut est épuisé.

Et moi aussi.

La nature rentre dans le repos. Me voilà sur ma chaise, en s.., impuissant désormais à fermer l'œil, les nerfs vibrant en cordes de piano tapoté.

Et je songe à tous les bourreaux du monde, à qui je fais hommage du mien: je songe aussi à tous les gens heureux de la terre; ils repassent dans ma mémoire et je les envie: les mineurs à trois mille pieds sous le sol, — pas de piano! l'équipage des sous-marins au fond de l'eau, — pas de piano! tous les chançards du cimetière, — oh! qu'ils dorment pianissimo!

Je déshabille mon rideau 4e son drap de lit, j'ouvre ma fenêtre et pousse les persien:es : il fait jour. — Et tu dors, toi, Ô pianoteuse! — Quelques nuages frangés d'argent font tache dans l'aube blanchissante, l'aurore montre les premières dentelles de son bonnet rose. Les coqs continuent le concert, les chiens aussi en jappant aux charrettes des laitiers.

J'aime les coqs et les chiens: ceux-là du moin: savent jouer de leur instrument.

Soldats

Nos soldats du front, de la Caserne et des camps combattent tous, ou se préparent au combat, dans un même désir, le regard et le cœur tendus vers un même triomphe. La même Patrie, le même ennemi, le même sentiment du devoir et de l'honneur, la même victoire prochaine font battre leur âme des mêmes ardeurs. :

Mais il semble que vis-à-vis de Dieu, ils n'ont Pas tous la même tenue. Ilk savent pourtant, chez les nôtres du moins, que Dieu est encore et toujours le chef suprême, que leur vie est entre ses mains, et la victoire aussi.

Est-ce vrai que ce que l'on a appelé, depuis toujours, « la licence des Camps » existe encore, même parmi nos soldats catholiques ? Ce qu'on nous en raconte et les récits qui circulent ne naissent-ils pas plutôt, pour être exagérés et généralisés ensuite, de quelques fai nels ? Nous aimons à le croire.

Voici à ce sujet des extraits de deux lettres, dont l'une console de l'autre.

ts exception-

Espérons que le mal signalé par la première, même s'il n'atteint

que des cas d'exception, disparaîtra bientôt et n'atteindra pas nos chers conscrits:

— .…Croyez, mon Père, que ce n'est pas se..; peine qu'on résiste à ces exemples et qu'on repousse ces assauts. On aimerait mieux quelquefois lutter contre les Allemands au risque de sa vie. Sous les balles on tombe au moins vaillamment et sans honte.

C'est ici surtqut que le mal pose au bravache. Il se vante parfois de ses souillures. IL les étale avec audace. Il y met autant de fierté que cer‘ains bons garçons, croyants et pieux, mettent de lâcheté à cacher les vertus dont ils devraient être fiers. J'en ai vu qui avaient presque l'air de s'excuser de nc vouloir pas se déshonorer. Ils demandaient pardon de ne pas commettre de sottises.

Vous ne sauriez imaginer les peurs, les frousses, que donne souvent ici le respect humain. Quand J'étais enfant, on m'effrayait avec le loup-garou. Le loup-garou des soldats, c'est le respect humain.

Le camp, la caserne et les tranchées devraient être des écoles de courage. Plusieurs y viennent apprendre la peur.

Ils envisageraient sans sourciller tout un régiment de Boches; ils tremblent devant le sourire d'un copain. Ils ont peur qu'on les remarque, peur de prier, peur que leur scapulaire ne paraisse,

beur de ne bas blasphémer, de ne bas boire, de n'être pas malpropres dans leurs baroles et leurs’ actes. De gentils garçons, élevés par de bieuses mères, et qui s'étaient bien bromis de ne boint se souiller dans la bromiscuité où nous sommes, se laissent faire, baissent la tête à la première raillerie et se livrent en riant à des actes qu'ils déplorent. Je suis sûr qu'ils se battront comme des héros, au front, et donneront bravement leur vie pour sauver le drapeau. Ils rougiraient d'affirmer devant un goujat qu'ils veulent sauver leur âme...

Oh! mon Père, briez pour nous, afin que le groupe généreux qui lutte contre cel ennemi soit toujours plus nombreux, et que nous rempbortions, avant l'autre victoire, la grande, la définitive victoire des tranchées, cette Première victoire de la conscience.

L'autre lettre nous vient d'un ancien élève du collège des Jésuites. C'est Un grand garçon, jovial, intelligent, très Populaire parmi ses camarades, un bon type qu'on pri: souvent dans des espiègleries, mais jamais dans un mensonge, un acte déloyal ou lâche.

— Mon Père, j'ai déjà huit jours de caserne.

Je me réconcilie avec un tas de choses: avec mes souliers d'abord, tandis que mes ampoules se

guérissent et qu'il m'en pousse d'autres. Les côtes, que j'avais sur le long, se sont remises sur le travers, ce qui m'a redressé peu à peu l'humeur.

Enfin, je redors! Oh! que nos lits de collège étaient moelleux! Vous devriez avoir une caserne tout à côté du dortoir pour les plaignards.

[l'y a ici des gars venus de partout. Et il yen a de tous les calibres, vous l'imaginez bien: d'excellents fils de bonne famille, des rustauds, de bons cœurs souvent sous de rudes écorces, des enfants timides et sans défense, des blasphémateurs dégoûtants, des grosses-têtes, des poseurs et — ça me renverse toujours — des imbéciles, audacieux, forts en bagout, qui s'imposent à des jeunes gens cent fois supérieurs à eux, les commandent, les font rougir et les mènent.

Dès mon premier soir de caserne, je m'agenouillai près de mon lit pour faire ma prière. Mon voisin se mit à rire, — un camarade que j'ai connu autrefois à l'école.

— Voyons, lui dis-je, ne ris pas, toi, du moins. Tu as envie de faire la tienne, et tu n'oses bas, barce que tu as peur. Tu es un. lâche.

Le lendemain, nous étions deux à prier ensemble. Et comme un groupe de conscrits en brefitaient pour se moquer, chanter, crier, conter de sales aventures de filles, entremélées de blasphèmes:

— Allons, vous autres, là-bas, g.… de Boches, voulez-vous bien nous laisser dire notre chapelet ?

Cris, injures, éclats de rire, jurons…

J'appelle alors deux compagnons, deux amis mélés bar hasard au &roube et je fais signe à un cou<in À moi qui entrait Justement à ce moment-là. Nous causon: un instant; puis, tous Les cinq nous rebrenons ensemble le chapelet, au milieu d'un silence relatif.

Savez-vous combien nous sommes maintenant à réciter le chapelet tous les soirs? Vingt-sept.

Ce matin, je rencontrai un jeune conscrit, tout récemment venu de la campagne, un honnête cultivateur, brave enjant, qu'on avait entraîné, hier,

bour la première fois de sa vie, j'en suis sûr, dans une aventure honteuse.

— Eh bien, lui demandai-je, es-tu content de toi, ce matin?

Il resta tout triste, hébété.

Sais-tu, rebris-je, ce que tu vas Y gagner? A te faire traîner de nouveau comme un mouton, à recommencer ce soir, À recommencer Jusqu'à ce que tu aies oublié l'honneur de ta famille et les leçons de ta mère; tu vas porter des blessures dans ton

cœur, des maladies dans ton Corps, tu vas prendre l'habitude du vice, tu seras dans les tranchées ce que tu es ici, et, un beau jour, l'âme chargée de

béchés mortels, tu recevras une balle et tu t'en iras chez le diable.

Il me regarda, les yeux roulant dans les larmes, et il se hasarda timidement:

— Je ne savais pas que tu étais mon ami comme ça.

— Écoute, mon cher, nous allons tous les deux voir l'aumônier. Il va nous recevoir comme un père. Nous allons nous confesser pour le brémier vendredi du mois. Tu seras content. Sois des nôtres, mon ami, Lu n'auras jamais à bleurer des bêtises comme celle d'hier.

Vous n'avez pas d'idée, mon révérend Père, comme nos soldats catholiques bourraient se faire

du bien les uns aux autres, si seulement ils s'en donnaient la peine! Beaucoup de volontés faibles n'attendent qu'un bon mot et un bel exemple. Un geste généreux les entraîne. Ils sont bien aises de trouver quelqu'un qui tue le respect humain et les délivre, — qui vit comme il bense el qui pratique sans poltronnerie ce qu'il croit.

Souhaitons que cet ancien élève ait beaucoup d'imitateurs.

Un fils à papa

Ne le nommons Pas: Son nom est un scancale Pour ceux qui l'ont connu.

Pour toute carrière, il s'est donné la peine de naître, de sustenter les tripots, d'avaler et de mal digérer son gros héritage, de moisir vivant et de mourir comme il avait vécu.

Les journaux de New-York ont annoncé sa mort sur un ton de délivrance. Cette fois, ils se sont abstenus de fouiller dans Sa vie stercoraire Pour ÿ trouver matière à sensation et rassasier la fringale des lecteurs de la presse jaune. Il leur a suffi du nom, de la vignette, de trois ou quatre détails Suggestifs, salissants, — si on pou- Vait salir une pareille mémoire, — et du décès de ce millionnaire Paresseux, mort de vice au moment où il allait mourir de la famine.

Je ne l'ai vu qu'une fois, sur les quais de New-York, comme ;] montait dans le paquebot qui l'emporta en Italie. 11 s'en allait à la mort. Mais sa hideuse Silhouette aperçue au passage s'est imprimée dans mon imagination; elle y reste, comme après une première lecture de Shakes-

peare reste dans le souvenir d'un enfant le spectre de Banquo.

Un simple regard sur ce libertin moribond me fit froid.

L'aspect de cette tête de brochet, de ce visage de parchemin, de cet œil mort mais avide.encore, dont il plombait, avec une effronterie coutumière, les dames qu'il croisait sur la passerelle, est demeuré devant mes yeux comme une page de diffamation. En! dépit de ses efforts de dandy, sa démarche était trépidante, poussive. L'agitation de ses mains gantées de frais, les protestations de sa toilette de jeune beau, ses cosmétiques, ses bras en arc et son tangage d'épaules ne suffisaient plus à dissimuler les tares du débauché et à fermer les fissures à travers lesquelles ;’.nagination s'ouvrait des perspectives sur le crime.

Et il se trouvait qu'en lui l'être et le paraître étaient d'accord: et, pour une fois, on tombait juste en jugeant sur l'apparence.

— Mais, pensez-vous, puisque le type est infect, pourquoi en montrez-vous la silhouette à vos lecteurs ?

Parce qu'il y a deux manières d'amener à

limitation des modèles: l'attrait et le repous- Soir. Il y a les vies dont on dit: « Je voudrais bien leur ressembler! » Ce sont encore les plus nombreuses, ou tout au moins celles auxquelies il faut plus souvent recourir. [| y a les vicieux répugnants, dont on dit: « Le ciel m'en préserve! »

C'est par l'observation de ce double sentiment que les Spartiates montraient des hommes ivres à leurs enfants, pour leur inspirer l'horreur de l'ivrognerie, Et je n'ai point d'autre intention en crayonnant ce fils à Papa: — enfant mal élevé avant d'être héritier, riche libertin et féroce jcuisseur, dont la mort de chien exténué, préparée de loin par les vols de son père et les légèretés sentimentales de sa mère, reste comme la résultante normale de l'éducation donnée à beaucoup d'enfants de notre temps. Elle est symptomatique; elle accuse et condamne la génération qui fraye avec les héros de la table et de la luxure : elle fournit le diagnostic de la maladie dont souffre en ce Moment, au Canada comme aux États-Unis, toute la société qui recherche la Compagnie des parvenus gavés de victuailles et vides de religion.

Un brave Barçon qui avait beaucoup connu,

sans pouvoir l'aider, ce débauché millionnaire, me suit ce matin:

— Îl est mort, ruiné, vidé comme sa bourse.

Il avait mangé et bu son million et demi et l'avait expectoré en débauche. Il était déjà envahi par les huissiers, quand il poussa le dernier hoquet de son agonie. La veille, il avait ingurgité sa dernière bouteille de scotch. Les médecins, les gardes-malades, comme les autres femmes, l'avaient abandonné, ne pouvant plus rien sur ce corps mésusé,

Il avait réussi à convaincre les parasites des deux sexes coliés à son existence, comme les mouches à une chair en putréfaction, que l'argent achète et efface tout; n'ayant plus d'argent, il ne rencontra plus, à son dernier moment, un seul pa site. Son cadavre, ainsi qu'une carcasse, fut enfoui dans un champ diffamé.

— Or, comment en est-il arrivé là, possédant toutes les ressources de la vie ?

— Son père avait fait fortune dans des trafics honteux. Il s'était enrichi des sueurs des ouvriers et des larmes de leurs femmes, en vendant des flots d'alcool et autres poisons plus malfaisants, tandis qu'il s'en remettait à sa femme pour

l'éducation de leur fils, ayant assez, lui, disait-il, de le rendre riche.

Elle, perruche de luxe, trouvait sa jouissance dans un monde qu'elle éblouissait de ses diamants et de ses largesses de Parvenue, et s'en remettait, à son tour, du soin de son enfant sur une bonne vicieuse qui le pervertit dès sa petite enfance. Au reste, cette mère haïssait de toute son âme égoïste les grandeurs de la maternité. C'est en Sacrant comme une poissarde qu'elle avait vu ce fils venir au monde, et elle jurait que toutes les lois du ciel et de la terre ne la contraindraient jamais à donner à ce Premier-né un frère ou une sœur.

Cet enfant, baptisé, communié, fut envoyé dans une école publique. C'était sa place: l'école neutre est d'ordinaire un repaire sans danger Pour qui n'a pas de traditions saintes à faire détruire. Il allait Y trouver à souhait le com- Plément à son éducation Première et aux malédictions méritées Par cette femme jouisseuse et ce papa faiseur d'argent.

Il n'avait que treize ans, quand l'école le jugea « undesirable » et l'éconduisit. J] passa dans une institution d'é'ucation… supérieure, — qui coûtait plus cher, veux-je dire, — où les profits du trafic paternel le maintinrent à force de

dollars, afin de le faire continuer son œuvre de Paresse et de mollesse contagieuse: où sa mère, entre deux courses, allait le dorloter et le gaver, et d'où, heureusement, il sortit ignorant. Il eut au moins cela pour lui: il ne Put jamais transformer en instrument de vice l'instruction élémentaire. Mais c'est bien le seul instrument dont il n'ait pas abusé.

Sa vie n'en a pas été moins brutale. Il fut cruel, non pas à la façon d'un Iroquois: il n'a pas versé le sang, si ce n'est chez le médecin qui pansait ses plaies et recousait ses accrocs. Il s'est contenté d'être un tueur d'âmes. Après. s'être pavané en joyeuse compagnie et s'être noyé, autour des tables des restaurants à la mode, dans des ruisseaux de champagne ou le ruisseau tout court, il a eu vite fait de tomber dans le gâtisme et dans l'infirmité honteuse.

Il eut des amis d'un jour, monstres pour la plupart, porteurs de trogne comme la sienne, dont il payait les consommations et soldait les débours, et qu'il chassait le lendemain de dégoût et de colère, Ses victimes féminines feraient pleurer, s'il fallait encore pleurer sur des ‘familiers qui se rassemblent parce qu'ils se ressemblent. Quelques-unes Pourtant furent de vraies victimes: tant parfois a d'aberrations l'amour cré-

dule d'un cœur féminin!

d'emprise le cliquetis de l'or, les breloques et le mensonge bien mis, sur la naïveté mal surveillée d'une ingénue! On s'indigne en songeant que son Cynisme ait pu triompher dans des milieux qui s'appellent 1 le monde », et on s'étonne qu'à défaut d'un agent de police la main gantée d'un honnête homme n'ait pas souffi ou fermé d'un Coup ses deux pudeur.

tant peuvent avoir

eté sa joue flasque, yeux insultant à Ja

Voilà comme a vécu cet héritier trop nourri, ce fils « unique » dont l'éducation nc fit pas équilibre à l'argent. Sa trace est fétide, Ne Ja suivons pas plus loin.

odeurs de interlope.

Enfin il est mort!

De lui, il ne reste plus de vivant que le témoignage rendu à sa formation.

conclusion. En

Elle exhale toutes les sentine, de buvette, et de boudoir

Sa fin est une mourant autrement, ce digne fils à papa et à maman n'aurait pas complété le juste châtiment de son père et de sa mère. Ses membres en loques n'auraient Pas été enlevés par la bonne porte.

Les sociétaires de Sa comédie sinistr.

aucune restriction à faire: —

e n'auront

il n'a pas même raté sa sortie. Le reste est le secret de Dieu,

Les courageux

Le courage — je ne parle que du mot — semble avoir quitté les formes simples de la vie. On dirait qu'il ne sait plus entrer dans l'ombre et exprimer les événements de chaque jour. Il fait comme les grands artistes, comme les médecins et tout le mbnde: il se spécialise.

Tandis que d'autres mots s'usent comme la monnaie en vieillissant, ou gagnent en étendue en se prêtant à des métaphores et à des sens multiples et figurés, lui se rétrécit: il se réserve, il se retire de la foule des humbles: il est devenu mot extraordinaire, aristocrate. [ès qu'on le prononce, on songe à des sommets illuminés de soleil, à des coups d'éclat, à des reflets d'épée, à des audaces et à des batailles de héros, suivies de triomphes et de fanfares de victoire.

Le courage, aussi bien, c'est ça, d'ordinaire. C'est autre chose aussi. Il éclaire de ses feux les hauts faits militaires: mais, pour qui sait descendre et observer, il ne brille pas moins dans les batailles plus humbles de la bonté, du travail,

de la souffrance, de Ja piét

é, dans l'accomplissement des tâches quotidiennes.

Il y a mille façons d'être courageux.

Et c'en est une à miracle de l'être toujours dans les petits choses, humblement, sous le seul regard de Dieu et de sa Conscience. Ainsi compris, dans son large sens, le courage est comme l'armature de l'humanité, dont Ja charité forme la base. Il ne fait Plus qu'un

avec celle-ci dans l'édifice total.

Et c'est un édifice d'héroïsme et de beauté.

Uni et comme cimenté à Ja Charité, — cette vertu supérieure qui les Contient toutes, — Je Courage est de chaque instant, il pénètre toutes les œuvres généreuses: il est l'acier des volontés tenaces, il tient debout les caractères pour les longues résistances

» il vole au secours des petits et des faibles, sa

ns cesse aux aguets pour entendre de quel côté on crie au secours, toujours paré du sourire de la gaieté, aussi prompt dans ses élans que constant dans ses efforts, aussi magnifique dans l'ombre et l'accomplissement

des devoirs obscurs, que dans !a Splendeur des

combats et sous les applaudissements des multitudes éprises.

Ce courage-là ne s'abandonne Pas aux équi- Pées de la force brutale. C'est une belle épée

flambant au service de toutes les grandeurs morales; c'est le soldat du droit. C'est une fleur merveilleuse de l'âme, épanouie parmi les vertus dont elle naît, à qui elle emprunte ce je ne sais quoi d'humble et de sacrifié qui est propre aux saints, et auxquelles elle ajoute ce je ne sais quoi de crâne et de souriant qui est propre aux chevaliers.

Le courage est inné aux nobles cœurs. Il y est en réserve, ‘indépendant des contingences. Les circonstances ne le font pas naître; elles lui permettent seulement de se manifester. Qu'on le taise ou qu'on le proclame, à la première alerte il surgit, non pas sur la ligne de feu seulement, mais sur toute la ligne des luttes journalières. Aux jours heureux, il se voile, il se cloître, diraiton. Viennent l'épreuve et les deuils, et soudain, étonnés et respectueux, vous le saluez dans un salon, au fond d'une mansarde, dans une âme d'enfant, de pauvre, de riche ruiné ou d'humble femme, dont il a fait une âme de héros.

J'admire le courage du conscrit quittant son usine et disant adieu à sa femme et à ses enfants, Pour courir au champ d'honneur et défendre son pays. Mais quand on me raconte que sa femme se fait laveuse de planchers et s'use les yeux et les genoux à travailler comme une mer-

cenaire tout le jour, et, rentrant le soir, harassée de fatigue, tricote avec fureur une partie de la nuit, à la lueur d'une bougie, pour gagner quelques sous supplémentaires et qu'elle s'en explique très simplement à une voisine.

— « Vous comprenez, si je ne lui envoyais pas son tabac, il serait si malheureux! » — et qu'elle a soin d'ajouter:

— {J'ai tout de même de la chance de ne pas manquer d'ouvrage, il y en a tant qui chôment! » — je me demande lequel des deux, lui ou elle, a le plus de courage, et chez lequel il est plus touchant.

Quelle que soit votre vocation, il faut être courageux pour la remplir. Quel que soit votre rêve, il sera sans beauté, s'il ne s'anime de la flamme du courage.

Sans le courage, c'est la vulgarité sans mérite, stérile et méprisable. C'est le terre à terre des âmes veules: c'est le Sauve-qui-peut devant le devoir, la panique des jouisseurs; c'est le cœur qui se traîne dès le premier échec, abattu et criant à tous les échos ses douleurs après une égratignure; c'est le dédain devant les nobles causes, pour lesquelles on ne se bat jamais: c'est le

mot final des lâches: « Qu'ils s'arrangent, pourvu qu'on ne me dérange! »

Les courageux, ce sont ceux qui acceptent le travail et en font une loi de noblesse, ceux qui dépassent le malheur et le dominent. Courageux, ceux dont la volonté réduit les sens, les mène, les mate, afin de garder dans une chair viciée une âme propre. Ceux-jà s'oublient eux-mêmes, foulent sous le talon l'égoïsme, paient en secret de leur persbnne, Pour aider sans retour les nécessiteux, pour gagner des victoires à Jésus- Christ dans un monde qui blasphème ou qui rit, pour mettre un peu de joie où l'on pleure, Pour aimer même ceux qui haïssent et pour les Sauver quand même.

Ne refusons pas à tous ces héros obscurs le courage, sous prétexte de « spécialiser » le mot et de le réserver aux actions d'éclat des champs de bataille. Il est à sa place sur le front des humbles, comme la Couronne au front des rois, comme la baïonnette aux mains du soldat, comme l'amour au cœur des mères, comme la vertu dans la physionomie et l'âme des saints.

Glorifions le nom des courageux cités à l'ordre du jour: mais croyons aussi, dans notre admiration muette, aux courageux anonymes.

Monsieur Unpeu

Je le connais fort bien, et je ne sais pas son nom. Lui, il me salue par le mien, et je pensais qu'il ne me connaissait pas.

Tous les matins, il débouche d'une rue voisine sur le parc Lafontaine, chaudement ganté, rasé de frais, faisant les Pas Courts et drus pour paraître moins lourd, vras et rose sous les cosmétiques avec lesquels il répare des ans l'irréparable outrage.

On me dit que c'est un swell et un vieux garçon.

Il est maintenant trop tard pour lui demander si c'est vrai; et je le connais trop pour lui dire: « Comment vous appelez-vous ? » Heureusement j'ai pu me le nommer à moi-même. Je l'appelle M. Unpeu; et rien qu'à l'entendre on voit bien que c'est ça. .

Sans être malin, il m'a tout de même attaqué aujourd'hui sur la religion. Il n'aime pas les catholiques tout Court: ces intransigeants! [I] fait la grimace sur les dévots: ces fanatiques! Il trouve qu'il Y a trop de prêtres: ces comman-

dements en soutane! Il me posa même plusieurs

questions peu discrètes, toutes embarrassantes dans son intention. J'usai du droit que j'ai de perdre mon temps en m'appliquant à y répondre. Puis à mon tour, — à discret, discret et demi:

— Vous, lui dis-je, êtes-vous catholique ?

— Un peu.

— Vous allez à la messe, le dimanche.

— Ün peu.

— Et la confession? et la communion ? et les Pâques? :

— Bah! je ne suis pas un rongeur de balustres, j'en use un peu.

— Êtes-vous marié ?

Je courus au devant de la réponse: il allait lâcher le mot!

— Après le Jugement, vous savez, il n'y aura j plus d'un peu: ce sera l'un ou l'autre en entier. Vous ferez bien de vous assurer tout à fait.

Pourquoi ne vous mariez-vous pas ?

Cette liaison subite entre le mariage et le Jugement ne l'étonna pas autrement; il y avait

déjà songé.

| Il me regarda d'un bon regard de célibataire \ rriste et qui voulait dire: € Pourquoi? C'est bien ce que je me demande! » On eût dit que toute la vision des choses souvent rêvées lui

it

repassait devant les yeux: un foyer, à lui, où il reviendrait chaque soir, comrie dans un nid plein de tendresse et de babil; une femme aimante, gravissant avec lui la montée, la main dans la main, allégeant de son courage souriant et de ses espoirs le poids du travail: des petits enfants pendus à son cou, le couvrant, à chaque retour et avant le souper, de leurs caresses et de leurs baisers: le souper du cœur! Le don de soi et l'espérance prolongée après la vie dans des vies et des êtres aimés, pour qui les tâches paternelles bien remplies et les économies sagement amassées se transformeraient en bonheur et en pain des jours; un large horizon enfin devant lui, un but visé, puis atteint, dont jouirait sa vieillesse sereine dans les liens de la famille, avant | de renouer pour toujours, là-haut, ces liens rompus un instant par la mort, dans la demeure | de notre Père.

Toute cette vision revenue soudain, il sembla un moment la contempler. Et voilà pourquoi il eut ce bon regard de célibataire triste. Aussi bien, ce n'esc pas gai de faire de soi-même tout le but de sa vie! C'est lourd à soutenir des joies stériles et égoïstes, et de sentir que n'ayant vécu que pour soi on ne meurt pour personne!

Et pourtant mon ami Unpeu n'est pas mé-

chant? Il ne l'est pas, du moins, tout à fait. Ce n'est pas pour lui que Faguet a écrit: « Quand une maison ne se remplit pas d'enfants, elle se remplit souvent de vices et de manies. » Il se mariera, vous verrez, il sera un solide dévot, et ce jour-là il n'y aura pas assez de commandements en soutane, je vous assure.

— Et qui vous en assure ? questionnez-vous à votre tour.

— Son bon regard de vieux garçon et, pour surplus, ce fait qui n'a l'air de rien. J'allais le quitter, quand un orphelin, grelottant, déguenillé, lui tendit une main rouge sous l'onglée.

— Tiens, petit, lui dit-il, en mettant une pièce blanche entre les doigts du gosse, C'est l'aumône, ajouta-t-il, en se souvenant de Brieux, de celui qui n'a pas de fils au fils qui n'a pas de père.

Et il s'éloigna d'un pas allègre et plus dru, le visage plus rose et plus souriant, en songeant sans doute que ce geste d'aumône le faisait père un peu.

C'est déjà pas mal, Par ce terips de guerre et de souffrance, de se faire pour les pauvres des entrailles de père, ne serait-ce qu'un peu.

Il se mariera, croyez-moi,

us

Un conseil d'instruction

Vous verrez que les Américains finiront par nous copier.

Jusqu'ici leurs écoles étaient publiques selon les uns, sectaires selon d'autres, obligatoires en certains États, neutres pour les naïfs, nulles pour M. Bird-S. Coler.

L'État de Washington s'est payé le luxe d'une Petite loi de contrainte: les enfants à l'école ou les parents en prison. Or, voici qu'un brave citoyen de Spokane, M. Connort, catholique honorable et intelligent, a trouvé que cette loi était une violation du droit naturel, nulle de ce chef et de nul effet.

Et M. Connort n'envoya pas ses enfants à l'école.

Il fut traduit devant un juge de la Cour, qui le condamna à l'amende et à Ja prison.

L'accusé prouva dans sa défense qu'il était Pauvre, que sa conscience de catholique lui interdisait l'école neutre, que, de plus, il était lui-même professeur, porteur de cinq diplômes d'universités françaises, et donnait des leçons aux instituteurs même des écoles de Spokane,

qu'il faisait la classe tous les soirs à ses enfants et s'offrait à les soumettre aux examens de l'État.

Rien n'y fi. M. Connort paya l'amende et alla en prison.

Il y était à peine ertré et bénissait encore son juge, quand le geôlier lui apporta le journal du soir. Tout à côté de son plaidoyer et du texte de sa condamnation, il y trouva l'article — reproduit d'une revue de New-York — d'un M. Coler, écrivain protestant, sociologue distingué et avocat à Brooklyn.

L'article traite de « La banqueroute de l'École Publique, » — de l'ignorance et de la perversion officielle dont elle est le fryer. M. Cole. appelle cette école spacieuse, bâtie à grands frais par l'État, the modern room of applied socialism. I] Proteste contre le mensonge de la réclame qui tient debout ce système scolaire rétrograde et immoral.

Le prisonnier y souligna les quatre accusations principales, découpa l'article et l'envoya à son juge, avec cette question: « Lequel de ces quatre crimes sociaux a rendu vos écoles obligatoires ? »

Il attend encore sa réponse.

Pour toute consolation, M. Coler lui fait espérer une réforme. Le jour va venir, écrit-il,

nts

où l'éducation s'échappera des mains des politiciens, incapables, malfaisants ou voleurs, qui l'ont étranglée jusqu'ici. Elle deviendra ce que les Américains, qui paient des millions, ont droit d'en attendre, quand elle sera dirigée par un groupe d'hommes indépendants, honnêtes, instruits, choisis en dehors de la politique, dans les rangs divers de la société.

Un conseil de l'Instruction publique, quoi!

Le spectacle sera joli de voir les Américains nous emprunter notre système d'éducation, tandis que les réformateurs de chez nous et les farceurs, dont les dernières intentions restent cachées, soupireront après l'école neutre et un ministère de l'Instruction comme aux États.

Bouches molles

On parle beaucoup de notre langue par le temps qui court. Elle est à la mode.

Les uns la travaillent con amore, pour l'épurer, l'écheniller, la désangliciser, nous la faire aimer, mieux écrire et mieux parler. D'autres lui consacrent leur ignorance et leurs préjugés pour la mieux haïr et nous l'arracher. Plusieurs trient ses mots, les passent au tamis, les vannent

et livrent au vent les vocables parasites qui s'y collent et la défigurent. Plus d'un, continuant l'œuvre de l'école, reprise les accrocs faits à sa syntaxe, modernise ses formes vieillottes, la rhabille à neuf, ainsi qu'une dame dont on a couvert de poussière et déchiré le manteau le long des routes,

Qu'on me permette d'y aller, moi aussi, de mon humble salut à cette grande dame.

Pour la servir, je cite comme un criminel, au tribunal de ses fidèles défenseurs: — les Pierre Homier, les Rivard, les Héroux, les Blanchard, les Lorrain, les éducateurs et tous les pères et mères de famille, —le petit Canadien qui le maltraite.

Ce petit Canadien s'appelle Neuf-sur-Dix. I] est légion.

C'est l'enfant qui n'articule pas: à qui on n'a pas appris à articuler. C'est le demi-muet dont les mots sont des paquets de voyelles; dont la langue et les mâchoires sont restées au maillot. si on peut dire; qui continue de faire heu, heu, a-e-i-o-u, an-on-in-ou, et dont les parents, initiés, croient qu'il parle très bien parce qu'ils le devinent, comme la chèvre devine les chevrotements de ses biquets.

I ne s'agit pas, faut-il le dire, pour forcer ces

ert des

enfants à détailler leurs sons confus, de distinguer entre muettes, liquides, labiales, gutturales, et de leur donner un cours d'élocution. . videmment non, Puisque les leçons doivent commencer même dans les familles du peuple et s'adresser aux tout Petits. Mais il n'est pas nécessaire d'avoir quinze ans ni le génie d'un Mounet-Sully Pour découvrir, du moins en pratique, que les consonnes marquent le trait distinctif des mots. C'est sur elles que l'organe donne son coup de marteau. Et c'est ce coup de marteau qui fait que l'oreille ne s'y trompe pas.

sv.

Au surplus, un maître d'école intelligent s'a- Percevra vite, s'il ne le sait déjà, qu'un langage ainsi marqué à coups de consonnes doit être parlé à coups de volonté, et que ces coups répétés de volonté développent l'énergie et affermissent le caractère — chose Peu Superflue en éducation. « Entre la langue et le Caractère d'un peuple, disait Leibnitz, il y a la même relation mystérieuse qu'entre la lune et la mer. » Je n'ose pas imaginer ce que Leibnitz aurait pensé de la veulerie de notre peuple, s'il avait entendu l'ar-

ticulation veule et les syllables flasa: »s et v in-

cues, sorties des bouches molles de nos jeunes gens.

Un en’ant qui marque nettement la différence entre un p, un d, un b, un v, un let un m, manifeste déjà de la fermeté, de la décision. I] prend parti. Ce n'est pas ceci, c'est cela qu'il veut dire! Il impose sa volonté aux mots: il l'imposera bientôt aux choses, il l'imposera aux hommes. C'est un caractère. C'est lui qui veut mener, qui mène, qui mènera partout, tous ces êtres de gélatine, camarades informes dont la bouche s'ouvre pour ne laisser échapper que des bruits, qui parlent, interpellent leurs parents, répondent et crient avec des syllabes de jeune corneille affamée.

L'un de nos Pères irlandais me disait, l’autre jour, qu'il trouve la même mollesse chez ses élèves.

On dirait que la plupart de nos enfants, si vifs et si agiles pour tout le reste, ont la mâchoire, la langue, le gosier, les organes du langage ankylosés. Ils ressemblent aussi peu sur ce point aux petits Français, que le Parisian french des High schools ressemble à celui de Paris, et que nos hâbleurs de hustings ressemblent à Alber: de Mun. Ils ont, semble-t-il, la langue empâtée, — avec un paquet de ouate dans la gorge.

nes

Quand les élèves de l'admirable professeur qu'était notre vieux P. Grenier ne martelaient pas assez vaillamment leurs Syllabes, il leur demandait, martelant lui-même ses mots comme sur une enclume: « Avez-vous du poil dans la bouche ? » Et comme il était Canadien jusqu'aux ongles, il ajoutait quelquefois: « Contentez-vous d'en avoir aux pattes! »

Écoutez bien causer nos enfants — et souvent de grands enfants, et souvent de vieux enfants OU regardez-les jouer. Si vous n'êtes pas initiés à leurs enfilades de commandements, d'appels. de reproches, d'injures, vous n'y comprendrez rien. Non pas à cause de l'argot ou des anglicismes; mais parce que toutes ces assonances, criées souvent à tue-tête, sortent de ces bouches pâteuses en mots amputés de leurs consonnes, en gammes de couacs, en langage d'agneau bélant après son lait.

Essayez d'épeler le verbe envoyer, dont un joueur de crosse se sert Pour ordonner à un camarade de lui lancer la balle: aouîee! haouïei! enoufei! Il n'a pas le Courage de prononcer le v. Ce v-là le gêne; il passe mal à travers la ouate.

Faites dire ieurs noms à des écoliers, le jour d'une rentrée des classes. Vous aurez droit de vous féliciter, si, après deux ou trois reprises

Pour chacun, vous arrivez à savoir comme ils se nomment. Ce n'est pas timidité ou de ce qu'ils parlent trop bas, non; mais ils ont, là, la bouche ouverte, avec l'air que ça donne, i:habitués à fermer et à ouvrir les lèvres pour séparer les syllabes et leur faire rendre leur son propre. Le maître demande:

— Veux-tu me dire ton nom, mon enfant ?

— Oueh.

Il y a dans oui un i qu'il n'a pas l'énergie de pincer pour le faire résonner.

— Eh bien, dis-le moi, ton nom.

L'enfant remue mollement l'organe ouvert, d'où sortent des voyelles sans physionomie.

— Comment ? reprend l'instituteur d'un ton encourageant; prononce ton nom comme il fant.

Nouveaux sons, comme de la bouche d'une poupée allemande, quand on lui pèse sur le ventre.

Avec ces voyelles collées les unes aux autres, le maître, au meilleur de sa Connaissance, écrit des noms abracadabrants: Olion pour Napoléon, Cie pour Lavoie, et. n'importe quoi! Greluche pour Laframboise.

Il-en va de même pour d'anciens enfants.

Plus d'un professeur s'époumone, et des dou-

zaines de nos orateurs s'égosillent et nous étourdissent pour arriver juste à n'être pas compris. Le jeu vraiment n'en vaut pas la chandelle.

Hier encore. j'assistais à un discours dans une petite salle d'une acoustique étrange et merveilleuse. Il eût suff d'un filet de voix nette, ponctuée, volontaire et Précise, avec des mots bien détaillés, pour y être, sans fatigue pour personne, parfaitement entendu. L'orateur, au contraire, épuisé, s'épongeant, toute sa machine respiratoire en feu, tous ses tuyaux ouverts, réussit à no’'s laisser l'impression compatissante de ses sueurs, de ses gestes d'athlète et de sa puissance gutturale, avec le regret de tout ignorer de la cause si belle pour laquelle il s'était condamné à un pareil martyre.

Il m'est arrivé cent fois, pendant des missions, de prendre des noms pour la ligue du Sacré Cœur. A l'avance, je demande à tous de parler distinctivement. De braves Paroissiens, solides, beaux timbres de baryton, s'approchent et se nomment à tour de rôle. Et comme d'ordinaire, je n'y comprends rien: « Pardon, dis-je, vous 7... — Ils répètent, plus haut, plus fort. Souvent, à la troisième répétition, c'est un cri. Après le cri, ne voulant pas pousser plus haut — dans l'église, c'est toujours gênant — je recours au

morcellement du nom; je procède par Partie afin d'arriver au tout. .

— S'il vous plaît, monsieur, vous avez dit:

Por... Porte... Porte... quoi ?

— Portelance!

— Ah! fort bien, fort bien. Quel joli nom!

— Et vous, mon ami, vous vous appelez 7...

Je reçois par la tête trois ou quatre sons bruyants, égarés entre des anches.

— Vous dites: Lala… Lalaïante ?..

— Non, Lalayette!

— Oui, oui, bon, Lalayette, je comprends, merci.

— Non! puisque je vous dis, Lalancette!

— Très bien, très bien, je vous demande pardon, Lalancette, c'est ça.

Et le ligueur Lalancette. me lance deux yeux qui me crient encore plus haut que ses anches: êtes-vous sourd? Il n'en revient pas de voir qu'un « homme instruit comme Ça » ait eu tant de mal à apprendre un nom que lui, ignorant, sait par cœur d'un bout à l'autre, et depuis longtemps!

sx

Qui n'a senti, en lisant les patientes leçons de nos Brammairiens, l'envie de les supplier: de grâce, déliez donc d'abord la bouche des Cana-

fin

ns

diens! Ôtez à leurs lèvres cette mollesse de linge mouillé. Introduisez-leur, s'il vous plaît, un petit courant d'énergie dans les organes de la parole; — ça servira Peut-être à leur en introduire ailleurs. Faites-les articuler ce qu'ils disent, même leur phrases métisses, croisées d'anglais! Votre travail, digne de tant d'éloges, ô sarcleurs de la « Vie Courante », de tous es « Corrigeons-nous », de tous les « Parlons mieux » de tous les « Bulletins Ÿ, Consiste à corriger ceux qui parlent mal notre langue. En bien! je vous présente des Canadiens français qui ne la parlent pas. Il me semble que c'est radical. ar ce n'est pas parler notre langue que de se la coller au palais, ‘ gluer la moitié de ses Syllabes dans une boucne de mollusque, et d'y faire passer l'autre moitié comme un balbutiement à travers un trou. :

Une langue molie! sans consonnes! C'est un marteau d'étoupe, une épée de flanelle. C'est un Corps sans nerfs et sans os. Il n'y a pas plus de ressemblance entre ce langage désarticulé, ces voyelles prises en gelée, et Je vrai français distinctement parlé, qu'il n'y en a entre un poulet désossé et un Coq gaulois, un beau Chanteclerc saluant de ses notes clairon de l'aurore.

nantes le lever

Et donc, apprenons aux enfants, aux éducateurs, surtout aux très puissantes éducatrices que sont les mères de famille, à faire vibrer sur les lèvres canadiennes les fermes syllabes françaises. Cela presse autant que le reste.

C'est un sujet qui crie: au secours! Dussionsnous pendant un jour donner un peu de répit à l'anglicisme — l'ennemi! — et laisser nos marchands « settler » leurs comptes, nos avocats « filer » leurs protêts, nos dineurs murmurer à l'oreille de leur voisin: « Je vous remercierai pour le beurre », nos mondaines s'acheter un beau « set de salon », deux ou trois « sets de boutons », un «set de vaisselle », afin de recevoir

{correct », ma chère, un «set d'amis très smart ».

Guerre aux bouches molles!

Juliette

… C'était une petite tuberculeuse — m'écrivit une garde-malade de l'hôpital des Incurables — Vous en Souvenez-vous, mon Père? Elle occu- Pait la chambre du nord, au Premier, près de la véranda, où Chaque soir on l'apportait, roulée dans son grand manteau, pour qu'elle pût voir coucher le soleil, « quand le temps était assez beau pour le laisser se coucher », comme elle disait.

Elle s'appelait Juliette; elle avait dix-neuf ans. Elle s'éteignit un matin triste et froid de novembre dernier.

Orpheline depuis sa petite enfance, elle avait toujours souffert, silencieuse, en Pensant qu'on ne l'aimait pas. Toute Petite, on l'avait punie Parce qu'elle pleurait, Pleurait, « Pour avoir une mère comme les autres ». Elle en devint défiante, ferma son âme ainsi qu'une sensitive, refoula dans Son cœur mille confidences qui auraient voulu S'épancher et de gros ch dans la tombe.

Elle était belle à miracle, avec ses yeux d'un bleu de rêve, ses traits à carnation si fraîche,

agrins qu'elle apporta

dans le cadre de ses blonds cheveux, qu'on l'eût prise pour une jeune enfant. Des teintes roses, mobiles et changeantes comme des rayons d'aurore boréale, — ces teintes de phtisiques brûlant la fièvre, — coloraient son visage et illuminaient soudain ses traits de frêle madone. On songeait en la voyant, ses longs cils baissés, si modeste, si pure, à ces vierges idéales que Fra Angelico contemplait dans ses rêves mystiques.

La phtisie enlaça sa victime dans de longues étreintes et lui prodigua ses étouffements et ses morsures.

L'enfant l'accueillit avec des baisers de douceur. Sa poitrine épuisa, par le menu, toutes les douleurs, son cœur toutes les angoisses, — sans qu'elle cessât de sourire au mal qui ciselait son âme de sainte et martelait, impitoyable sculpteur, son corps de martyr.

Elle aimait passionnément la musique, et son talent de virtuose traduisait parfois en harmonies poignantes toute la sensibilité de son âme et ses

‘ douloureuses mélancolies. Trois jours avant de mourir, elle demanda de jouer encore une fois. Elle exécuta quelques mesures du Printemps, de Grieg; puis, ses mains errèrent sur le clavier en des accords si tristes, que des larmes coulèrent sur ses joues: on l'emporta défaillante.

— Si je vis, me dit-elle un jour, je me ferai Carmélite.. Si Dieu ne veut pas me guérir, eh bien, soit, j'entrerai dans son Carmel à Lui.

Un soir après d'affreuses souffrances, elle me dit avec simplicité:

J'ai vu coucher le soleil Pour la dernière fois. Je suis heureuse d'éprouver tant de chagrin de mourir; sans ce sacrifice qu'est-ce que j'apporterais à Dieu? Je lui offre tout ce que j'ai: c'est peu de chose. Mais je lui offre aussi — c'est bien plus! — tout ce que j'ai rêvé pour l'avenir. Il sait, lui, comme elles étaient belles, mes es- Pérances!

Elle eut peur d'en avoir trop dit; ses grands cils s'abaissèrent sur ses yeux, elle pressa ses lèvres blêmes, comme pour fermer la porte à des confidences qui allaient s'échapper.

Le matin, elle m'appela:

Je vais mourir, Murmura-t-elle, c'est fini. Mes Sœurs n'arriveront pas... Je m'en vais bien loin Pourtant, et je n'ai personne à qui dire adieu! Embrassez-moi donc, s'il vous plaît ?

Je l'embrassai en pleurant.

Merci. Ce baiser est Pour mes chers absents.

Un autre, je vous prie.

Je l'embrassai de nouveau.

— Celui-ci, je le donne à la Vie et à tout ce

qu'elle m'a promis et fait espérer. Encore un, voulez-vous 7... Celui-là, je vous le rendrai au ciel, adieu! © Jésus! 6 Marie!

Et ce fut tout...

Le vent murmurait dans la fenêtre et des flocons de neige frôlaient les vitres: je songeai à des frôlements d'ailes de quelque vol d'anges emportant son âme...

Telle est cette lettre. Elle avait été mouillée de larmes au souvenir de cette enfant, qui s'est bien trompée en pensant qu'on ne l'aimait pas.

Le R. P. Eusèbe Durocher, S. J.

Il allait achever ses soixante-six ans, étant né le 5 février 1851, à St-Charles-sur-Richelieu, et mourant le ler décembre dernier.

La mort creuse rarement un vide plus profond dans une communauté religieuse. Elle n'a jamais, croyons-nous, laissé dans l'enseignement, au scolasticat de l’Immaculée-Conception, une succession plus difficile à recueillir.

Par contre, jamais mort ne fit moins de bruit au dehors. La renommée du P. Durocher, d'espèce rare, ne franchissait guère le cercle étroit

de ses intimes et de ses élèves. Elle n'éclata point en échos de louange parmi les profanes. Si on la personnifiait, il faudrait lui prêter des yeux baissés, des lèvres closes, une réserve timide de madone. Ç'aura été sa faute de n'être découvert qu'après sa mort. La science de ce docteur ne s'est pas étalée dans les revues. Les journaux n'ont pas cité ses solutions. Il n'a pas prononcé de discours mémorables. Ses dons, plutôt limités, pour Ja parole publique, se sont bornés à enseigner les vertus parfaites dans le silence des couvents. Même dans le Quartier de Lorimier, où il vivait depuis trente ans, un bien petit nombre pouvaient dire son nom en le saluant au Passage.

Plus restreint encore le nombre de laïques et de prêtres qui n'auraient pas été embarrassés de lui faire deux mots de panégyrique le jour de ses funérailles. Combien d'entre eux se doutaient, en regardant soulever son humble cercueil des étais où il reposait entre six cierges, qu'on allait porter en terre le corps d'un savant qui n'aurait eu qu'à le vouloir pour être illustre ?

Nous courons risque d'étonner en disant que ce professeur fut un maître, une des gloires de l'enseignement théologique et l'une des plus fermes et des Plus lucides intelligence de notre

pays. Plusieurs même, avant de s'en convaincre, auront besoin de s'avertir, en tout Cas, que cela ne tire pas à conséquence et ne Peut faire de mal à personne, Puisqu'il est mort. Pourtant, en rendant à son vieux maître ce témoignage de reconnaissance et de regret, l'auteur de cette Courte notice ne dit rien qu'il ne sache. Et il croît connaître pas mal le P. Durocher, pour l'avoir vu, entendu, Pratiqué, et comparé à beaucoup d'autres.

Il en dirait bien davantage, si les biographies s'écrivaient avec le cœur.

Avec Ça, c'est une tentation à laquelle on cède sans remords que celle de louer les modestes. D'abord, on ne s'expose pas au danger de recommencer souvent. S'ils Sont vivants, ça ne leur donne pas le vertige, et, s'ils sont morts, on est à peu près sûr qu'ils n'en abuseront pas. Enfin, sachant qu'ils ont passé leur vie à se faire tort, à se cacher et à s'asseoir à côté du siège dû à leur mérite, on éprouve un Plaisir honnête de restitution à faire briller un rayon dans Jeur ombre et à les asseoir à leur place une fois pour

toutes.

PA

C'est à St-Hyacinthe, qu'Eusèbe Durocher

fit ses études d'enseignement secondaire. Après

ses classes, il embrassa d'abord l'état ecclésiastique, enseigna les humanités pendant un an ou deux, puis entra chez les jésuites, le 14 août 1873, Au séminaire, comme dans la Compagnie de Jésus, le jeune étudiant fut avant tout grand travailleur, sérieux, atténuant dans le moule de la vie commune certains reliefs trop saillants d'originalité, méthodique en toutes choses, d'une suite imperturbable dans ses idées, ses études et ses pratiques religieuses. Ce fut un enfant sans légèreté enfantine, un novice grave, un juvéniste qui ne fut jamais jeune. S'il eut jamais des “clats de joie, ce fut à bon escient. Pas un moment de belle humeur dont il n'ait su le Pourquoi! Pas un fou rire de novice dont il n'ait pu expliquer la raison, et, au besoin, la distinguer d'une autre. Une infirmité l'ayant d'ailleurs, tout jeune, empêché de prendre Part aux jeux bruyants de son âge, le Philosophe qui Poussait en lui en avait profité pour préluder, à la Promenade et sous les ombrages, aux graves sujets dont devait se rem- Plir toute sa vie. Sa BYmnastique ne fut guère qu'intellectuelle.

Un prêtre de ses condisciples nous disait de lui: « Oh! ce n'était pas le plus amusant de la classe, mais ç'en était le premier et le plus édifiant. » Un autre, jésuite celui-là, digne émule du

cardinal Billot, à la maison St-Louis de Jersey, et qui avait beaucoup connu ie P. Durocher à Laval et à Louvain, nous avouait: « Il n'était inférieur à aucun de nous. Si Son intelligence n'était pas la plus brillante, elle était la plus sûre. Nous disions tous dès lors: il sera le professeur. »

PL

Il l'a été. Il a été sacré professeur par Dieu et par la Compagnie, comme jes gentilshommes du moyen-âge étaient sacrés chevaliers par le roi. [Il vint au monde professeur. Je ne sais à quel âge il commença à parler, mais il devait être bien jeune quand il signifia à sa mère son Premier distinguo, et il ne devait pas encore parler quand il fit au mensonge sa première grimace.

Du professeur émérite, il avait la conscience honnête, l'amour de la vérité, claire, pure — il eût distingué et sous-distingué à perte d'haleine plutôt que d'y ‘laisser une parcelle d'alliage: il avait le goût du travail inlassable et des recherches, un plaisir intense à comprendre et à trouver: tous ces dons servis par une science abondante et sans cesse accrue.

C'est sa conscience honnête — et ce mérite n'est pas banal — qui le faisait aller au devant

de la vérité pour elle-même. I] Ja saluait avec joie d'où qu'elle vint, même si elle le forçait à se dédire ou à se contredire, si elle sortait de l'objection d'un de ses disciples, ou s'imposait en humiliant son amour-propre. Il n'était pas homme à donner une solution qui eût l'air Savante sans l'être. Il se fût cent fois traité d'ignorant plutôt que de recourir à un subterfuge. Les difficultés ne l'amenaient j: ais à prendre un biais: tant pis s'il n'y voyait pas clair! Il ne lui restait qu'à le dire, et il Le disait. Seulement, il y revenait d'ordinaire, la classe Suivante, et alors il y voyait et il eût été bien malaisé de n'y Pas voir comme lui. Dans les questions les plus abstraites : métaphysique, théologie positive, textes obscurs, thèses controversées, il ne donnait et ne faisait valoir que ce qu'il avait, et c'était assez. A ses nombreux talents, il n'ajoutait pas celui de les surfaire,

Cette honnêteté le faisait entrer de plain-pied dans notre confiance. Et comme c'était y entrer par la bonne porte, ii n'en sortait ‘plus.

CR

À cette confiance se joignait, à le voir et à l'entendre, un vif intérêt. Et cet intérêt fait d'autant mieux l'éloge du fond de l'enseignement

et des qualités solides du professeur, qu'il se soutenait malgré l'absence de certains dons accessoires: harmonie de la voix, attraits de la Phrase et du ton, indulgence fatteuse envers les élèves, charmes de l'humeur. et autres qualités qui comblent parfois de réelles lacunes chez les maîtres les plus aimés.

Son cours était une arène. I] s'y battait ferme contre l'erreur, contre l'obscurité, contre tout venant, y compris quelquefois le manuel et luimême. Suarez eût été content de lui, et saint Thomas devait trouver qu'à ses quaerendum est il apportait des respondeo quod sans réplique.

Il commençait d'abord par la bien situer, son arène. Il en déblayzit les environs, la circonscrivait. Il définissait, comparait, élaguait, établissait là sa thèse, prémunissait contre les contrefaçons et les ressemblances. II était spécialiste en praenotanda. Après cela, la preuve était brève. Ce qui l'était moins, c'était le règlement de compte avec les adversaires. 11 le tirait au clair en docteur sûr de lui et avec une parfaite franchise. Il les citait au long, s'appliquait bravement leurs coups, comme s'il eût été l'ennemi de Sa propre thèse. Mais le retour était prompt, et alors l'intérêt palpitait avec la bataille.

Des doctrines adverses, le P. Durocher savait

le pour, le contre et tous les aboutissants. Il montait à leur assaut en pleine lumière, brandissant l'argument scolastique et Vainqueur comme une arme blanche à la main. 1] fonçait sur l'hé. résie, s'y ouvrait une brèche, y entrait en maître et cot.voquait là tous ses ennemis. Il se persuadait si bien lui-même qu'ils avaient répondu à son défi, que, les Broupant dans son cahier et les collant à ses feuilles, — auxquelles malheureusemnent il se co!!ait trop lui-même — i] Jes interpellait de sa voix, de ses mains courtes et Puissantes, de son index menaçant comme un Poignard, de ses jeux de physionomie Passant Par toutes les couleurs et toute la gamme des sentimen’s, de ses éclats de Surprise ou d'indigna-

tion se résumant parfois dans l'insistance d'un non, non! non!!! répété crescendo sur un ton de

ténor aigu, ou se: fondant dans une moue de dé-

fiance ou de dédain, qui vaiait à elle seule toute une argumentation. I] les apostrophait, les pres- Sait de répondre, les confondait, les étreignait Corps à corps et les forçait de se rendre.

Et, notez bien, ce n'était pas chez cette belle âme sincère une Vaine escrime, une mise en scène. C'était la réalité: il était là, et eux, devant lui! La preuve, c'est que d'avoir battu ces mécréaiits, il en revenait tout haletant. Et nous aussi, Et

le plus beau du réel, c'est que personne ne songeait à rire — du moins pas avant la récréation suivante, alors qu'un scolastique (cet âge est... plein de gaieté) rattrapait gentiment le ton de quelque apostrophe et ébauchait une inoffensive parodie.

Et trente ans de sa vie s'écoulèrent dans cet enseignement lumineux, où rien ne fut laissé en superficie et à l'à peu près.

Une demi-douzaine de générations de théologiens y ont passé. Quelques-uns succèdent au Père, et ce n'est pas le moindre service rendu à son ordre, que de lui avoir formé des professeurs à son image. D'autres, au Canada et en pays étrangers, appelés aux ministères divers de la Compagnie, distribuent sous toutes les formes, ce qu'ils ont reçu de ses exemples +t de ses leçons.

Au fait, sa vie était aussi un enseignement.

En lui, le religieux était à la hauteur du théologien. Toute sa carrière, dont les jours se sont tant ressemblés, fut pour les siens une haute prédication. Si prenantes, en effet, que soient les matières théologiques, il faut à leur attrait mêler beaucoup de vertu pour s'y ensevelir, comme un bénédictin, pendant un quart de siècle. La vie intérieure a beau être intense,

elle exige un rude régime d'abnégation chez l'homme qui, pour elle, se retire de la circulation et se condamne à une stabilité de monument, Tel a été l'exemple donné par le P. Durocher. 11 a consumé sa vie dans la solitude, en tête à tête avec des vieux livres, n'existant presque plus pour les réalités du dehors et le monde vivant, ayant pour toute variété, dans cette monotonie Savante, le passage, aller et retour, de sa petite chambre à sa classe, l'arrivée d'un nouveau volume ou traité, Souvent semblable en tout point, moins la signature, aux anciens volumes déjà lus, un cercle succédant à une classe afin de mieux Prouver la nécessité de la recommencer, le chagrin de voir partir chaque année des finissants devenus la gloire du cours, et la joie, insuffisante, d'avoir des nouveaux à initier et à revêtir tout à neuf de la cuirasse et des armes de la scolastique.

On comprend, après une telle Carrière, où les travaux de l'intelligence n'avaient rien amoindri de la ferveur du cœur et de la fidélité aux moindres observances de la vie religieuse, que l'humble serviteur de Dieu n'ait pas été surpris par l'appel de la mort. Il y répondit avec un sourire, — « Je vais contempler, dit-il, ce qu'il y a de plus grand et de plus splendide: l'essence divine! » Il renouvela les actes des vertus théologales, ex-

en

prima son bonheur de mourir dans la Compagnie de Jésus, et, résigné, serein, content, s'en alla voir ce qu'il avait cru et si hien enseigné.

Monologue

Mon vieil ami, Armand... est assis près de sa fenêtre. Le long d: ses deux jambes immobiles, sur sa chaise longue, il pose ses béquilles de paralytique. C'est là que chaque matin je lui porte la communion.

Il passe ses jours près de cette fenêtre, dans l'attente d'une guérison qui ne vient pas, doux envers l'épreuve et envers tout le monde, silencieux dans la souffrance et dans l'inactivité plus douloureuse que la souffrance même, portant dans les traits émaciés de son pâle visage et dans ses yeux de rêve la persistance d'une résignation qui conquiert toutes les sympathies. On se dit en l'approchant, et en l'aimant pour tout ce qu'il souffre: « Oh! s'il pouvait donc enfin se mettre d'aplomb! Si on pouvait emporter ses béquilles et le voir marcher! »

Pour distraction, il a des livres. Pour diversion à ses lectures, il se fait un jardin. C'est

son œuvre, c'est sa joie, c'est son Sujet, ce jardin. Il me le montre, me le décrit, me le raconte. Il lui sourit comme à un être vivant. Il en est tout fier, — on est fier de si peu de chose, quand on n'a rien et qu'on souffre, seul! 11 se le raconte parfois à lui-même, ainsi qu'en un monologue.

— Mon jardin n'est Pas grand, mais tout mon jardin est à moi. Il fleurit sur ma table. Je l'y cultive et il m'embaume. II tient tout entier dans un verre. Ses fleurs se baignent au fond, elles s'étalent et rient au Sommet, elles me parlent comme de grandes personnes. C'est un jardin de vieux garçon. Il est toujours jeune, et comme il meurt tous les soirs, je le renouvelle tous les matins. En retour de ses aromes, je lui envoie des bouffées de fumée sentant bon la Havane.

Une touffe de muguet, apportée d'une serre Par ma petite sœur, lui forme au centre un massif. Une branche de lilas lui ferme l'horizon et le garde contre les vents du nord et les rôdeurs indiscrets qui ouvrent ma porte. Deux résédas s'y étiolent déjà, comme des Daralytiques, sous les rayons du soleil, avec des teintes, des adieux, des tristesses et une agonie de crépuscule.

J'y ai mis aussi trris ou quatre violettes:

mais elles ont tout de suite fermé leurs yeux tendres, comme des contemplatives sous leur voile, se sont cachées sous une feuille vert-érin, ainsi que des nonnes au fond d'un cloître. Les yeux des violettes n'aiment pas les regards des vieux garçons: elles ont raison de les si bien connaître, et j'en souffre en les approuvant.

Par là-dessus, des pensées posent leurs faces blanches et bleues, avec des nuances, des velours et un éclat de décor chinois. Un lierre, tout à côté, grimpant le long du mur, s'est hissé jusqu'à ma fenêtre et a poussé une Pointe à travers mes volets mal clos. Et il contemple indiscrètement mon jardin, comme une soubrette qui écoute en regardant par le trou de la serrure.

Je n'y ai mis qu'une rose, tout comme je voudrais n'avoir qu'un amour: ton amour, Ô mon Père, Dieu de l'eucharistie qui me sonitiens, main bénie qui m'éprouves, Cœur sacré qui m'abrites!

Et dans ce Paysage je vis et je lis. Je me perds et m'enchante dans de beaux livres saints: les Élévations, de Bossuet, la Montée du Calvaire, de Perroy, la Cathédrale, de Huysmans, et mille pages de Louis Veuillot, cet autre paysage aux larges horizons clairs, où les forêts vierges, pleines de chansons, succèdent aux pics altiers et sillon-

ui

nés par les éclairs du ciel. J'y admire, de mon coin solitaire, des Campagnes plantureuses où ne rampe aucun reptile malfaisant, où poussent de riches moissons avec, Çà et là, des parterres dont toutes les corolles montent dans la lumière du Christ, et des amours de lis.

Oh! alors, quel bonheur est le mien! Ne me quittez pas, mes deux chères béquilles, ne me laissez pas courir au loin, chercher des illusions, une santé, des espérances et des joies que le Maître n'a pas faites pour moi,

J'aime mieux mon jardin: il est petit, mais il est tout à moi.

Le quatrième

Ils sont quatre frères. Ils se ressembleraient tous comme des jumeaux, s'il n'y avait pas le

quatrième. Sans le quatrième, ils vivraient en

Parfait accord : et, sans lui, on citerait la famille comme modèle.

Mais il y a le quatrième.

Non pas qu'il soit par nature un mauvais

Barnement. Ce n'est Pas ce que le peuple appelle Un € mouton noir ».

Il n'a ni la malice que la

figure de rhétorique prête à cette bête cruelle, ni les déshonneurs, ni les hontes attachés à la couleur de cette sorte de mouton. II n'en a pas même le teint, étant blond Par nature, d'un blond pâle et fade précieusement préservé du soleil. Ses deux yeux bleus sont tendres avec des regards alanguis. Scs attitudes ont toujours l'air de demander un appui: debout on voit bien qu'il veut s'asseoir: et assis, qu'il voudrait se coucher. Sa démarche traîne; elle flageole comme celle d'une fillette anémique. Deux épaules lourdes et bien nourries portent sa tête mal assurée, couverte d'une chevelure plus soyeuse qu'une filasse et séparée, au centre, par une impeccable raie. Dans ce cadre, une physionomie sans oui ni non, illisible. On finit toutefois par y découvrir une volonté fatiguée, rendue, auprès de laquelle c'est toujours le dernier venu qui a raison, une âme flasque sur laquelle l'éducation ne s'est pas heurtée comme sur un rocher, mais où elle a échoué ainsi qu'une barque dans les algues et la vase.

Il est lymphatique, le quatrième. C'est un mou.

Les trois autres, au contraire, ont les ardeurs, la vie débordante des sanguins. Îls en ont aussi le goût des aises et du Plaisir. Sans leur

Île, volonté maîtresse, la chaleur du tempérament où la s'allument les appétits, les Passions, l'amour, les pas voluptés, aurait vite fait de Consumer leur vie: un mais en eux ce n'est pas la chair, c'est l'âme qui du gouverne.

ec Assez nerveux tous les trois pour vibrer d'enirs thousiasme devant une grande vertu, la noblesse en d'une cause à défendre, une résistance brillante se et une équipée glorieuse: assez bilieux pour ne (tenir » et rendre durables les résolutions prises. es Leur raison les Prévient contre un excès de al sensibilité. La réflexion les préserve d'impresse sions trop vives. Quand ils ont été victimes de 1€ | leurs illusions, d'une confiance mal placée, d'un D- élan vers les hauteurs, ils en redescendent, souis rient de leur méprise, se reprennent et comptent e, que ce n'est pas Payer trop cher l'expérience u acquise.

1- Trois braves Cœurs, très heureux de vivre et r, de travailler, pleins d'espoir dans l'avenir, me- IS nant de front les affaires, la Charité, le salut,

les œuvres sociales et l'apostolat.

PA

Et l'autre? L'autre il faut l'aider dans son

impuissance, le Plaindre pour ses misères, le fuir Pour Sa contagion. Moins gâté par la nature

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