LES DEUX VICTIMES
Sur une croix de lave au grain dur et noirâtre, Pour les dévotions du bon peuple idolâtre Des monts, on a sculpté d'une assez fine main Du plus grand des Hébreux le torse surhumain. Les deux bras étendus, sous le mal qui le brise Sa tête est inclinée: il meurt, il agonise. Mais.il n'est pas tout seul en son affreux tourment;
Derrière , à sa hauteur , sur l'horrible instrument De mort, on a dressé l'image de Marie, Qui, les deux yeux au ciel, se lamente et supplie... Or comme , émerveillé de ce penser nouveau Dans l'art, j'en témoignais ma surprise tout haut, Un vieillard , qui venait d'achever sa prière, A mes côtés se lève et dit : « Marie en croix Vous paraît, cher monsieur, chose assez singulière, Et pourtant, quand Jésus fut cloué sur le bois. On dut crucifier du même coup sa mère. »
Auvergne, 1859.
VLES SANCTUAIRES.
Esprit, âme et soutien de l'immense nature, Esprit qui remplis tout, la profondeur obscure Des entrailles du globe , et les mers et les deux, Pour tes adorateurs tu rends saints tous les lieux Et tous les points du temps. Le calme des collines Exprime le respect de tes grandeurs divines; Les sources, les ruisseaux avec leurs mille bruits Murmurent ta louange, et jusqu'en ses réduits Les plus noirs, la forêt agitant son feuillage, De toi parle sans cesse. Au fond de tout ombrage La sainteté réside : aussi , le cœur pensif, A cet auguste don justement attentif,