‹ SilvesChapitre 51 sur 119 · A L'AUTEUR D'AMOUR ET FOI · texte numérisé non relu

A L'AUTEUR D'AMOUR ET FOI

Qui n'attriste jamais les cœurs.

Ainsi ton vers , ami : comme la forêt sombre

Au temps des beaux jours chaleureux, Paisible , il retentit des chants que dans son ombre

Soupirent les ramiers heureux. ^ Puis comme elle, s'il vient à passer sur sa cime

Quelque souffle orageux du ciel, Il tressaille, et son bruit monte en hymne sublime

Se perdre au sein de l'Éternel.

A peine sept printemps ont lui sur votre front, Petit ange à l'œil noir, à l'esprit net et prompt, Que les rimes, ainsi que de vives abeilles, Bourdonnent tout autour de vus lèvres vermeilles, Et qu'heureuse du son qui bat deux fois les airs, Vous dites en sautant : « Maman, je fais des vers! » Enfant, gardez-vous bien d'éloigner ces chanteuses; Laissez -les au contraire, en leurs rondes joyeuses, Venir se reposer sur votre bouche en fleur; C'est la race d'un Dieu. Leur troupeau séducteur Est issu de celui qui verse sur la terre A flots harmonieux la vie et la lumière,

Le créateur du luth, le vainqueur de Python,

Dont vous saurez un jour l'histoire et le grand nom,

Lorsque, développant votre jeune nature.

L'âge aura bruni l'or de votre chevelure.

Chère mignonne, hélas! vous n'aurez pas toujours

Vos sept ans fortunés : dans son rapide cours ,

Le temps emportera vos heures d'innocence,

De naïve gaîté, de folle insouciance.

Et, d'un voile couvrant vos yeux purs et sereins,

Courbera votre front sous le poids des chagrins.

Vous connaîtrez l'amer des choses de la vie,

Ce que c'est qu'une ivresse ardemment poursuivie

Et qui vient à manquer à nos jeunes désirs ;

Vous connaîtrez le monde et ses tristes plaisirs.

Les nœuds de l'amitié rompus, la médisance

Payant de son venin la douce bienveillance.

Et les rêves du cœur, ces fantômes charmants.

Fuyant au vent glacé des durs événements.

Alors, si vous avez toujours avec les rimes

Conservé gentiment des liaisons intimes ,

Les rimes à leur tour viendront dans vos ennuis

Abréger la longueur de vos pesantes nuits. Le murmure léger de leurs sonores ailes Enlèvera votre àme à ses peines cruelles, Et peut-être qu'aussi le chant mélodieux Qu'elles feront avec vos soucis douloureux Sera pour votre cœur plein d'une sombre flamme Le baume le plus sûr et le meilleur dictame.

DILEGTiË THETIDI ALGYONES.

Après le cours léger des voiles dans l'espace , Rien de plus attrayant que les jeux et la grâce Du goéland plaintif sur l'abîme des flots... Je conçois qu'à l'instar des jeunes matelots, Penché sur un navire ou couché sur la grève, On passe bien du temps, comme dans un doux rôve, A suivre les ébats de ce beau fils de l'air. D'abord sans troubler l'onde il effleure la mer, Puis planant au-dessus, les ailes immobiles, Il mire sa blancheur aux vagues indociles;

DILECT/F- THRTIDI ALCYONES. 149

Puis s'abattant soudain sur le flot nuancé, Il s'y berce à plein corps, puis las d'être bercé. Il repart, et, fouettant l'onde d'une aile folle, On dirait un flocon d'écume qui s'envole.

Côte normande, 1847.

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