A LA TRANQUILLITE
De hauts destins pour la race future, Je vois fie loin et solitairement Tout ce que font les hommes du moment , Actes de meurtriers, de fourbes en délire, Trop fous pour en pleurer, trop méchants pour en rire.
Jmité de Coleridge, 1851.
i;enfaint vainqueur,
Au Louvre qui n'a vu cette statue autique, Ce beau marbre où la main d'un maître de l'Attique Fit éclore aux éclairs du ciseau triomphant Un centaure emportant sur son dos un enfant? L'homme -cheval a beau frapper du pied la teire, Bondir et se cabrer, ses deux mains par derrière Pendent en des liens, et l'enfant souverain, Dans ses cheveux épais passant sa faible main Les tire hardiment et comme d'une rêne S'en sert pour qu'à son gré le centaure le mène ; Et le monstre, pliant sur ses jarrets d'acier, Obéit sans mot dire au petit cavalier.
188 L'ENFANT VAINQIEUR.
Eh bien! je suis semblable k ce pauvre centaure
Qui porte haletant le tyran qu'il adore;
J'ai trouvé comme lui mon maître, mon vainqueur.
Dans une frêle enfant au sourire moqueur.
Aux yeux noirs encadrés de blonde chevelure,
Aux cris impérieux... Et cette créature
De moi, comme de lui, fait tout ce qu'elle veut;
De ses moindres désirs mon cœur tendre s'émeut,
Et, fier de mes sueurs, dans ma course profonde
Pour elle, je le crois, j'irais au bout du monde.
Publié en 1851.
L'HISTOIRE DE STRATONIGE
J) A 1' R E s VAX 1> K H VV M H V.
« Il est donc vrai, les yeux d'Érasistrate ont lu Dans le cœur de mon fils son secret retenu! La cause de son mal est enfin dévoilée , C'est l'amour; et ce feu, dont son âme est troublée. Ne pouvant par vertu s'épancher au dehors, Est le poison caché qui le met chez les morts. Stratonice, mon fils! 0 vieillard sans prudence! A quoi pensai -je donc le jour où ma puissance Força de vivre auprès d'un enfant de vingt ans La beauté dans l'éclat de son riche printemps? La jeunesse devait entraîner la jeunesse ;
190 L'HISTOIRE DE RTRATONICE.
C'est la loi de nature, et bien fou qui se laisse Aller à l'oublier... Mais las! pourquoi le cœur Sous la neige des ans garde-t-il tant d'ardeur? Éros, aveugle Éros, que tes flèches divines Percent mal à propos les humaines poitrines! Et comme en s'éloignant de leurs buts naturels Elles plantent aux cœurs des désespoirs mortels! N'importe, il ne se peut que l'infernal abîme Engloutisse mon fils : dussé-je être victime. Je rouvrirai ses yeux à la clarté du jour, ,Car j'aime mieux sa vie encor que mon amour! » Ainsi disait le roi pensif et solitaire Au fond de son palais; et, les deux yeux à terre. Comme un homme qui porte un orage en son sein tlt qui roule en son âme un douloureux dessein, Il marchait... Cependant, sa course ralentie^ Sa figure moins sombre et moins appesantie. Signalent une fin au trouble intérieur Qui depuis un moment lui déchire le cœur; ïl a pris son parti... d'une façon soudaine. Et sans annonce aucune il entre chez la reine.