A. MA MERE
Cette pudeur de l'homme à la face hautaine Que l'on appelle dignité.
C'est ton exemple, ô toi la plus simple des femmes !
Qui me fit comprendre et savoir Qu'ici-bas le bonheur pour les mortelles âmes Est moins le bruit du monde avec toutes ses flammes
Que l'observance du devoir.
Et tes sages avis , tes exemples , ma mère ,
Comme du grain plein de vigueur, Comme du pur froment dans une bonne terre, Jusqu'à mon dernier jour germeront , je l'espère , Au fond solide de mon cœur.
Les leçons d'une mère , ah ! ces choses divines,
Ce sont des perles de haut prix Qu'elle rassemble au temps des grâces enfantines, Qu'elle met en collier, et que de ses mains fines
Elle pend au cou de ses fils.
Ce beau collier alors protège notre enfance
Et la préserve des faux pas ; Puis , quand vers la jeunesse avec feu l'on s'élance, Et qu'on laisse tomber la robe d'innocence ,
Heureux qui ne le jette pas!
Heureux qui l'a gardé : les passions du monde
Coulent dessus comme un zéphir; Leur haleine mauvaise et leur vapeur immonde Passent sans altérer ses perles et leur onde Où le ciel vient se réfléchir.
Je ne sais quoi de doux, de charmant s'en exhale
Sur nos fronts à tous les instants, Et l'on a heau toucher à la borne fatale , Comme un baume divin sa fraîcheur matinale Parfume encor nos cheveux blancs.