‹ Silves et rimes légèresChapitre 121 sur 244 · IMITE DE SAPHO · texte numérisé non relu

IMITE DE SAPHO

O jours de ma jeunesse, Qu'êtes-vous devenus?

Doux oiseaux que j'ai vus Passer avec vitesse , Ne reviendrez- vous plus?

— Gomme tout ce qu'efface Le temps sous ses pieds nus, Comme l'eau sans reflux Qui s'écoule et qui passe, Nous ne reviendrons plus.

Comme tout ce qui brille En ce monde confus, La fleur des blés touffus, La beauté d'une fille , Nous ne reviendrons plus.

Comme la note folle Que dans les bois feuillus Jettent deux cœurs émus Au pur souffle d'Éole, Nous ne reviendrons plus.

— O jours de ma jeunesse, Étes-vous disparus,

A tout jamais perdus?

— Oui, pleurez-nous sans cesse, Nous ne reviendrons plus.

ÉPIÏRE FRATERNELLE.

Toi que Dieu me donna pour sœur, Toi que j'aime de tout mon cœur, Pourquoi donc si souvent les larmes Viennent-elles mouiller tes yeux?

Et pourquoi l'azur des grands cieux , Dans leur pur cristal plein de charmes, Roule-t-il sombre et nébuleux?

Sur la terre, lente et rêveuse, Distraite, l'œil inattaché, Comme la pâle tubéreuse Tu fleuris, le corps mi-penché.

Rien du monde ne t'intéresse, Rien par toi n'en est regretté, Tu fuis la foule qui t'oppresse, Et la douce et morne tristesse Marche toujours à ton côté Hélas ! hélas ! souffrant r'e l 'Am«

•M s SILVES.

Plus que tu ne Boufltres du corps, Tu vois toujours le ciel dehors

Noircir ou jeter de la flamme.

Tes enfants d'abord sont l'objet De ta vive sollicitude , Et bien des nuits, d'une aile rude, L'effroi voltige à ton chevet ; Puis d'une mère agonisante L'affreux souvenir te tourmente, Te suit jusqu'en tes rêves doux ; Puis la fortune d'un époux Occupe ta pensée aimante; Et, quel que soit l'événement.

Qui te remue ou t'épouvante, Noir avenir, passé, présent, Tout en ton cœur triste et dolent Déchire une fibre secrète Et te laisse de longs émois, Autant qu'à la biche inquiet" Un bruit de chasse dans les bois.

O chère sœur! ù douce femme!

Il est vrai , bien vrai , que le ciel Aurait pu verser en ton âme Un fleuve de baume et de miel, Que l'auteur des grâces divines Aurait pu, sans grandes faveurs, A tes pieds semer moins d'épines, Faire éclore plus d'aubépines, Et t'envoyer plus de senteurs ; Mais, quoique la Toute-Puissance T'ait fort peu donné jusqu'ici, Ne crois point que sa providence De toi ne prenne aucun souci.

Espère au contraire en sa grâce, Kn ses retours, et songe enfui

É P I T R E F H A T E R NRLLE. 2 1 y

Que dans ce bas monde incertain- Rien ne reste à la même place, Et que tout a son lendemain.

Oui, de beaux jours peuvent encore Luire à tes yeux, et la santé Peut rendre à ton front attristé Les fraîches couleurs de l'aurore ; Oui, la fortune aux jeux cruels Peut abréger ton dur martyre , Te reprendre sous son empire, Et de son gracieux sourire Dorer tes rêves maternels.

Rouvre ton cœur à l'espérance , Crois à des jours plus consolants, Au tiède zéphir qui s'avance, Aux douceurs du divin printemps ; Crois au retour des hirondelles, Au départ des sombres autans , A l'écho des bonnes nouvelles , A la santé de tes enfants.

Enfin si , malgré l'assurance Dont mon cœur aime à te remplir, Ton âme toujours en souffrance N'ose pas croire à l'avenir; Si, dans ta tristesse profonde, Tu doutes encor du bonheur, Tu peux douter de tout au monde, Du ciel , de la terre et de l'onde, Mais pour toi jamais de mon cœur.

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