‹ Silves et rimes légèresChapitre 139 sur 244 · DEUX MINUTES DE REVE · texte numérisé non relu

DEUX MINUTES DE REVE

Sous les pommiers en fleurs d'une verte prairie

Je m'étais arrêté. Là, pris de rêverie,

Couché sur le gazon de points d'or émaillé,

Et, demi-sommeillant, contre un arbre appuyé,

Je me croyais , au vrai , maître d'un héritage

Tout semblable à celui dont je goûtais l'ombrage.

J'avais un verger frais où de nombreux pommiers

D'un cidre savoureux remplissaient mes celliers.

Des vaches au poil roux, à la gorge superbe,

Paisibles, étalaient leurs larges flancs sur l'herbe.

Puis, sous un toit de chaume au vitrage luisant,

Une femme au front jeune, en costume plaisant,

La reine de mon cœur, active ménagère,

De mon repas du soir préparait la matière,

Tandis que sur un banc, près du seuil, blonds et doux,

Deux enfants gazouilleurs faisaient les petits fous.

J'étais heureux, j'avais en modeste mesure

La portion de biens qu'une âme droite et pure Peut souhaiter sur terre, et je bénissais Dieu D'avoir si tendrement agi selon mon vœu. Mais, hélas! ee bonheur n'était qu'imaginaire, Et d'un demi-sommeil le produit éphémère, Le ravissant tableau devait, s'évanouir Au moindre mouvement de l'aile du zéphir. En effet, un eoup d'air me venant au visage, Je m'éveille, je vois frissonner le feuillage, V i ;er tous les pommiers aux brillantes couleurs, Et mon rêve charmant tomber avec les fleurs.

Offranville, 184-7.

Page 1