LES NULLES DE SAVON
Tant de dieux sous ton ciel bleuâtre,
Les Grâces blanches comme albâtre, '
Cvprine au suave contour,
Et son fils, le riant Amour,
Corps divins, beauté rayonnante
Qui toujours notre vue enchante
Et jette au coeur le plus banal
Le sentiment de L'idéal.
En vain le temps fait son ravage
Et va moissonnant d'âge en âge
Les fleurs , les hommes , les cités ,
Il vous a toujours respectés,
Et jusqu'au dernier jour du monde
La mort, cette pâle inféconde,
Epuisant sur vous vainement
Sa rage, avec étonnement
Verra les rêves purs de l'âme
Triompher de sa froide lame...
O toi s que la Réalité
Traite avec trop de dureté,
Douce mère de Poésie,
O merveilleuse fantaisie,
Laisse murmurer la raison,
Et, sans écouter sa chanson
Qui plaît tant au cœur du vulgaire,
Sur ton aile vive et légère
Porte-moi toujours au pays
Des chimères et des esprits ! »
Inspiré de Keats, 1851.