‹ Silves et rimes légèresChapitre 163 sur 244 · LE CHENE ET L'INSECTE · texte numérisé non relu

LE CHENE ET L'INSECTE

Un petit papillon, niché sur le feuillage

D'un chêne, l'entendait murmurer ce langage :

« Frêle avorton de l'air, qui te poses sur moi,

Qu'est auprès de mon corps un être tel que toi?

Vois, les mains se tenant, six bûcherons à peine

Enserrent de mon fût la rondeur souveraine;

Des monts de l'horizon j'égale la hauteur,

Et les vents dans mon bois arrêtent leur fureur.

— C'est vrai, dit celui-ci, je ne suis qu'un atome,

Un petit rien perdu dans le vaste royaume

De tes épais rameaux; cependant, tel qu'il est,

Mon sort plus que le tien me rend fier et me plaît,

Car, enchaîné toujours aux terres paternelles,

Tu n'en saurais bouger, tandis que sur quatre ailes

Librement je m'élance, et, léger, glorieux,

Plus que toi je m'élève et m'approche des cieux. »

Forôt de Coiupiègne, 1854.

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