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LE DORMOIR DES VACHES

Et tonant sur son maître un regard inquiet.

Après quelques saluts et quelques mots honnêtes,

Nous dîmes au vacher : « Pour mener tant de bêtes,

C'est bien peu qu'un seul chien. — C'est vrai, surtout au bois,

Fit-il ; mais quand ce chien à lui seul en vaut trois,

C'est, pardieu, suffisant. Tenez, le soleil baisse;

11 faut que le troupeau quelque temps encor paisse ;

Et s'il vous fait plaisir de le voir s'éveiller,

Mon chien vous montrera comme on sait travailler. »

Cela dit, il se lève et crie : « Holà, Bonhomme !

Il nous faut déguerpir; c'est ainsi que se nomme

Ma bête, et d'un tel nom elle est digne vraiment :

Allons, debout! » et puis il pousse un sifflement.

Bonhomme comme un trait part et court à l'ombrage,

Où les vaches dormant confondaient leur pelage.

Quelque temps s'écoula sans que le moindre bruit,

Le moindre mouvement se fit au vert réduit.

Mais bientôt commença le branle des clochettes,

Puis l'on vit remuer le flanc rouge des bêtes,

Puis, un par un, dans l'air montèrent leurs grands dos;

Enfin, toutes debout, l'animal en trois sauts

Reparut et revint, la gueule haletante,

Demander à son maître une œillade contente.

Or, comme il s'avançait, la jeune et blonde enfant

Qui marchait avec nous, d'un cœur compatissant,

Prit un morceau de pain au fond de sa corbeille

Et le lui présenta, tout heureuse et vermeille.

L'animal s'élança pour le saisir. — Soudain

Le vacher siffle encore. — A l'ordre souverain,

Notre bon serviteur n'hésite pas, il lâche

L'objet appétissant et revole à sa tâche.

En voyant ce rapide et noble mouvement,

Nous sentîmes au cœur un pur ravissement,

Comme celui qui prend toute âme sympathique

A l'aspect imprévu d'un beau fait héroïque.

Le terme, dira-t-on, est un peu fort; pourtant En sa soumission ce chien nous parut grand : Car, depuis le matin, peut-être, sans pâture, Il mettait le devoir avant la nourriture.

Fontainebleau, 180(3. Publié en 18Ô7.

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