‹ Silves et rimes légèresChapitre 183 sur 244 · FUITE D'OISEAUX EN AUTOMNE · texte numérisé non relu

FUITE D'OISEAUX EN AUTOMNE

Que le sort des oiseaux est doux !

Le printemps a pour eux mille grâces charmantes, Des prés verts et des fleurs où leurs troupes aimantes

Se donnent de gais rendez-vous.

L'été, quand le brûlant soleil De nos champs altérés fait comme une fournaise, Sous l'ombrage des bois ils chantent à leur aise,

Ou bien dorment d'un frais sommeil.

L'automne pour leurs appétits Mûrit dans les vergers la poire succulente, Ou gonfle l'or sucré de la grappe brillante

Sur les ormeaux appesantis.

Puis, quand le redoutable hiver, Nous arrivant du Nord sur l'aile des tempêtes, Des grands arbres touffus découronne les faîtes,

Blanchit les prés et glace l'air,

Eux, nous laissant aux mauvais temps Et fuyant sans regret les rives paternelles, Enfants gâtés des cieux, sur des plages nouvelles

Ils vont retrouver le printemps.

Oiseaux, que votre sort est doux!

Nature en vous créant fut une bonne mère, Si bonne que souvent l'homme, roi de la terre,

Voudrait bien être l'un de vous;

Oui, bien souvent, chers voyageurs, Quand il sent des soucis les morsures cruelles, Il donnerait soudain, pour le bout de vos ailes,

Ses richesses et ses honneurs;

Le poëte surtout, ce corps Sans cesse frémissant et tourmenté par l'âme, Le poëte souvent épuisé par la flamme

De ses mélodieux accords.

O sol des lauriers gracieux, Vallons toujours en fleurs de l'antique Sicile, Terre qui tiens encor sur ta fumante argile

La trace vivante des dieux,

Fille des mers, où la chaleur Et le ciel, toujours pur, toujours plein de lumières, Dissipent, en baignant les humaines paupières,

Les maux du corps et ceux du cœur;

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