‹ Silves et rimes légèresChapitre 184 sur 244 · LE BAISER DU HÉROS · texte numérisé non relu

LE BAISER DU HÉROS

C'était au quatrième, en un petit logis

Des plus nus, et caché dans un coin de Paris,

Que le chef glorieux de l'antique Venise,

Manin, le bon Manin, prêtait son entremise

A qui voulait bien faire aux Piémontais le don

D'une pièce d'argent pour avoir du canon.

Il avait recueilli mon offrande secrète,

Et, me remerciant d'une parole honnête,

Me priait de tracer en un livret mon nom.

Il le lit, et soudain : « Êtes-vous le poëtu? »

Et sur cette réponse : « Oui, monsieur, je le suis, »

D'un élan généreux il m'accoste et m'embrasse...

Quel honneur! bien des jours se sont passés depuis;

La mort même, au héros faisant cruelle chasse,

L'a pris tout palpitant de rêves d'avenir.

Il n'est plus, mais toujours est vivante sa trace;

Le monde du ses faits garde un grand souvenir,

Et son baiser longtemps me brûlera la face.

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