‹ Silves et rimes légèresChapitre 187 sur 244 · PAYSAGES · texte numérisé non relu

PAYSAGES

Verrons-nous s'accomplir la promesse féconde?

Et ceux qui dans la route auront souffert le plus,

Les débiles de corps et les douces natures,

Trouveront-ils du baume à toutes leurs blessures?

Il faut le croire, ou bien tenir pour insensé

Le sublime discours que le Juste a laissé

Au peuple des souffrants. . Mais non, le saint cantique

Qui s'éleva jadis de sa lèvre angélique,

Et des rocs de Judée alla frapper les deux,

N'était pas un amas de mots barmonieux

Qui, sous l'éclat trompeur de fausses paraboles,

Ne cachait que du vent et de vaines paroles.

Bienheureux, bienheureux ceux qui versent des pleurs;

Ils seront consolés de leurs grandes douleurs!

Bienheureux, bienheureux Va f famé de justice:

Il aura le paîment de son dur sacrifice!

Non, ces mots furent pris à l'instinct immortel

Du cœur plaintif de l'homme, et ce cri, comme tel,

A de la vérité la ferme certitude.

En effet, qui pourrait dans un. monde si rude,

Et n'ayant pas prié qu'on l'y jetât, subir

Innocemment la faim, l'injure et l'esclavage,

Sans trouver autre part et sous autre visage

Un dédommagement à ses cris de martyr?

L'homme sensible et bon ne ferait point souffrir

Le moindre vermisseau courant sur la verdure,

Et quand son pied l'étreint par un hasard fatal,

11 en pleure et s'efforce à réparer le mal ;

Et l'homme, ce fétu, dans le fond de son cœur

Enfermerait un plan de justice meilleur

Que celui qui rayonne en l'âme de son maître?

Oh! non, cela n'est pas, cela ne saurait, être;

Pas plus que n'est la livre inférieure au sou,

Et que la moindre part ne surpasse le tout.

Ainsi, pauvres agneaux qui cheminez sur terre,

Injustement chargés des plus horribles maux,

Tendres êtres privés de force nécessaire

Pour renverser l'obstacle, alléger vos fardeaux,

Suivez, faibles marcheurs, vos sentiers de misère,

Portez patiemment les coups de vos bourreaux,

Vous toucherez le but, car, riant ou sévère,

A son terme tout sort finit par aboutir.

Alors, du noir néant Celui qui fit sortir

Vos troupeaux malheureux, le grand Pasteur des mondes,

Vous voyant à ses pieds augustes revenir,

L'œil en pleurs, tout saignants, pleins de fanges immondes,

Ne pourra s'empêcher sur vous de s'attendrir.

Alors, alors, du haut de sa gloire divine,

Il baissera les bras et, contre sa poitrine

Pressant avec douceur vos corps endoloris,

Il lavera le sang, il ôtera l'épine,

Pour vous remettre après, l'âme en joie et guéris,

Dj,ns des routes menant à plus fraîches pâtures,

Et n'ayant plus jamais des ronces pour bordures.

Page 1