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LE VŒU DE L'INDIENNE

A la voir, au milieu du vallon solitaire, Droite comme un pilier, les deux pieds nus à terre, Immobile, on eût dit un cyprès que le vent A ce^sé d'agiter de son souffle émouvant. Les oiseaux familiers descendent de la nue Se percher doucement sur son épaule nue, Ou cherchent à ses pieds, à travers le gazon, Des graines de millet ou quelque moucheron. « Pauvres petits, dit-elle en sentant sa peau fine Par leur plume touchée, à la forêt voisine Pietournez; laissez-moi, je ne puis rien pour vous, Yama, dieu des morts, menace mon époux. » Et les oiseaux s'en vont. Avec eux la lumière Fuit aussi. Sourya plonge aux flots la crinière De ses rouges coursiers, et l'ombre tristement Envahit par degrés l'azur du firmament.

Alors, tandis qu'au ciel, enveloppé de voiles, Les feux étincelants des lointaines étoiles Commencent à percer, dans le calme parfait

.Ml RïLVES.

Des cboses, elle entend frissonner la foret.

Ce sont les animaux qui brisent les feuillages

Eu désertant le creux de leurs réduits sauvages,

Et soudain les chacals, les tigres, les lions,

Emplissent le grand bois de hurlements profonds.

« O voyageurs de nuit ! ô fauves redoutables !

Leur dit-elle, hurlez; vos cris épouvantables

Ne rompront pas le vœu tenté pour mon époux;

Yama, dieu des morts, me fait plus peur que vous. »

Et droite, sans bouger, les deux pieds joints sur terre,

Elle passe la nuit en fervente prière.

Bientôt l'aurore au ciel montre son front doré,

Puis du grand Sourya reluit le char sacré,

Et tout un long jour voit la tendre créature

Garder la même place et la même posture...

A la fin, le corps las de ce non-mouvement,

Et les traits tout, pâlis du manque d'aliment,

L'Indienne sentait ses genoux fuir sous elle.

Cependant à son vœu voulant rester fidèle,

Elle luttait toujours, — quand soudain son mari

Apparaît et s'approche : « O douce Savitri!

De retour sous mon toit, je ne vous ai point vue,

Mais j'ai su qu'en ces lieux vous vous étiez rendue

Pour accomplir un vœu... Je ne saurais troubler

Le pénible devoir auquel se laisse aller

Votre cœur ; mais quelle ombre a passé sur votre âme,

Et pour qui vous faut-il tant prier, chère femme? »

Elle, heureuse d'entendre et de revoir vivant

Le roi de ses beaux jours, celui qu'elle aime tant,

Heureuse de toucher aussi le but suprême,

Car le brillant soleil mourait à l'instant même

Pour la seconde fois,... aux liras de son époux

Tombe sans connaissance en murmurant : « Pour vous! »

[mité du sanscrit, 1861

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