ORPHÉE
Par un chemin obscur le chantre de la Thrace, Silencieusement, hors des enfers guidait Eurydice, écoutant d'une oreille sagace Les mouvements légers du pied qui le suivait.
Arrivé sur un point où le jour éclairait D'un rayon frais et gai le ténébreux espace, Un désir fou le prend, et, du terrible arrêt Oublieux, il veut voir sa jeune épouse en face.
Il se tourne, et soudain le Tartare en fureur Contraint l'âme au retour : un long cri de douleur Elle exhale en fuyant vers les demeures sombres.
A grands pas il la suit aux rives de la mort. Il y touche; mais, las! déjà sur l'autre bord, Ombre, elle était mêlée avec les autres ombres.
Imité de l'italien, 1861.
GOENIS.
Dcins les bois ténébreux de l'infernal empire, Cœnis traîne à pas lents le poids de ses douleurs; Elle passe, revient, et jamais un sourire De son front abattu n'anime les pâleurs.
Vivante, elle eut l'amour du roi des eaux marines; Puis, traîne, elle obtint de son divin amant La faveur d'échanger ses grâces féminines Contre un sexe moins doux et plus fort au tourment.
Jeune homme elle devint ; cependant son cœur tondre N'en fut pas plus heureux. 11 battit de nouveau Pour une belle enfant qui ne put pas l'entendre, Adorant elle-même un autre jouvenceau.
Cœnis, au désespoir, abhorra la lumière Et résolut de fuir dans la un i i du trépas.