‹ Silves et rimes légèresChapitre 211 sur 244 · LA VACHE DE LUCRECE · texte numérisé non relu

LA VACHE DE LUCRECE

Souvent, frappé du fer auprès des saints autels,

Parmi les flots d'encens qu'on offre aux immortels,

Un jeune taureau tombe, et l'on voit sa poitrine

Répandre son sang chaud en onde purpurine.

Sa mère, qui déjà ne l'est plus, tristement

Parcourt les verts sentiers des grands bois, imprimant

Sur la terre des pas pressés que rien n'arrête.

Elle sonde tout lieu de sa vue inquiète,

Cherchant si quelque part ne se retrouverait

L'enfant qu'elle a perdu; puis l'ombreuse forêt

S'emplit des longs accents de sa voix lamentable ;

Puis, lasse de mugir, elle rentre à Pétable,

Et là reste immobile, au sol le pied rivé,

Tout entière au regret de son cher enlevé.

Ni tendres saules verts, ni plantes rajeunies

Par les pleurs du matin dans les grasses prairies,

ÎNi fleuves aux grands bords teints de vives couleurs,

Ae peuvent la charmer et chasser ses douleurs.

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