‹ Silves et rimes légèresChapitre 83 sur 244 · OU LA CHANSON D ALINE · texte numérisé non relu

OU LA CHANSON D ALINE

Voici l'hiver : l'oiseau quitte la branche , La bise souffle, et sur ma vitre blanche Le froid commence à dessiner des fleurs; L'hiver est triste et long pour une fille ; Pourtant auprès du foyer qui pétille Je dis tout bas en essuyant mes pleurs :

Ah ! si l'ami que rêve ma jeune âme De mon foyer était la douce flamme , L'hiver vaudrait les plus belles saisons, Et le printemps aux brillantes merveilles, Aux gazons verts, aux fleurettes vermeilles, Me rirait moins que l'éclat des tisons.

148 S IL VF. S.

S'il était feu, que me ferait la bise, Le ciel brumeux avec sa couleur grise, La blanche ucige et ses flocons épais?

Que me ferait de voir glaçonncr l'onde? Que me ferait de voir geler le monde?

S'il était feu , gèlerais-je jamais !

S'il était feu, pour sa moindre étincelle Je donnerais tous mes biens de pucelle, Mes tins joyaux, mon petit coffret d'or, Mes bracelets, ma colombe au pied rose, Le myrte blanc que tous les jours j'arrose, Mon luth d'ébène et mon beau chien Médor.

Je donnerais tout, jusqu'à ma parure, Ma mante verte à la blanche fourrure , Le chaperon que j'aime tant porter, Ma ferronnière et ma robe isabelle; Je donnerais le bonheur d'être belle, D'ouïr cent voix tout bas le répéter.

S'il était feu, le titre de baronne,

Tout un duché, tout l'or d'une couronne,

Me charmeraient et me tenteraient peu;

Quand môme au ciel je pourrais être un ange,

Je ne sais pas si je ferais l'échange

D' n coin du ciel pour le coin de mon feu.

Que j'aimerais, seule, dans ma chambrette, A lutiner sa flamme violette, A l'agacer et toujours à la voir Se denteler, se dérouler en bande, Sauter, bondir, danser la sarabande Tout à l'entour de mon grand foyer noir!

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