DEL MERE LUTTE TON DIRES
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et d’aller monter la garde sous les fenêtres de l'état-major, dans l'espérance de saisir au vol, de cette façon, quelque renseignement utile à la patrie.
La discussion s'était tellement échauffée que l’Anglais avait fiai par tourner le dos à son adversaire, et comme pour exprimer son profond dégoût, s'était mis à siffloter tout en faisant semblant de reluquer curieusement les portraits d'hommes politiques et d’actrices à la mode qui Composaient, en grande partie la décoration murale de cette chambre de garçon.
— What is this? demanda-t-il tout à coup d’un ton indifférent, manière de rompre le silence.
— Ah! ça, c’est tout nouveau, dit Paul.
Comme tu u’es pas ami du ministère, je parie que tu n’as pas encore vu cette carte ; je t’en ferai donner une. Cette intéressante lithographie accompagne ie dernier rapport du ministère de la Voirie. Voilà qui te convaincra, fanatique censeur, que la province de Québec, si arriérée à tes yeux d’angliche, bat toutes les autres pour les belles routes. Regarde : ces lignes en cou-
leurs indiquent les différents genres de chaussées: Macadam, bétonnages, empierrements el cœtera.
— Et tu dis que cette carte est toute récente ? fit Jimmy sans se retourner.
— Mais oui, je l’ai reçue pas plus tard qu’hier.
Soudain, l’Anglais Pousse un cri à faire trembler les vitres :
— By Jove, we're got them! vociféra-t-il en exécutant un tango fantastique tout autour de la chambre.
Paul le croit fou, mais l’autre, l'entraînant de force vers la Carte, pose un doigt triomphant sur l’un des bariolages en Couleur qui la décorent.
— Tiens ! crie-t-il, voilà un bout de chemin qui m'a l’air de s'arrêter tout court à deux ou trois milles de notre ville.
— Eh ! oui, dit l’autre, c’est un nouveau rACCourci que les paroisses de Portneuf ont obtenu du &ouvernement pour faciliter le transport de leurs denrées au marché. Eh bien, quoi ! qu'y a-t-il là de si épatant ?
HYS, my dear fellow, que, si tu étais d’équerre, tu ne Mmanquerais pas l’occasion de m'abrutir d’un de tes assommants calembours.
Il y a que, si tu étais dans un de tes moments lucides, tu dirais : Voilà une impasse qui va nous tirer de la nôtre. Ilya que ce tronçon de chemin vicinal, non encore ouvert à la circulation, ne doit pas encore figurer sur les fameux plans des espions allemands. Il y a enfin que je connais le moyen d’y parvenir à travers bois sans risquer sa peau. Voilà ce qu’il y a, simplicissimus!
L’enchantement que cette révélation produisit instantanément sur Belecurt lui fit oublier le ton blessant qui l’accompagnait.
Les deux affidés firent sans bruit leurs préparatifs de départ, et comme toute circulation était interdite dans les rues après 7 heures du soir, ils se rendirent de bonne heure chez un ami logé aux extrémités de la ville du côté de Sainte- Foy, où ils attendirent la noirceur pouc <e glisser furtivement dans un bois voisin, dont les sentiers n’avaient rien de secret pour Jimmy Smythe, qui les avait maintes fois pratiqués dans ses partics de cynégétique.
Nous précèderons nos amis dans leur aventureuse chasse aux nouvelles. Disons tout de
vaste territoire qui s’étend au sud du Saint- Laurent. Montréal, Ottawa, à vrai dire tout le nord du fleuve, étaient restés intacts, et les chemins de fer de la rive nord continuaient à circuler librement, à l'exception d’un certain TaYOn autour de la vieille Capitale,
Dès la veille au soir, les Mouvements des envahisseurs avaient été notablement compromis par la découverte fortuite d’une cache d'armes et de munitions dans un endroit isolé non loin de la frontière. Ordre avait été immédiatement dépêché d'Ottawa dans toutes les directions
des Etats-Unis.
Déconcertées, Sa et là désorientées au premier moment, es bandes armées s'étaient reformées et concentrées sur divers points, et leurs rangs &rossissaient À vue d'œil. Des villages de frontière avaient été ravagés, pillés, intendiés même,
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Il était évident que le Canada avait affaire à un coup de main beaucoup plus sérieux que les raids féniens de 1866.
Du côté de Québec surtout, la situation était singulièrement inquiétante. Les communications télégraphiques avaient été brusquement coupées de bonne heure dans la soirée, et les rumeurs les plus terrifiantes faisaient tratnée de poudre d’un bout à l’autre du pays.
On parlait d’un massacre général, de l’arrivée d’une mystérieuse escadre armée de gros canons dans les eaux du golfe Saint-Laurent ; en un mot, le spectre de la guerre hantait tous les esprits, monstre d’autant plus hideux que sa visite était inattendue.
D'où partait le coup? On n’osait le deviner.
Les rapports confus reçus de la frontière parlaient d’une invasion de 200,000 Allemands recrutés secrètement dans les Etats de l'Ouest, où l'immigration germanique s'était surtout groupée, comme d’après un plan préconçu et dirigé par une main occulte, formant ainsi dans les grandes villes, depuis San Francisco jusqu’à Détroit, des noyaux prépondérants.
Cette information n’avait rien d’invraisem-
blable pour ceux qui avaient étudié le mouvement ethnique en Amérique, Ne Parlons pas de ces petites colonies luthériennes venues d’Alle- Magne au 18ième siècle, quelques milliers d’individus à peine ;nOn plus que de l'émigration germanique aux Etats-Unis pendant la première moitié
générations, chassées du sol natal par le despotisme, sont aujourd’hui fondues dans le grand moule américain ; les noms se sont altérés, Trautwein est devenu Trautwind, Schumacher s est transformé en Shoemaker, Meyer en Myers, et ainsi de suite.
C’est l'apport des décades suivantes qui nous intéresse davantage Pour le moment. Voici, succinctement, les statistiques de l'immigration allemande aux Etats-Unis depuis 1850 : 1851-60, 951,667 ; 1861-70, 787,468 ; 1871-80, 718,182 ; 1881-90, 1,452,970 ; 1891-1900, 543,922 ; soit enajouter
500,000 Autrichien de nationalité germanique, © |
© Voir Encyclopedia Americana, article : « The Germans in the United States.”
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Il n’y avait donc pas à s'étonner que sur les dix millions d'individus que devait représenter l'accroissement naturel d’une aussi forte immigration, on eût pu enrégimenter et armer 200,000 fanatiques aventuriers.
D'ailleurs, l'apparition imprévue du chef de l'Exécutif de Québec ce jour-là dans les rues de la capitale fédérale, et surtout les nouvelles qu’i apportait, ne laissèrent aucun doute sur la na. tionalité des’ agresseurs.
La veille au soir, après que Québec eut été plongé dans les ténèbres et dans la terreur, un messager était allé en toute hâte prévenir le Lieutenant-gouverneur de ce qui se passait dans la ville.
Comme le représentant de Sa Majesté à Québec habite un château champêtre hors ville, et que les chemins lui étaient encore libres, ses ministres l’avisaient—c’est ici le terme consacré —de partir pour le siège du gouvernement cen tral, afin de pouvoir concerter la défense, pendant qu'eux veilleraient au grain sur place.
Qui fut dit fut fait. Quelques instants après, le gouverneur sautait dans sa rapide limousine,
qui bientôt le déposait à la première station de chemin de fer non encore inquiétée, où il prenait le train de nuit pour Ottawa.
Il y était reçu avec tous les honneurs dus à son rang le lendemain vers midi, c’est-à-dire Presque à la même heure où Son Excellence le commandant Von Goelinger enrageait de ne pas avoir le plaisir de serrer la main et de passer les menottes à Son Excellence le gouverneur,
La conséquence de cette apparente évasion d’un grand Personnage fut que le pays était informé du peu glorieux fait d'armes de Goelinger, pendant que celui-ci restait dan: une complète ignorance de ce qui se passait dans le pays.
Naturellement, l’'émouvante nouvelle de la Capture de Québec par un détachement allemand leva les derniers doutes qui pouvaient encore subsister dans l'esprit des autorités fédérales.
Il n’y avait pas à hésiter un instant devant l’audacieuse entreprise d’ennemis menaçant le Canada sur tous les points : aux grands maux les grands remèdes, il fallait prendre un parti
extraordinaire, mettre en force certaines dispo-
122 SIMILIA SIMILIBUS a — sitions—jusque-là lettre morte—de la loi de milice du Canada, et convoquer le Ps:lement à quinze jours d'avis.
Cette vieille loi de milice dormait depuis plus de soixante ans dans les poudreux statuts, d’où on l’avait retirée à certains intervalles, histoire de lui donner un coup de plumeau.
Et voilà que tout à Coup, sans crier gare, on allait s’en servir tout de bon, pour la première fois dans l’histoire de la Confédération ; il le fallait bien, puisque l'effectif de la troupe permanente et de la milice active était manifestement insuffisant pour faire face à cette nuée d’envahisseurs qui menaçait l’interminable front:ère du Canada.
Voici ces terribles clauses de levée en masse qui allaient sonner le tocsin par tout le Dominion. Comme on le verra, c’est presque la conscription,
une conscription à une minute d'avis, comme la trompette du jugement dernier :
‘°2—L’expression ‘“ milice ” signifie toutes les forces militaires du Canada.
“4—Le commandement en chef de la milice reste et est attribué au Roi, qui l’exerce et administre personnellement, ou par l’intermédiaire du
Gouverneur-généra] agissant cor.me son re}.ésentant.”’