ÉPILOGUE 235 a ——
souvenirs et finit par dire d’un ton tout à fait naturel :
— Îl paraît que j'en ai fait, un méchant rêve !
— Oui, dit l’autre, tu as été joliment malade depuis hier soir, you crazy boy!
— Comment ! depuis hier soir ! tu ne sais ce que tu dis, tête de linotte toi-même... voilà au moins une semaine que j’ai perdu connaissance.
Pendant ce duo d’améhnités, la jeune personne intéressante en blanc est partie en coup de vent, appelant tout le monde comme si le feu était à la maison, criant :
— Venez vite ! Il est réveillé !
Bientôt accourent tout essoufflés Papa Meunier, maman Meunier et tous les petits Meuniers : tous s'arrêtent dans l’embrasure de la porte,
comme en extase, comme médusés par la vue d’un miracle.
— Monsieur Paul ! s’écrient-ils en chœur.
Le ressuscité n’est autre en effet que notre ami Paul Belmont, en chair et en os.
Tous l'entourent bientôt et l’accablent de questions:
— Vous allez nous dire au moins comment c’est arrivé ?
— Ah ! pour ça par exemple, non, répond-il en sautant par terre, pas tout de suite, J’ai besoin de rassembler mes idées, et puis j'ai l’estomac d’un creux. Allons souper plutôt.
— C'est ça, dit le père Meunier. Et puis après, il y a un autre revenant à faire revenir: monsieur le notaire. Pas, Marie-Anne ?
La jeune fille en blanc rougit, mais ne dit pas non.
Ici il faut ouvrir une parenthèse.
Les succès de presse qu’avaient remportés notre jeune confrère, il les devait à son indéniable talent, mais aussi pour une bonne part à sa passion pour le travail. Il était ce qu’on pourrait appeler un épicurien de l’étude et de l'effort intellectuel. Sa plus grande volupté était de s’enfermer avec ses livres et ses paperasses. Il ne se serait pas contenté de chanter avec Omar Khayyam:
Au fond d’un bois, un livre ouvert, Un gros pain bis, uné bouteille,
Et tes doux chants à mon oreille:
Quel ce désert !