Ibid., V, 178, 184. Cf. 224 et
Ch. BiMonr. Simon de MontforU 10
chérissait son triomphe insolent. Faut-il s'étonner que les barons l'aient dénoncé comme le principal fauteur des troubles, et qu'après leur victoire ils l'aient poursuivi avec le dernier acharnement?
Ainsi Henri III disposait à son gré, on peut le dire, des plus hautes dignités ecclésiastiques. On n'eût pas songé à s'en plaindre, si tous ses choix avaient été inspirés par l'amour de la rehgion et du bien public ; mais il est trop évident que, sur ce point encore, son intérêt personnel et sa fantaisie dictaient ses préférences. Les étrangers étaient ses candidats préférés. Son oncle, Boniface de Savoie, avait été imposé au choix des moines de Canterbury* et devait à son seul titre de parent de la reine l'éminente dignité de primat d'Angleterre. On vient de voir comment Aimar de Valence était devenu évêque de Winchester; l'évêché de Hereford était occupé par un Provençal, Pierre d'Aigueblanche*. Quels sentiments ce favoritisme devait-il faire éprouver au reste de l'épiscopat anglais, où ne manquaient d'ailleurs ni les lumières ni les vertus? Le pouvoir arbitraire est une arme dangereuse, et qui se retourne souvent contre celui qui l'emploie : sans doute Henri III pouvait compter sur le dévouement de ses créatures, mais il mettait les autres en défiance et les jetait dans l'opposition.
Le clergé anglais avait d'ailleurs bien d'autres raisons pour être hostile au roi. Je ne parle pas seulement des nombreux subsides que le roi lui avait demandés et des lourds sacrifices d'argent qu'il avait dû faire'; il est trop juste que celui qui possède paie, et le clergé anglais, riche avant la conquête, plus riche encore après, possédait des biens immenses. Mais ce qui indignait plusieurs d'entre eux, c'était de voir le Saint-Siège intervenir de plus en plus dans les affaires intérieures de l'Eglise d'Angleterre.
C'était avec l'appui de l'Eglise et du pape que Guil-
1 . < Qui régi certissime promiserant se Bonifacium in archiepîscopum suum electuros, juxta quod rex devotissime supplicaverat... • (1241) Paris, IV, 103. Pour empêcher que le Dape ne le récusât comme insuffisant, Henri III le recommanda au Saint-Père par une lettre scellée de son sceau, et qu'il obligea les évêaues et abbcs de confirmer aussi par l'apposition de leurs sceaux. L'abbé de Saint-Alban refusa; ibid,, '^59. Boniface fut intronisé seulement en 1249; ibid., V, 80.