Mat. Paris, V
Henri III vint demander, pour le pape, une taille « pesante, inouïe, effroyable », du tiers de tous les biens meubles et immeubles, à lever sur tout le monde, libres et serfs, en Angleterre. Les grands obtinrent un délai [inducias) de trois jours pour réfléchir, et l'on se sépara.
Cependant le clergé n'osa pas aller jusqu'au bout. «Pour ne pas exciter contre eux la colère et l'indignation du roi » , les évêques décidèrent de se retirer, et furent autorisés à retourner chez eux *. La noblesse resta, d'autant plus décidée à la résistance qu'elle était organisée. Le 12 avril, en effet, le comte de Gloucester, Roger Bigod comte de Norfolk, qui avait hérité du titre de maréchal à la mort du dernier Pembroke, le comte de Leicester, Pierre de Savoie, que ses étroites relations avec la famille royale ne défendaient pas d'une opposition modérée, enfin deux des amis personnels de Simon, Jean, fils de Geoffroi et Pierre de Montfort, avaient juré sur les saints évangiles, pour eux et leurs gens, de s'entr'aider contre toute personne, « droit feisant et prenant, sans meiffeire * » . C'est de cette association redoutable, dont tous les membres ne prévoyaient pas sans doute la gravité, qu'est sortie la Révolution.
(( Le jour convenu, comme la troisième heure s'approchait, des hommes nobles et braves, comtes, barons et chevaliers, vinrent à la cour, c'est-à-dire à Westminster, en grand appareil militaire, et l'épée au côté; mais à l'entrée de la salle royale ils déposèrent leurs glaives, et lorsqu'ils parurent devant le roi, ils le saluèrent avec toute la révérence qui lui était due. A l'aspect menaçant de ces barons couverts de leurs cottes de mailles, le roi fut pris d'une peur soudaine : « Qu'est cela, messires, leur dit-il, suis-je votre prisonnier ?» — « Non, sire roi, répondit Roger Bigod, non! Mais il faut que les chétifs et intolérables Poitevins, ainsi que tous les étrangers, fuient de votre présence et de la nôtre ^ Voilà notre secret; nous
i. Annales de Tewkesbun/y p. 163.
2. Bihl. nat, Clairembault, 1188, p. 10. Mat. Paris a connu Texîstence de cette Ligue des libertés nécessaires. V, 689 : « intérim optimates Anglie, utpote Glovernie, Legrecestrie et Herefordie comités, comesque Marescallus, et alii preclari vii^i, sibi precaventes et providenles, confederati sunt. > App. n" 30.
3. C'est le cri général. Cf. Jean de Oxenedes, Chronica, p. 224. — De même dans les Annales de Rochester, les moines des abbayes an-
vous le confessons tous pour la dignité, l'honneur et le profit de votre domination et de tout votre royaume. Jurez de suivre entièrement nos conseils ; c'est le meilleur remède et la meilleure consolation que vous puissiez trouver. » — « Et comment verrez-vous que je veux suivre vos conseils i » demanda le roi. A quoi les barons répondirent : « Jurez, après avoir touché les saints évangiles, vous et votre fils et héritier Edouard, que vous ne ferez rien sans l'avis de vingt-quatre prudhommes, évêques, comtes et barons élus par nous * ; que vous ne songerez en aucune façon à faire peser sur vos sujets un joug inconnu jusqu'ici, et contraire aux droits de votre royaume ; que vous donnerez sans retard le sceau royal à une loyale personne que les vingt-quatre vous désigneront'! »
Le comte de Leicester n'eut pas une attitude moins énergique. « Comme jadis Simon Machabée s'était levé pour son frère Juda, écrit avec emphase un chroniqueur', de même Simon de Montfort se leva pour défendre jusqu'à la mort les libertés et les droits de l'Angleterre. » Il s'emporta contre les étrangers, avec non moins de véhémence que Roger Bigod; il demanda justice des insultantes calomnies qu'avait lancées contre lui Guillaume de Valence *, et accusa ces aventuriers, enrichis des trésors de l'Angleterre, de tous les maux dont souffrait le pays.
Mais on ne s'acharnait pas seulement après les odieux favoris du roi; le débat portait plus haut et plus loin. Après avoir reproché au roi d'avoir engagé l'atfaire de Sicile sans leur aveu, montré les périls et l'inanité d'une pareille entreprise, énuméré les sommes considérables que le pape avait déjà extorquées à l'Angleterre, les barons refusèrent
glaises élèvent des plaintes contre les affiliés des confréries dominicaines et franciscaines qui s'établissaient un peu partout.
1. c Âbsque consilio xxiv virorum prudentum Ânglîe, scilicet épiscoporum, comitum, baronum, electorum. » J'ajoute ■ par nous •,
2. Annales de Tewkesbury, p. 164. M. Prothero a bien rai.son de dire, p. 189, que cette scène cioit avoir été rapportée par un témoin oculaire.