‹ Simon de Montfort, comte de Leicester: comte de Leicester, sa vie (120?-1265Chapitre 129 sur 232 · Historiens de France, XXIII · texte numérisé non relu

Historiens de France, XXIII

teur ou non, cette œuvre est devenue sienne^ non seulement parce qu'il eut une place éminente dans le gouvernement transformé 9 mais parce qu'il s'en est déclaré l'inébranlable défenseur.

Quant à Henri III , il ne dissimulait ni son éloignement pour des réformes qui bouleversaient tout son système de gouvernement, ni son aversion pour celui qu'il regardait à bon droit comme le chef du parti aristocratique. Un jour, nous raconte Mathieu Paris, pendant les extrêmes chaleurs du mois de juillet (1258), Henri III était sorti de Westminster, et, pour dîner au frais, il était monté en bateau sur la Tamise. Tout à coup l'air s'obscurcit, le tonnerre éclate, et des torrents d'eau tombent au milieu des éclairs. EflFrayé par la violence de l'orage, le roi ordonne qu'on le mette à terre. La barque se trouvait à ce moment en face du palais de l'évêque de Durham où logeait alors le comte de Leicester. Le comte arrive aussitôt plein de joie, le visage serein, et, saluant le roi avec toute la déférence qui lui était due, « Que craignez-vous, lui dit-il, l'orage est déjà passé » ; mais le roi, du ton le plus sévère : « Je redoute extrêmement, lui répondit-il, le tomierre et les éclairs; mais^ par le chef de Dieu, j'ai plus peur de toi que du tonnerre et des éclairs du monde entier » • — « Messire, répliqua le comte, ce n'est pas moi, votre ami constant, votre serviteur fidèle et celui du royaume d'Angleterre, que vous devez craindre, mais vos ennemis, ceux qui vivent du pillage et du mensonge \ »

Les Provisions d'Oxfort furent confirmées et complétées dans le Parlement de Westminster (13 octobre 1259), puis solennellement publiées dans tout le royaume*. Le roi, son frère, son fils «une jurèrent de les observer; le prince Edouard, héritier présomptif de la couronne, fit en parti-» culier le serment « de conseiller et d'aider contre toute personue » le comte de Leicester % son oncle, l'âme de cette révolution.

i. Paris, V, 706.

2. Rot, claus. Anno 44^ m. 17, d. : • Anno... 1259... convenientibuB apud Westmonasterium in quindena S. Michaelis ipso rege et magna* tiDus suis, de communi consilio et consensu dictorum...., facte sunt Provisiones subscripte per ipsos regem et magnâtes, et puplicate (sic) in hune modum... >

3. BibL nat, Ciairembaalt, 1188, fol. 13. Cf. Chron.maj.etvicecùtn.

Le même jour où l'on publiait les Provisions de Westminster, le héraut proclamait à Londres le traite signé avec la France*. On ne prévoyait guère alors qu'une des premières conséquences de ce traité serait précisément de renverser l'œuvre réformatrice de 1258-1259.

Depuis l'échec de sa seconde expédition en France (1242), Henri III, que les souvenirs de Taillebourg et de Saintes rendaient prudent, était resté tranquille. Non qu'il renonçât à l'espoir de reconquérir les provinces perdues; on sait en effet qu'il songea un moment à profiter de l'éloignement de saint Louis, qui prolongeait inutilement son séjour en Terre-Sainte, pour attaquer la France une troisième fois*. Forcé par l'expresse volonté du pape d'abandonner ce projet, il avait maintenu le statu çuo; la trêve de cinq ans conclue en 1243 avait été successivement renouvelée. Ce n'était plus la guerre, mais ce n'était pas encore la paix. L'affaire de Sicile détourna d'un autre côté les préoccupations inquiètes de Henri III ; ses démêlés avec le Parlement lui interdirent bientôt toute pensée belliqueuse. D'autre part, les barons souhaitaient la paix avec l'étranger, afin de pouvoir procéder en toute sécurité à la réforme intérieure du royaume*. Jamais les circonstances n'avaient été aussi favorables pour qu'on la fît avec avantage : saint Louis, revenu enfin d'Orient, s'appliquait avec ardeur à organiser l'administration royale, et, tout en surveillant avec une attention très éveillée les agissements des princes voisins, il voulait assurer à son peuple les bienfaits de la paix, sans qu'il en coûtât rien à sa dignité. A l'égard de l'Angleterre, ses sentiments étaient connus : il aimait Henri III, dont la dévotion un peu puérile ne déplaisait pas à

Lond»^ p. 42; Chronique de Lanercost, à Tannée 1259. Les Provisions de Westminster ont été publiées par Stubbs dans les Select Charters^ p. 401. Les Provisions ne satisfirent pas tout le monde; on a une protestation faite par la « Communitas bachelerie Anglie ». Sur laaate probable de cette pièce, voir Prothero, 213, note 2.

1 . Je n'ai pas parlé de Tambassade de Simon de Montfort auprès du roi d*Ëcosse c in cujus ore posuit quedam sécréta, de quibus sollicitus fuit, eidem Régi reseranda ». R^mer, 25 août 1254. Nous ignorons quels étaient ces secrets. En 1256, Simon est témoin de Tacte qui confirme au Jeune roi d'Ecosse le comté de Huntingdon. Shirley, II, 120. R. Pauli croit, je ne sais pourquoi, aue le fait de l'ambassade de 1254 repose sur une erreur. S. von MorUfort^ p. 73, n. 1.

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