Voy. plus haut, p. 23 et
6. Le 18 mai, Henri III donne à Simon de Montfort et à Pierre de Savoie pleins pouvoirs pour signer, proroger et confirmer en son nom une trêve de trois ans. Bot. pat,, anno 39, m. 8; cf. Shirley, II, 107 (lettre du 10 mai). La trêve fut conclue en effet au mois de juin; elle oievait partir de la saint Rémi (!«' octobre). Layettes du Trésor des Ch,, III, n» 4178. — Une disposition de droit international qui se trouve seulement dans l'instrument de la Trêve de 1255, mais qui a dû exister dans les trêves précédentes, est en soi assez obscure : c Additum est quod heredes îliorum qui pro utraque parte nominati sunt in forma predicta et postmodum decesserunt, in treugis remaneant Ipco ipso-
entre les deux pays, c'est son avis qu'on dut suivre*. En 1257, il fut envoyé de nouveau en France pour discuter les conditions de la paix définitive '; si les projets ambitieux de Henri III en Sicile et l'élection de Richard de Cornouailles, en excitant à bon droit la méfiance de Louis IX et de ses barons empêchèrent les négociations d'aboutir cette année, la victoire remportée par les grands au Parlement de Londres (avril-mai 1258) rendit la paix enfin possible ^; le 28 mai, elle fut conclue à Paris, au Temple, en présence du roi de France, et jurée par les procureurs et ambassadeurs de Henri III : Simon de Montfort, Pierre de Savoie et Hugues Bigod*. Elle était aussi désirée des barons anglais qu'elle répugnait aux barons de France ; et Simon avait été, dans cette circonstance encore, le véritable représentant des intérêts anglais. Si Ton peut douter qu'il soit le principal auteur des réformes accomplies en 1258, le traité de 1259 est sans contredit son œuvre*.
rum quîbus in hereditate ad nostnim et dicti régis F. feodum vel dominiom pertinente succèdent •. Elle s'explique par une application qu'en fit le comte de Leicester : il saisit la terre d'Ayquelin Andron parce qu'à sa mort un chevalier français lui succéda, et il paraphrase ainsi l'article cité plus haut : « Si terra aliqua in potestate aomini régis A. ad aliquem de potestate régis F. durantibus treugis devolvatur, dominus rex A. débet et potest capere... hanc terram, a quocunque moveat vel in feodum teneatur, et econverso i (Études sur Bayonne,U^ 587). U est à remarauer que cet article concernait seulement les personnes nommées dans l'acte (il y en a une quarantaine); c'est un traité de Saix qui devait régler ces successions et, en délimitant les territoires es deux souverains, marquer jusqu'où s'étendaient leurs droits réciproques de suzeraineté.
i. De nombreuses infractions à la trêve s'étant produites, Henri III envoya plusieurs députés pour s'en plaindre au roi de France. En 1256, il donna pleins pouvoirs à Jean Mansel pour régler ces différends, et l'invita à prendre l'avis de Simon de Montfort, de Guillaume de Valence et de Richard de Gloucester. Rymer, à la date du 24 janvier.
2. Lettre du 22 février 1257, dans Shirley II, 121. Charte du 22 juin, dans Rymer.
3. Le 8 mai, Henri III donne pleins pouvoirs à S. de Montfort, P. de Savoie, Geoffroi et Gui de Lusignan, Hugues Bigod, pour traiter avec le roi de France et, en attendant, pour prolonger la trêve jusqu'en 1259 ou en 1260, ou même en 1261 (Rymer) Henri III ne croyait donc pas que la paix fût aussi prochaine.
4. Layettes du Trésor, III, 4416, 4417. Voyez BibL de VÈcole des Chartes, t. XXX VII (1876), p. 253. Dans cet article, je crois avoir établi que le traité de 1258-59 ne doit pas être appelé Traité d'AhbevUle; le seul nom qui lui convienne est celui de Traité de Paris, et la date, celle du 4 décembre 1259. (Jeudi après la fête de saint André l'apôtre).
5» < Nostrç seignur le roi dit que le comte de Leyçestre fu de son
Cependant, certains points de détail à propos de l'Agenais et du comté de Bigorre par exemple, et d'autre part le refus de la comtesse Aliéner de renoncer à ses droits sur les terres cédées par Henri III, son frère, à la France*, avant que Féternelie question de son douaire eût été réglée, retardèrent pendant plus d'un an la conclusion définitive de la paix : elle ne fut ratifiée de part et d'autre qu'au mois d'octobre 1259. ^
On en connaît les conditions* : P Le roi d'Angleterre renonçait, pour lui et pour ses hoirs et successeurs, à la Normandie, à l'Anjou, à la Touraine, au Maine et au Poitou. 2* Le roi de France lui cédait les droits « qu'il avoit et tenoit en ces trois éveschiés et es citez, c'est-à-dire de Limoges, de Caorz et de Pierregort en fiez et en demaines» . 3* Quant à l'Agenais, il restait provisoirement à la France, mais Henri III devait recevoir sous forme de rente annuelle la valeur des revenus que rapportait cette province. « De l'onmage de la comté de Bigorre, de Armeignac et de Foiensac, dit l'article 6, soit ce que droit en sera » ; on a vu que la question de la Bigorre ne devait pas être tranchée de sitôt. 4** Tout ce que Louis IX restituait à Henri III : le Limousin, le Quercy et le Périgord, ainsi que toutes les autres provinces que Henri III avait conservées en France : Bordeaux, Bayonne et la Gascogne, le roi d'Angleterre
conseil, et que il li conseilla q'il treitast de pais au roi de France des terres de la. — Li cuens dit qu*il fu au conseil et li conseilla aveques autres prodes hommes de son conseil et de sa terre >. App. n» 37. Voyez aussi un chant satirique intitulé La pais aus Englois, qui fut composé au sujet de ce traité. Js rimeur raconte, dans une langue abominable, une altercation qui eut lieu au Parlement de Londres (celui de février 1259?) entre Simon, Roger Bigod et le roi. Il suppose que ce dernier avait proposé de faire la guerre au lieu de traiter.
Sir Symon a Montfort atendi ce na^el ; Doucqaes sailli en piez ; il ne fout mie bel ; A dit a rai Inglois : • Par le cors saint Ânel, Lessiez or cesti cbos ! François n^est mi anel. . . »
PubL p. Wright. Political songs (Camden Society 1839).
1. Dans la pièce publiée en Appendice, n« 37, Henri III se plaint c^u'après son arrivée en France, âimon refusa de faire les renonciations demandées, parce que le roi n'avait pas encore exécuté les conventions acceptées par lui en juillet 1259, à savoir € que les quatre cenz livres qu'il [Simon et sa femme] prennent du don le roi et de sa Chartre, ïor seient otriées en terre >.
2. Voyez le texte du traité dans Rymer, et mieux dans les Layetten du Trésor, III, n«* 4416 et 4554,
devait les posséder à titre de fiefs mouvant de la couronne de France, et à charge de foi et hommage Uge que le roi d'Angleterre devrait prêter en personne « conme per de France et dux de Aquitaine » . 5** Le roi de France promettait enfin de payer au roi d'Angleterre, en deux ans et en six termes, la somme nécessaire à l'entretien de cinq cents chevaliers pendant ces deux années. Le roi d'Angleterre ne pourrait employer cet argent que pour le service de Dieu (en réalité saint Louis le destinait à la Terre Sainte*), de l'Église ou du royaume d'Angleterre; au cas où il serait affecté aux besoins du royaume, la dépense serait faite du consentement des « prodes homes de la terre » .
Je n'ai pas à discuter ici jusqu'à quel point ce traité était avantageux pour la France ou nuisible à ses intérêts, s'il faut blâmer saint Louis d'avoir fait aux Anglais des conditions que les Français du temps considéraient comme exorbitantes, ou si l'on peut justifier sa conduite par de bonnes raisons. Au point de vue des Anglais, si leur légitime orgueil pouvait souffrir de perdre à tout jamais l'héritage des ducs normands et des comtes angevins*, la froide raison ne pouvait manquer de leur faire voir les avantages d'un traité où ils gagnaient, en somme, trois belles provinces. De plus les négociateurs anglais durent se féliciter d'avoir obtenu d'importants subsides, dans un moment où le trésor était vide ; ne voulant pas que leur victoire se retournât contre eux, ni que le roi pût disposer à son gré de l'argent français, ils s'en firent attribuer le contrôle. Mais l'événement déjoua leurs précautions. C'est le roi seul qui profita des sommes versées entre ses mains par le trop scrupuleux Louis IX'; il se garda bien de les employer,
[ 1. Cl. Mesnard, dans ses Observations sur Joinville, fol. 372.
y 2. Voy. par exemple Mat. Paris, V, 278.
[ 3. Le fait vaut la peine d'être établi. Nous en trouvons la preuve
; dans deux lettres de Henri III à Louis IX, du 13 mai 1264, la veille
'' même de la bataille de Lewes. La première est intitulée c de sustenta-
tione militum in Terra sancta > et peut se résumer ainsi : Louis IX a promis à Henri III de lui payer ce que coûterait l'entretien de cinq cents chevaliers pendant deux ans. Sur cette somme, Henri III a décidé de prélever 2,060 livres tournois pour l'œuvre de la Croisade, et a chargé Jean de Valentin, chevalier du roi de France, de porter cette somme en terre sainte et de l'y dépenser pour le service de Dieu. — C^tte sQiame n'ét$^it sans dpute qu^n reliquat de compte, car, dans
comme il était convenu, contre les ennemis de la foi; Henri III ne connut jamais d^autres ennemis que ceux de son autorité. Les négociateurs anglais ne virent pas tout d'abord qu'ils venaient de souscrire leur propre ruine; ils ne tardèrent pas à ouvrir les yeux et à se convaincre que le traité de Paris sauvait Henri III en lui donnant ce dont il avait alors le plus besoin : de l'argent.
Le traité fut solennellement conclu à Paris le 4 décembre 1259 : cejour-là Henri III, entouré des plus hauts seigneurs de France et d'Angleterre, en présence d'une foule innombrable, jura d'observer le traité, et, s'agenouillant devant le roi de France, lui prêta le serment de foi et hommage. Le même jour, le traité fut confirmé par Simon de Montfort et la comtesse sa femme ^ : Aliéner renonçait à tous ses droits sur le duché de Normandie, les comtés d'Anjou, de Maine et de Poitou ; Simon à tous ses droits sur le comté de Toulouse, la vicomte de Béziers, l'Albigeois, la ville et le comté d'Evreux. Des fêtes spendides célébrèrent cet heureux événement; mais les soucis de la politique n'étaient pas finis pour le roi ni pour les barons d'Angleterre. La paix avec l'étranger était assurée ; mais la guerre civile allait bientôt reprendre; c'est Henri III qui la provoqua.
une autre lettre transcrite au rôle aussitôt après la précédente, Henri III donne à Louis IX décharge complète de la somme totale, latauelle se montait à 132,000 livres tournois. Dans ce même acte, Henri III reconnaît qu'il a déjà dépensé la plus grande partie de cette somme « in utilitatem regni Anglie >, et promet de dépenser le reste t in servicium Dei aut ecclesie, vel in utilitatem predicti regni Ânglie ». Ainsi 132,000 livres d'argent français servirent à alimenter la guerre civile. — Le second de ces actes est certifié t per ipsum Regem, regem Alemannie, Edwardum filium régis, Henricum nlium régis Alemannie, Rogerum de Leyburn, et alios de consilio re^s. £t sciendum quod magister Arnulphus, cancellarius régis Alemannie, dictavit et scnpsit manibus
Sropriis litteram supradictam, sine consilio et assensu alicujus clerici e cancellaria, et consignata fuit coram consilio domini Régis apud Lewes die supradicto. » {Bot. lit, pat,, anno 48, m. 13).