Annales d'Osney, p
4. Le 4 janvier 1262, dans un acte daté de Pacy-sur-Eure (Bibl. nat., Clair., 1188, fol. 19), Simon et sa femme, la comtesse Aliéner^ prient la reine de France de régler tous leurs différends avec le roi d'Angleterre. — C'est sans doute après cette pièce qu'il en faut placer une autre non
Henri III Vj suivit. II tenta de faire en 1262 devant la cour de Louis IX ce qu'il avait déjà vainement essayé en 1260 devant sa propre cour; il profita de l'interminable procès toujours pendant entre lui, d'une part, le comte et la comtesse de Leicester de l'autre *, pour tâcher de désho-
datée, où la reine déclare accepter le rôle d'arbitre. Cf. Champollion Figeac, Lettres de rois et reines, I, 136, et Shirley, Boyal letters, II, 173; ces deux historiens placent d'ailleurs la pièce vers le mois d'avril 1261. Voyez la note suivante.
1. J'ai indiqué plus haut, p. 77, tout ce qu'il importe de retenir à ce sujet. Je me contenterai ici d'analyser les actes qui s'y rapportent pendant les années 1-260-1262. 5 février 1260. Henri III mande à Simon de Montfort de faire rendre à Hugues Bigod et à Philippe Basset les lettres par lesquelles le roi s'engageait à soumettre à la oecision de trois arbitres (H. Bigod, Ph. Basset et Honfroi de Bohun), les réclamations présentées par le comte et la comtesse de Leicester • ratione dotis prefate comitisse in Hybernia et alibi >; il déclare en outre qu'à sa prière Louis IX retenait au profit du comte et de la comtesse 15,0i»0 marcs sur les deniers qu'il était tenu de payer au roi d'Angleterre, en vertu du traité de Paris. Shirley, II, 393. — 11 janvier 1261. Le roi s'en remet à l'arbitrage de Louis IX c super omnibus questionibus et controversiis inter S. et A. et regem motis »; il a donné « Ebuloni de Montibus et Willelmo le Latymer » le pouvoir de jurer en son nom c in animam suam • ce que décidera le roi de France. Bot. Pat.^ anno 15, m. 19. — 14 mars. Le roi notifie que Simon de Montfort, sa femme Aliénor et lui-môme se sont soumis à l'arbitrage du roi de France, et, à son refus , de la reine et de Pierre le Chambellan. Ibid., m. 15. — 14 mars. Même lettre, en français. Si la reine de France et Pierre le Chambellan refusent le rôle* d'arbitres, les choses resteront en l'état. Les arbitres ont jusqu'à la Saint- Michel (29 septembre) pour se prononcer; le roi de France pourra, s'il le croit bon, prolonger ce terme jusqu'à la Saint-André (30 novembre.) Shirley, II, 168. Le texte de cet acte, dans Clairembault, porte la date du 6 mars. — 27 mars. Henri III confirme la précédente charte. Il désirerait que la sentence fût rendue le l»"' juillet. Shirley, II, 171. — 5 juillet. Le roi déclare que pour tous les ditférends (exactionibus, questionibus et querelis) qui ont éclaté entre lui, son beau-frère et sa sœur jusqu'à ce jour, il s'en remet à l'arbitrage de Philippe Basset et de Jean Mansel qu'il a choisis, de Gautier, évèque de Worcester et de Pierre de Montfort choisis par le comte; les deux parties sont en outre convenues de prendre pour médiateurs le duc de Bourgogne et Pierre le Chambellan. Ibid.^ 175. — 20 juillet. Comme ceux-ci refusent, le roi déclare qu'ils s'en remet à l'arbitrage de la reine de France. Rymer. — 4 janvier 1462. Pacy-sur-Eure. Le comte et la comtesse de L. acceptent cet arbitrage, et disent que la reine pourra consulter le duc de Bourgogne et Pierre le Chambellan, ou toute autre personne noble Qu'elle voudra; ils la prient de se prononcer avant la Saint-Jean (z4 juin). Clairembault, 1188, p. 19. — 22 avril. Henri III la prie de lui assigner un lieu et un jour où il puisse conférer avec elle sur les différends qui existent entre lui et le comte de Leicester. Rot, claus.y anno 46, m. 12, d. — 27 avril. Il donne à Imbert de Montferrand pleins pouvoirs pour proroger le terme où doit être prononcée la décision de la reine de France. Ibid. — La reine assigne aux
norer son beau-frère \ Devant la cour de France, où il avait fait citer les témoins à charge les plus hostiles à Simon de Montfort, il reproduisit tous les griefs qu'il avait contre lui, les bienfaits dont il l'avait comblé, l'ingratitude dont il avait été payé en retour. 11 rappela qu'à ce cadet sans terres et sans fortune, il avait rendu son héritage légalement confisqué, et donné sa propre sœur en mariage; il lui reprocha l'injuste rigueur avec laquelle il avait traité les Gascons, les obstacles qu'il avait apportés à la signa-r ture du traité de Paris, les troubles qu'il avait fomentés en Angleterre, son mépris pour l'autorité, pour la personne même du roi. — Mais, non plus qu'en 1260, Simon ne se laissa intimider par ces violentes récriminations. 11 répliqua qu'en restituant le comté de Leicester au légitime héritier, Henri III avait simplement fait un acte de justice, qu'Aliénor lui avait été donnée sans dot ; qu'il avait été envoyé en Gascogne avec la mission de réprimer par la force des armes la province révoltée ; qu'une politique de compression lui avait été commandée par les circonstances et que d'ailleurs il était toujours resté dans la légalité ; qu'enfin il avait juré d'observer et de défendre les statuts d'Oxford acceptés par le roi lui-même, et que toutes ses actions avaient été conformes à la justice.
Que croirons-nous du réquisitoire ou de l'apologie? L'histoire entière de Simon de Montfort est là pour répondre à cette question. Certes Simon devait à Henri III de la reconnaissance : il tenait de lui les deux sources de sa fortune, son comté et sa femme. Simon l'oublia trop; si la conduite inconstante et peu franche du roi à son égard l'excuse, elle ne l'absout pas du reproche d'ingratitude. Mais si nous nous mettons au point de vue exclusivement politique et impersonnel, ce n'est pas au roi que l'on peut attribuer le beau rôle. S'opposer à toutes les réformes, même légitimes,
deux parties la date de la Pentecôte (12 juin) pour paraître devant elle en personne ou par procureur. Champollion. Lettres de rois et reines, 1, 136. Shirley, II, 173. -;- Henri 111 quitta Londres le 3 juillet avec sa femme; ses deux fils, Edouard et Edmond, étaient déjà en France. Il y arriva à son tour vers le 8 (Annales de Dunstable, p. 219). Il était le 22 juillet à Amiens, le 16 août à Saint-Germain-des-Prés (Rymer).
1. Pour le procès de 1262, voir la Bévue historique, IV, 276, et plus haut, p. 76.
révoquer tous ses serments, même librement prêtés, prétendre gouverner sans contrôle, même en compromettant le royaume par un favoritisme détesté et par des ambitions ruineuses, voilà en quoi consistait la politique de Henri III ; politique dangereuse, qui poussait inévitablement les barons, quarante ans après la Grande Charte, à la résistance et les provoquait à l'agression. A ce point de vue, le bon droit était certainement du côté de Simon de Montfort.
Mais on ne demandait pas uniquement à saint Louis de se prononcer entre deux systèmes politiques ; sur ce point son opinion était faite ; il le prouvera le jour où le débat, dégagé de toute considération personnelle, lui sera soumis à Amiens. Il avait encore à régler les différends entre Henri III et Simon de Montfort, à concilier deux plaideurs qui voulaient peut-être sincèrement, mais qui ne pouvaient pas se mettre d'accord. Aussi est-il vraisemblable qu'il se récusa. Peut-être enfin la grave maladie qui mit les jours de Henri III en danger* empêcha-t-elle les débats de suivre leur cours régulier; ou bien les conditions imposées par les deux parties furent-elles de telle nature que ni le comte de Leicester ni le roi ne voulurent les accepter? On ne sait. Une seule chose est certaine : aucune sentence ne fut prononcée. Lorsque Henri III fut guéri, les négociations recommencèrent* ; elles n'étaient pas terminées quand il rentra dans son royaume' (20 décembre). Pendant que ses députés importunaient la reine de France*, il ne cessait de dé-
i. Il tomba malade vers la Notre-Dame de septembre. Chron. maj. et vicec, Lond., P- 51- Cf. Rymer, à la date du 30 septembre. La supposition de M. Prothero, que Simon serait venu en Angleterre, en octobre 12b2, ne me parait pas admissible. Page 239.
2. Dans une lettre du 18 janvier 1263, Henri III rappelle à saint Louis Fentretien qu'ils ont eu ensemble à Compiègne • super pace comitis Leicestrie •. Shirley, II, 234. On constate la présence de saint Louis à Chaunij en décembre 1262; c'est sans doute vers cette époque que rentretien eut lieu.