Il revint seulement dans les premiers jours de mars
3. Ce récit est combiné d'après les Annales de Worcester et de Dunstable, la chronique de Risnanger et autres témoignages contemporains.
attend, pour agir à son tour, le résultat de la double expédition conduite par ses fils. Les royalistes de leur côté ne sont pas inactifs : à Henri de Montfort, ils opposent le prince Edouard ; Henri III, de son côté, après d'inutiles conférences à Brackley (fin mars)*, fait excommunier tous ceux qui tenaient pour les statuts d'Oxford *, appelle aux armes la noblesse des comtés', et marche vers le Nord à la rencontre du jeune Simon.
L'espoir que le comte de Leicester avait mis dans ses enfants fut déçu par les événements. Henri de Montfort, qui marchait au devant du prince de Galles IJewellyn*, est en effet arrêté devant Worcester, dont il ne peut forcer le château ; sous les murs de Gloucester il enveloppe avec des forces supérieures en nombre la petite armée du prince Edouard, mais il commet la faute, non seulement d'accorder une trêve aux prières de son cousin, mais encore de se retirer tranquillement au château de Kenilworth\ Edouard profite de cette retraite intempestive , rompt la trêve, reprend Gloucester où il fait un grand nombre de prisonniers, et revient trouver son père à Oxford, laissant
1. Rymer, à la date des 13 et 20 mars 1264. Il faut sans doute en* tendre Brackley, situé près de Buckingham, à 25 kilomètres environ au nord d'Oxford. La Chronique des maires de Londres mentionne une conférence à Oxford, le 27 mars.
2. Annales de Dunstable. Le 16 mars, le pape Urbain IV confirme le dit d'Amiens. Rymer.
3. Le rôle des lettres closes mentionne Tappel de plus de 130 barons en armes, des gens fournis par le clergé, de la milice (6 mars); ils sont destinés à marcher contre les Gallois. — Le môme jour, divers seigneurs du Nord sont invités à venir trouver le roi avec la plus grande célérité et suivis du plus grand nombre d'amis possible ■ in negociis regni arduissimis que rex eis exponet •. — Le 18 mars, autre convocation adressée à 1 10 barons environ : c cum jam in regno nostro gravissima turbacio sit suborta, ex qua periculum regni et corone (quod absit!) de fç^cili possit imminere... * (Bot. claus,, anno 48, m. 7, d.). — Le 20 mars, sont convoqués les hommes libres et chevaliers des comtés (7?o^ pat.j anno 48, m. 18 d.).
4. Dès le début de la campagne, nous voyons Simon allié au prince de Galles. Rishanger, p. 20. Le 4 février, Henri III mande aux snériffis de Worcester, Shrewsoury, Stafîord et Gloucester, de faire couper tous les ponts sur la Severn, sauf celui de Gloucester, couler et détruire toutes les barques, obstruer tous les gués et autres passages, rendre enfin impossible à certains barons de passer dans le pays de Galles, ou à ceux qui ont déjà été rejoindre Llewellyn, de rentrer avec lui en Angleterre. Bot. claus.y anno 48, m. 7 d.
5. Annales de Worcester, p. 448, et de Dunstable, p. 228, Rishanger, p. 21.
Cr. BÉMO!<rT. Simon de Mont fort, 14
à Guillaume de Valence ^ le soin de ravager le pays. Henri de Montfort se trouve ainsi coupé de ses allies gallois par une armée victorieuse, et réduit à l'inaction. Son frère cadet est plus malheureux encore : il venait d'entrer dans Northampton, après avoir chassé devant lui les bandes pillardes que commandait Roger de Mortimer'; l'armée royale part d'Oxford le 3 avril, et arrive le lendemain soir devant la ville; une première attaque, tentée sur-le-champ, est repoussée; mais le 5 au matin, les assiégeants, guidés par le prieur de Saint-André, escaladent les murs en passant par le prieuré, et s'emparent de la place après un violent combat * : malgré des prodiges de valeur, le jeune Simon est pris ; le dimanche, 6 avril, le château capitule à son tour, et livre aux vainqueurs un nouveau contingent de prisonniers*. L'armée royale peut alors aller porter le ravage sur les terres du comte de Leicester ' et de ses partisans ; elle se recrute en passant d'un bon nombre de combattants que le succès leur amène.
Le comte de Leicester avait un moment pensé à courir au secours de son fils cadet, et s'était avancé jusqu'à Saint- Alban; mais, rappelé à Londres par la nouvelle d'une conspiration qu'il réprima cruellement *, et voyant le roi
i. Le 29 février 1264, de Lon^ont, Alfonse de Poitiers mande à ses sénéchaux de Poitou et de Saintonge de ne pas s'opposer au passage de Guillaume de Valence, chevalier, et du comte de Varenne en Angleterre, en Irlande ou au pays de Galles, avec des gens d'armes et des chevaux. Il ne fait par là qu'exécuter l'ordre que son frère le roi de France vient de lui envoyer. Bibl. nat., Dupuy, 805, fol. 95.
2. Après avoir fait excommunier tous ceux qui tenaient pour les statuts d'Oxford et expulsé de la ville les clercs, c'est-à-dire sans doute les élèves de l'Université. Rishanger, Chronica, éd. Riley, p. 20. Cette môme chronique donne aussi la liste des principaux chefs de l'armée royale .
3. Voir un plan de cette partie de Northampton dans le Journal of ihe brit. arch, Association^ VIII, 67.
4. Rishanger, Chron. de Bellis, p. 23. Annales de Dunstabie, p. 229, et de Wykes, p. 144. — Cf. les extraits de chroniques inédites donnés par Halliwell dans les notes de son édition de Rishanger, p. 124.
5. Le roi entra dans Leicester même, ■ méprisant une ancienne su-
Serstition qui faisait qu'autrefois les rois n'osaient pas même la regarer i. Wykes, 146.
6. Plus de 400 juifs furent massacrés; on épargna auelaues-uns des plus âgés pour leur faire leur procès. Un certain nombre de bourgeois furent pris comme otages (Annales de Dunstabie, p. 230). Les Annales de Wykes rapportent que Simon gagna gros au pillage des biens des juifs, p. 146. — Londres s'était tout à fait déclarée contre le roi en
s'enfoncer davantage dans le Nord, il alla se jeter sur Rochester, ville forte, qui commandait en partie l'embouchure de la Tamise et la route de Londres à Canterbury et à Douvres. Un heureux coup de main le rendit maître de la ville, qui fut livrée au pillage pour punir Tévêque, Laurent de Saint-Martin, ancien conseiller et chapelain de Henri III. La cathédrale fut profanée, dépouillée de ses ornements, convertie en écurie ; beaucoup de moines furent tués. Pour comble de maux, la ville dut nourrir et loger les vainqueurs, qui avaient mis le siège devant le château*.
Cette diversion ramena le roi en toute hâte du côté du Sud ; Simon n'osa l'attendre, et rentra dans Londres (4 mai), mais pour en ressortir presque aussitôt : le roi venait en effet de s'emparer sans coup férir de trois des villes qui composaient le groupe des Cinq- Ports ; en même temps sa femme, la reine Aliénor, sans se laisser rebuter par les froideurs qu'elle rencontrait à la cour de France, déployait une grande activité ; une armée de secours était concentrée en Flandre, aux ports de Damme et de Bruges". Il fallait prévenir â tout prix l'arrivée de ces renforts ; aussi dès le 6 mai Simon quitte-t-il Londres ; il rencontre l'armée royale le 12, non loin de la petite ville de Lewes".
Avant d'engager la bataille, dont rien ne pouvait faire présager le résultat, les deux partis entrèrent en pourparlers. Les barons firent écrire au roi : « L'expérience a prouvé que plusieurs de vos conseillers vous ont fait croire des mensonges à notre sujet ; sachez pourtant que nous
jetant en prison les juges du roi et les barons de TÉchiquier. Rishanger, éd. Ffiley, p. 21. cf. Chronic. Maj, et vicecom. London,^ p. 62: les bourgeois de Londres, les barons des Cinq-Ports, presque tout le moyen peuple de l'Angleterre étaient soulevés contre Henri ÏII. — Cf. Halhwen, loc. cit. p. 125.
1 . Annales de Dunstable, p. 230. Chronique des maires de Londres, p. 62. Monasticon Anglicanum^ I, 156. Cf. Halliwell, loc. cit., p. 126. — Pour toutes ces opérations militaires, voyez d'ailleurs Blaauw, The barons' war, et Protnero, Simon de Monfort. Rishanger fait un grand éloge des talents militaires de Simon de Montfort : ■ vir in omnibus circumspectusv*. exemplum relinquens Anglicîs qualiter circa castrorum assultationem agendum sit, qui penitus hujus modi diebus illis fuerant ignari. • Chron. de Beltis, p. 25.
2. Annales de Waverley, p. 355, et de Wykes, p. 155. Correqwndance d'Alfonse de Poitiers, aans Boutaric, p. 108, 111.
3. La chronique de Battle permet de tracer, avec quelque précision, la marche de Tarmée royale, au moins dans le Sussex. Voyez à l'Appendice.
avoDS le sincère désir de rester fidèles à votre personne ; nous ne songeons à combattre que nos ennemis, qui sont en même temps ceux de l'État S) . La lettre était scellée des sceaux des comtes de Leicester et de Gloucester*. Les conseillers auxquels elle faisait allusion firent répondre sous le nom du roi : « Que la guerre allumée dans tout le royaume, les incendies, les pillages dirigés contre les serviteurs du roi, prouvaient au contraire que Simon, Gilbert de Clare et leurs complices étaient les pires ennemis de la couronne » ; et pour mieux accentuer davantage cette déclaration, le roi d'Allemagne et le prince Edouard firent, le lendemain 13 mai, défier les comtes de Leicester et de Gloucester. Les évêques de Worcester et de Londres essayèrent cependant encore de s'entremettre, mais ils étaient eux-mêmes trop engagés dans la cause des barons pour qu'on les écoutât'.
Le 14 mai au matin \ les deux armées se rangent en bataille. Les forces étaient à peu près égales de chaque côté : si les royalistes étaient plus nombreux, ils étaient aussi plus fatigués ; ils avaient été sans cesse harcelés par les archers gallois répandus dans la région assez accidentée qui s'étend entre la mer, la Tamise, Rochester et I^ewes ; ils y avaient aussi beaucoup soulFert de la faim. L'armée des barons au contraire s'était reformée à Londres au moyen de troupes fraîches, et elle était arrivée en parfait état. Enfin les habiles dispositions prises par le comte de Leicester contribuèrent à donner la victoire aux troupes les plus reposées. Au centre, sur le haut d'une colline qui domine le reste de la plaine, Simon plante ses étendards pour faire croire qu'il occupe cette forte position avec le
i. Rishangcr, Chron. de Bellis^ p. 27.
2. Le comte de Gloucester était alors Gilbert de Clare; son père, Richard, était mort en juillet 1252. Cf. Commission of historicat manuscripts, 5« rapport, p. 454 : on y trouve l'analyse de six documents relatifs à la guerre des barons. Cf. D. Hardy, Descriptive Catalogue j
III, no.