‹ Simon de Montfort, comte de Leicester: comte de Leicester, sa vie (120?-1265Chapitre 157 sur 232 · C'est l'hypothèse de M. Milman. Lat, Christianity · texte numérisé non relu

C'est l'hypothèse de M. Milman. Lat, Christianity

4. M. Webster a récemment mis en avant cette théorie, dans un mémoire paru d'abord en français dans le Bulletin de la Société des iciences et arts de Bayonne, puis en anglais dans The Antiquary (juin

de son génie. Comme on Ta déjà vu en 1213 les représentants roturiers des villes, en 1254 et en 1264 les représentants nobles des comtés avaient été extraordinairement appelés auprès du roi, dans les mêmes formes où ils étaient régulièrement appelés soit aux cours des centaines, soit aux cours mensuelles du shériff, soit aux assises tenues par les juges itinérants. Ils venaient exercer en présence du souverain des fonctions analogues à celles qu'ils exerçaient dans le comté en présence du shérifT. C'était comme un grand jury national d'enquête qui se constituait ainsi dans les circonstances les plus solennelles .

Le Parlement complet de 1265 n'est donc pas une création. Ce n'est pas davantage une institution régulière que Simon de Montfort avait songé à établir. Le traité entre le roi et les barons, que le Parlement vient de ratifier avec un appareil inaccoutumé , remet en vigueur la constitution oligarchique de 1264, qui a pour base la constitution aristocratique de 1258. Il n'a pas d'autre portée. Après le 14 février, les représentants des communes rentrent chez eux, et ils y resteront. Ils ne se plaindront pas d'être rendus à cette vie locale dans laquelle sont concentrés tous leurs intérêts et où, de temps immémorial, ils sont habitués à s'administrer eux-mêmes, parce que ces convocations leur apportaient plus de charge que de profit. Simon songe si peu à faire des communes un élément régulier du Parlement, l'assemblée de 1265 est si bien à ses yeux une réunion extraordinaire, qu'au mois de juin suivant, lorsqu'il convoque le Parlement en session ordinaire, on n'entend plus parler des représentants des communes ; les hauts barons et les prélats seuk y assistent. Pour que les communes prennent une place régulière dans le Parlement, il faut que la royauté y trouve son profit, qu'elle sente le besoin d'associer d'une façon régulière la nation aux efforts de sa politique intérieure et extérieure. C'est ce qui eut lieu sous Edouard P% à la même époque où la monarchie française, sous Philippe le Bel, subissait aussi cette transformation féconde. La situation de l'Angleterre n'était plus, à la fin du xiii' siècle, la même que cent ans auparavant. A côté de l'aristocratie féodale, qui avait défendu ses privilèges les armes à la main

et août 1883). M. À. Lavergne en a donné une analyse dans la Revue de Gtucogne, avril 1884.

et qui les avait gardés, les roturiers des villes étaient lentement devenus un pouvoir dans TÉtat. Le traité de 1259, la fin des Croisades, la concentration des forces gouvernementales dans les royaumes agrandis de l'Occident, avaient rendu au commerce une sécurité inconnue depuis longtemps, et des capitaux considérables tant de fois engloutis dans de stériles aventures. Sans secousses violentes, les villes s'étaient affranchies, et la royauté devait désormais compter avec elles, comme jelle avait dû compter avec la noblesse féodale. Jean sans Terre et Henri III avaient méprisé les obstacles que ces pouvoirs, l'ancien et le nouveau, apportaient à leur pouvoir absolu; une double révolution les avait fait reculer. Mais les révolutions ne fondent pas ; elles détruisent les institutions vieillies du passé et jettent des semences pour l'avenir; c'est ensuite aux politiques avisés qu'il appartient de raffermir la société sur des bases nouvelles en donnant satisfaction aux besoins nouveaux. Edouard I", moins aveugle que son père et que son aïeul, le comprit. Engagé dans des entreprises vraiment nationales : la lutte contre Boniface VIII, la guerre contre la France, l'extension du royaume en Galles et en Ecosse, il sentit la nécessité d'associer d'une façon permanente toute la nation à son œuvre. La représentation des communes qui, en 1213 et en 1265 n'avait été qu'un expédient, devint la règle depuis 1295. Le Parlement d'Angleterre achève ainsi de se constituer au moment où les premiers Etats-Généraux sont assemblés en France. Le véritable créateur de la chambre des communes, c'est le politique Edouard P% ce n'est pas le révolutionnaire Simon de Montfort.

Est-ce à dire que le comte de Leicester n'ait vu, dans la réunion du grand Parlement, qu'une simple formalité, qu'une machine à enregistrement? Je ne le pense pas. Depuis le commencement des troubles, il avait fait alliance avec le parti populaire, recruté surtout parmi les bourgeois des grandes cités et bourgs de l'Angleterre, tels que Londres et les Cinq-Ports, villes enrichies par le commerce, souvent mises à contribution par le roi, soucieuses par conséquent de la paixpubUque, et intéressées à contrôler la politique royale. Esprit actif et réfléchi, mûri par l'étude théorique des principes du gouvernement, non moins que par l'expérience des affaires, ij avait compris

quelle force il trouverait dans ces communautés fabricantes et marchandes, quelle autorité morale leur adhésion pouvait donner à ses projets. Faudrait-il aller plus loin et faire de Simon de Montfort une sorte de héros de la démocratie î Non certes. SU combattit pour les libertés du peuple, il ne trouva pas de meilleures garanties pour elles qu'une constitution aristocratique. Lier les mains au pouvoir royal en imposant au souverain un conseil composé des principaux personnages du royaume et rattaché élroitement à l'assemblée ordinaire des prélats et des grands, ce fut le dernier mot de son programme politique. Après Evesham il fut honoré comme un martjr, et le menu peuple des campagnes lui attribua de nombreux miracles; cela prouve seulement que le nom qu'il avait porté avec tant d'éclat, la cause qu'il avait défendue avec tant d'énergie étaient populaires; la grandeur héroïque de ses derniers moments et l'odieux acharnement des vainqueurs sur son cadavre ébranlèrent fortement les imaginations des bonnes gens. Son œuvre enfin ne périt pas avec lui tout entière; en l'associant à ses luttes, il avait donné à la bourgeoisie la conscience de sa force et préparé ainsi son avènement politique ; mais il n'en reste pas moins le représentant le plus vrai de l'aristocratie anglaise soulevée contre la royauté.

La constitution une fois acceptée par le Parlement de Londres, il fallait la porter à la connaissance de tous. On ne se hâta pas de remplir cette suprême formalité : c'est seulement le 10 mai que, de Hereford, Simon invitales shériffs à faire lire publiquement la Grande Charte, la Charte de la Foret, et les Articles de Londres; des enquêteurs devaient en outre aller s'assurer si ces ordres étaient fidèlement exécutés*. Quant aux otages que s'était fait livrer le comte de Leicester, on se hâta moins encore de les mettre en liberté; le prince Edouard ne parvint à obtenir son indépendance qu'en prenant la fuite". Simon de

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