Green, Lives of the princesses of England, II
4. A la date du 7 juin 1237, on lit dans une lettre de Henri 111 : < Sciatis quod assignatlonem et ordinationem quam dilectus et fidelis noster S. de M. fecit de ducentis libris, in quibus Ranulfo comiti Cestrie et Lincolnie tenebatur, Petro duci Britannie, et quas absque occasione concessimus liberari eidera duci vel certo nuncio suo per manus executorum predicti comitis, ratam et gratam habemus, secundum tenorem litterarum quas idem Symon fieri fecit predicto duci. • Shirley, Boyal letters, II, 379. Cette lettre doit être mise au dossier de raffaire dont il est question ici, mais elle ne contribue pas à la débrouiller.
soigneux. Ne pouvant payer, et d'autre part ne voulant pas attirer sur sa télé les foudres pontificales, il donna pour caution le roi Henri III lui-même, mais, à ce qu'il paraît, sans le consulter. Cette manœuvre lui fit gagner du temps ; puis la créance passa, nous ignorons comment, aux mains de Thomas de Savoie, époux de la comtesse de Flandre et oncle de la reine d'Angleterre*. Ce dernier, sans cesse engagé dans des entreprises ruineuses tant en Savoie qu'au dehors, réclama maintes fois au comte de Leicester ce qu'on lui devait, puis finit par s'adresser au roi lui-même, puisqu'il avait répondu de la dette. Un jour, le 2 août 1239, on célébrait en grande pompe, à Westminster, les fêtes des rele vailles de la reine*. C'est à ce moment sans doute que Henri III apprit que Simon l'avait donné comme caution. Furieux contre lui, il l'interpella violemment au milieu même de la fête, et le somma de payer sur-le-champ à l'oncle de la reine la somme tant de fois réclamée. Simon demanda qu'auparavant on l'entendît en justice « comme le plus pauvre homme du pays » ; mais le roi, que la colère aveuglait, l'accabla d'invectives, l'accusa d'avoir séduit la comtesse Aliénor — accusation au moins déplacée en un tel lieu et pour un pareil motif, — le traita d'excommunié, le chassa de sa présence, et donna l'ordre à « la commune » de Londres d'aller le saisir dans son hôtel. Le comte de Comouailles, qui assistait à cette étrange scène et qui s'était sincèrement réconcilié , avec son ancien adversaire, ne voulut pas souffrir que la fête fût troublée par cette violente exécution. A sa prière, le comte et la comtesse revinrent devant le roi, mais celui-ci renouvela ses injures. En présence de' cette irritation croissante et des réels périls
1. Thomas I", comte de Savoie, eut dix enfants, parmi lesquels Amédée IV, qui lui succéda (1232-1*253) ; Thomas, dont il est question ici ; Guillaume, évêque élu de Valence, en Dauphiné quMl ne faut pas confondre avec le fils de Hugues X, comte de la Marche) : Pierre, dont il sera souvent question dans le présent travail ; enfin Boniface qui devint plus tard archevêque de Canterbury. — Voy. Wùrstemberger, Peter II Graf von Savoyen (Berne, 1858, 4 vol.), ouvrage rempli de précieux renseignements sur cette famille. On peut voir une ap<)logie de Boniface par d. Pitra dans les Archives des Missions^ I, 499 ; voyez aussi une médiocre brochure de C. Vassallo : Pietro II di Savoia, detto il piccolo Carlomagno (Asti, Vinassa, 1873).
2. Elle avait accouché le 16 juin de son fils aîné, Edouard ; le comte de Leicester avait été un des parrains de Tenfant, le futur vainqueur dT.vesham (Mat. Paris, HI, 539).
qu'un plus long séjour en Angleterre pouvait lui faire courir, Simon se retira^ descendit sans tarder la Tamise dans une barque avec sa femme et quelques serviteurs, puis monta sur un navire pour passer Ja mer, et se retira en France*.
Peu de temps après, arrivait d'Orient la nouvelle d'un grand désastre : la chevalerie française avait été vaincue à Gaza (13 novembre 1239), beaucoup de barons avaient été tués, d'autres faits prisonniers, et parmi ces derniers le connétable Amauri de Montfort, qu'on avait vu si peu de temps auparavant en Angleterre*. L'émotion fut vive dans tout l'Occident, et une croisade fut résolue. Simon fut un des premiers à prendre la croix. Une lettre de l'infortuné Amauri à sa femme, qui la transmit au comte de Cornouailles, décida Richard à faire de même. Leur exemple entraîna un grand nombre de chevaliers anglais qui déjà, dans une réunion tenue à Northampton (11 novembre 1239), avaient juré de partir avant l'an révolu pour la Terre-Sainte.
En avril 1240, Simon revint en Angleterre; la gravité des circonstances fit oubUer les querelles privées, et le comte de Leicester fut accueilli avec courtoisie par le roi '; il se procura au prix des plus grands sacrifices l'argent nécessaire à une expédition si longue et si lointaine, et quitta l'Angleterre en même temps que Richard, chef de l'expédition*; mais il ne s'embarqua pas avec lui à Marseille. A la tête d'une division de l'armée, il continua par la route de terre, traversa la Lombardie, arriva en Fouille, et s'embarqua enfin à Brindisi. La comtesse de Leicester,
1 . Pour toute cette affaire, voir Mat. Paris. III, 566 ; son récit est précisé et commenté par une pièce publiée à l'Appendice, n© 34. Enfin mentionnons aussi un acte très important conservé aux archives départementales du Nord, et dont M. Dehaisnes a donné l'analyse dans son Inventaire de Vancienne Chambre des Comptes de Lille, p. 270. On la trouvera in extenso à l'appendice n® i. M. Prothero discute tout au long, p. 48 et suiv., les causes de la querelle, mais il n'a connu aucun des actes que nous venons de produire. Ce qu'il dit ne manque cependant pas d'intérêt.