‹ Simon de Montfort, comte de Leicester: comte de Leicester, sa vie (120?-1265Chapitre 161 sur 232 · Stubbs, Select Charters, p · texte numérisé non relu

Stubbs, Select Charters, p

Edouard était humilie de servir de garantie aux projets ambitieux de Simon de Montfort. Il avait alors vingt-six ans, et, depuis qu'il était en âge de réfléchir et d'agir par lui-même, il avait été assez maltraité par son oncle et parrain, soit dans son gouvernement en Gascogne, soit depuis la bataille de Lewes. Malgré le traité ratifié par le grand Parlement de 1265, il était encore prisonnier de Simon de Montfort, aussi n'avait-il plus qu'une pensée, celle de s'échapper, de réunir les membres épars du grand parti royaliste, et d'arracher de vive force au comte de Leicester le prix de ses victoires. Il s'entendit certainement avec Gilbert de Clare, qui avait de son côté des intelligences secrètes avec Mortimer et Cliflford. Gilbert avait placé auprès du prince son propre frère, Thomas de Clare, qui, par amitié, partageait la captivité déguisée d'Edouard. Un jour, c'était le 28 mai, comme le roi était à Hereford, les deux jeunes gens sortirent de la ville pour aller à la chasse. Ils étaient accompagnés d'une troupe nombreuse où ils comptaient peut-être des amis cachés, mais un plus grand nombre de surveillants. Ils feignirent d'abord de se laisser entraîner à la poursuite du gibier, puis, quand ils se virent assez loin de leurs gardiens, ils s'élancèrent à fond de train à travers la campagne * ; poursuivis avec ardeur, ils rencontrèrent à point nommé les gens de CUiford et de Mortimer embusqués non loin de la ville, qui protégèrent leur retraite : Edouard était libre ! Le lendemain, Gilbert le rejoignit à Ludlow, et, s'il faut en croire les Annales de Wykes, il fit jurer au jeune prince de maintenir les bonnes chartes et coutumes, de chasser les étrangers et de n'ad-> mettre au conseil que des Anglais*. Il s'appropriait ainsi les idées du comte de Leicester et montrait par là qu'il s'était séparé de lui, moins par des questions de principe que par des raisons d'ambition personnelle et de jalousie.

, i. Le moine de Battis raconte autrement cette fuite; d'après lui, Edouard, sorti de Hereford pour aller à la promenade, se serait diverti d'abord à manéger d',excellents coursiers; puis, quand il en eut trouvé un agile et robuste (Edouard était d'une taille lort au-dessus de l'ordinaire), il s'échappa. — Cf. le récit de H. de Silegrave, édit. Hook, p. 104.

^. La plupart des chroniques du xiii* siècle parlent de l'évasion d'Edouard. Uymer, à la date des 30 mai, 7, 8, 28 juin ; Shirley, Boyal letters^ II, 288.

Politique aveugle, il ne voyait pas que la ruine de Simon de Montfort ne profiterait, ni à lui, ni à sa cause. Quant aux promesses faites par le prince, c'est le roi Edouard P' qui devait les tenir, mais au profit de la couronne, et non à l'avantage d'un parti.

Dans une guerre en Galles, la défection du comte de Gloucester était dangereuse pour Simon de Montfort; un moment il se trouva fort pressé par son ancien allié, qui faillit enlever le roi dans Hereford même\ Ce coup de main n'ayant pas réussi, les coalisés marchent sur Worcester, qui se rend sans résistance, coupent les ponts, défoncent les gués de la Sevem, enlèvent d'assaut la ville et le château de Gloucester dont ils s'empressent de réparer les fortifications. De son côté, Simon épuise tous les moyens de résistance; il fait excommunier le prince Edouard, qu'on pouvait en réalité accuser de violer les articles de Londres (8 juin)'; il ordonne à Jean d'Eyville et autres vassaux du roi, de rassembler leurs troupes, et de se tenir prêts à marcher contre Edouard % au maire et aux baillis de Bristol de repousser toute attaque du prince contre leur ville*; au garde de la paix dans le comté d'York, et sans doute aussi dans les autres comtés, d'arrêter les rebelles et d'appeler aux armes les gens de leur bailliage ^ Quant à lui, bloqué dans Hereford, et coupé de sa ligne de retraite par le cours de la Severn qu'occupe l'ennemi, il cherche un passage vers le sud-est. Par une marche rapide, il espère passer le fleuve du côté où on l'attend le moins, en face de Bristol, et avec l'appui de la garnison de cette importante cité. Il arrive en effet à Newport, au confluent de la Wye et de la Severn, et ordonne qu'on lui envoie de Bristol tous les bateaux de transport disponibles ; mais ces derniers sont attaqués par trois galies aux ordres du comte de Gloucester, et ceux qui les montaient sont repoussés avec perte. Arrêté

1. Pour tout ce récit, ce sont les Annales de Wykes qu'il faut surtout suivre.

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