‹ Simon de Montfort, comte de Leicester: comte de Leicester, sa vie (120?-1265Chapitre 22 sur 232 · II · texte numérisé non relu

II

Un pays aussi troublé devait exciter les convoitises des voisins. Au sud, le roi de Navarre* faisait de continuelles incursions dans la riche vallée de l'Adour ; il était appuyé par la noblesse du Béarn et du Labour qui, suivant leurs intérêts du moment, prêtaient hommage au roi d'Angleterre ou au roi de Navarre. L' Aragon et la Castille' prétendaient avoir des droits sur la Gascogne elle-même. Enfin l'on pouvait craindre le roi de France qui, naguères (en 1242), s'était avancé en vainqueur presque sous les murs de Bordeaux.

Henri III avait pu juger par lui-même de l'intolérable turbulence de ses- sujets gascons et mesurer la grandeur du péril que courait la province, si l'on ne prenait des mesures énergiques pour y rétablir l'ordre. N'avait-il pas été obligé de faire enlever d'assaut, à quelques lieues de la capitale, l'église de Veyrines', où s'étaient barricadés les détrousseurs de grand chemin, que sa présence n'intimidait guère ? N'avait-il pas dû marcher de sa personne contre le roi de Navarre, et faire assiéger le château de Gramont ? A quoi bon d'ailleurs ? Après avoir dépensé tout son argent et emprunté à plusieurs bourgeois des sommes considérables, il avait quitté la province sans l'avoir pacifiée. Après son départ, des soulèvements éclatèrent de toutes parts. Le roi Thibaut reprit les armes, il fut arrêté par le sénéchal Nicolas des Meules (1244); mais celui-ci fut remplacé trois ans après par Guillaume de Bueil « beau parleur comme tous les Normands^ » , d'ailleurs incapable. Gaston de Béarn put alors ravager impunément les terres de ce même Henri III qui, deux ans plus tôt, l'avait comblé de présents;

\ . Thibaut IV le chansonnier, comte de Champa^e, avait en 1234 succédé à son oncle Sanche VII, roi de Navarre. Voy. Arbois de Jubainville. Hist, des ducs et comtes de Champagne. IV, 265.

2. Les prétentions de la Castille sur la Gascogne venaient du mariage d'Aliénor, fille de Henri II d'Angleterre, avec le roi de Castille Alfonse VIII (1170). En 1248, c'est Ferdinand III le Saint qui régnait en Castille. Le roi d'Aragon, Jacaues I»', pouvait aussi invoquer les droits de sa femme Aliénor, fille d'Àlfonse IK de Castille et ae Bérengère, laquelle était de son côté la fille aînée d'Alfonse VIII et d'Aliéner d'Angleterre.

3. Mat. Paris, IV, p. 236. Cf. Bévue critique, 1879, premier semestre, p. 188. La tour de Veyrines est classée parmi les monuments historiques.

4. c Juxta morem patrie sue, qui Neuster erat, magniloquus. • Mat Paris, IV, 630 ; cf. 3%.

Dax fut une de ses victimes- . Les vicomtes de Gramont, de Seule y de Tartas, ses vassaux ou alliés, s'entendirent avec les Navarrais pour dévaster le Labour V De là les troubles s'étendirent peu à peu dans tout le pays : presque aux portes de Bordeaux, Bertrand de Bouville, Bernard de Podensac, Guillaume-Séguin de Rions promenèrent Tincendie sur les terres les uns des autres ; la ville de Blay e fut disputée à main armée par Amauvin de Vayres et le vicomte de Fronsac'. La Réole, Castillon, Bazas furent déchirées parla guerre civile.

Cette situation troublée était fâcheuse à tous égards; surtout elle entravait le commerce, source féconde de richesses, tant pour l'Angleterre que pour la Gascogne. Henri III résolut d'en finir. Il donna des pouvoirs extraordinaires à Richard de Grey, chargé de rétablir l'ordre dans la province* ; mais ce personnage, qui n'était pas le premier venu, et que nous retrouverons plus tard parmi les zélés partisans de Simon de Montfort, fut bientôt reconnu, ou se reconnut lui-même inférieur à cette lourde tâche, et l'on s'adressa au comte de Leicester.

Simon n'accepta pas sur-le-champ ; peut-être craignait-il les difficultés de l'entreprise ; peut-être voulait-il tout simplement se faire prier pour imposer ensuite ses conditions. Aux prières du roi, il fallut que la reine joignît les siennes', et c'est seulement alors qu'Û céda. Tout ce qu'il demanda, il l'obtint (1" mai 1248) : gouvernement de la Gascogne pendant sept années, disposition Ubre et sans contrôle des revenus de la province ; l'argent qu'il dépenserait pour réparer les châteaux du roi ou en construire de nouveaux. lui serait remboursé au bout des sept ans de garde ; enfin, s'il était attaqué par un des quatre rois voisins de la Gascogne, on lui fournirait les secours nécessaires. 2000 marcs lui étaient donnés pour l'entrée en campagne, et le roi promit

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