Adam de Marsh, lettre 30 ; Mat. Paris, V
ehal infidèle le gouvernement de la Gascogne. Simon avait si souvent violé ses promesses qu'il ne méritait pas qu'on lui tînt parole. A ces mots» Simon de Montfort se lève» furieux, et à la face de Henri III, il lui déclare qu'il en a menti! Que, si le respect de Tautorité royale ne l'arrêtait pas, il lui ferait, à la maie heure, rentrer ces mots dans la gorge! « Es-tu chrétien, ajoute-t-ilî T'es-tu jamais confessé? » — « Oui certes! » répond le roi. — « Eh! réplique le comte, qu'est-ce qu'une confession sans pénitence?» Comme s'il disait : « Tu as souvent menti, tu t'en es confessé, mais à quoi bon, si tu mens encore ! » Le dévot Henri III sentit l'ironie de ces paroles : « Si j'ai jamais eu à me repentir d'une action dans ma vie, s'écria-t-il, c'est de t'avoir laissé mettre le pied en Angleterre, c'est de t' avoir permis d'y posséder des biens et des dignités ! » Des amis s'interposèrent et les empêchèrent d'en venir aux mains.
Le calme rétabli, on déhbéra. Simon demanda qu'on le renvoyât en Gascogne : que le roi montre de la fermeté, qu'il impose le silence aux factions, et l'on pourra gouverner le pays avec douceur; si les Gascons persistent dans leur obstination, qu'on donne au lieutenant du roi des troupes en nombre suffisant, et il saura bien les dompter. D'ailleurs il se déclare prêt à résigner son commandement « si les prélats, les grands et les conseillers du roi y consentent » . Notons ce point; c'est la première fois qu'on voit nettement Simon de Montfort opposer l'autorité du Parlement à celle du roi, déclarer que les hauts fonctionnaires de l'Etat sont justiciables du Parlement plutôt que du roi; le comte de Leicester est désormais acquis au parti aristocratique.
De son côté, Henri III ne pouvait admettre de pareilles prétentions. Rien à cet égard ne limitait encore ses droits ni sa liberté ; mais il n'osa pas heurter de front ses conseillers. Il laissa partir Simon pour la Gascogne sans lui avoir fait connaître sa volonté pour le présent ni ses desseins pour l'avenir * ; peut-être même essaya-t-il de lui tendre un piège, et de lui préparer en Gascogne une guerre où il espérait bien le voir succomber, afin de se donner ensuite le facile honneur de pacifier le pays que sa faiblesse et ses intrigues avaient