‹ Simon de Montfort, comte de Leicester: comte de Leicester, sa vie (120?-1265Chapitre 5 sur 232 · VIJ · texte numérisé non relu

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qui n*ëtait pas sans mérite, M. Hartshorne, ne s*était pas laissé tromper par des ressemblances de noms toutes fortuites. On a trouvé au xvu° siècle, dans une des chapelles du chœur de Téglise d*Hughenden plusieurs plaques tombales en cuivre; une d'elles, la plus ancienne, représente un homme avec le costume militaire de la fin du xiii** siècle. Une inscription donne à cette effigie le nom de Richard de Wellesborne de Montfort, le môme de qui émane, assure-t-on, la charte citée plus haut. Après Evesham, Richard aurait pris le nom de Wellesborne, d'un fief que lui apporta sa femme Marie de Dampierre, et vécu à Wreck Hall d'Hughenden où il aurait fait souche ^ Le malheur est que la charte, suspecte à bon droit à Nichol, ne peut être vraie ; Hartshorne avoue lui-môme qu'il n'a pu la retrouver, malgré les indications fournies par Nichol. Il est certain en outre que le fief de Wellesborne appartenait au xui° siècle à la famille de Pierre de Montfort (de Beaudésert) ami du comte de Leicester, mais non de sa famille*. Il n'empêche que de bons esprits ne sont pas encore convaincus. En se plaignant de certains plagiats *, M. Hartshorne revendique l'honneur d'avoir fait la lumière sur les effigies de Hughenden. Il pouvait se laisser voler cette explication.

§ 2. Lettres et Chroniques.

Nous possédons deux recueils épistolaires très importants pour l'histoire de Simon de Montfort; P les lettres de Robert Grossetéte, évoque de Lincoln; 2"- celles d'Adam de Marsh. Les premières roulent, il est vrai, pour la plupart sur des matières ecclésiastiques, sur les démêlés de l'évoque avec son chapitre, sur la résistance qu'il oppose au roi lorsque celuici prend pour juges itinérants des clercs ou des moines , etc. ; mais la vie du célèbre évoque de Lincoln a été si intimement mêlée à celle de Simon, l'influence intellectuelle et morale exercée par le prélat sur le comte a été si considérable, que sa correspondance doit être étudiée avec soin.

On est mieux récompensé de ses peines quand on aborde celle d'Adam de Marsh. Adam était un franciscain, « docteur

1. Voy. l'art, de Hartshorne dans The archœol. Journal^ t. XXXIV

(1877), p. 279 et suiv.

î. Voy. par exemple ce passade de la Testa de Nevill^ p. 83 : « De Welesburn. Petrus de Monteforti, pro feodo militis unius. . . »

3. Dans VAlhenaeunif n» 2834, février 1882, au sujet de rhistoiro d'hughenden insérée par M. Downs au t. V des Records ofBuckingham shire.

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fameux et distingué en théologie »; lorsque l'élection de Tévêque d'Ely fut cassée en 1257, Tarchevôque de Ganterbury nomma au siège vacant Adam de Marsh; mais après appel au Pape, Henri de Wengham fut définitivement élu. Adam fut un des amis les plus intimes du comte de Leicester ; aussi ses lettres nous donnent-elles des renseignements précieux sur la vie privée du comte, sur sa femme, ses enfants, ses amis, ses idées, ses projets. Par malheur, le style du bon franciscain est étrangement entortillé, et parfois des faits, ceux-là môme que nous aurions le plus d'intérêt à bien connaître, sont enveloppés d'une obscurité voulue et presque impénétrable * .

Les chroniques où Ton doit puiser pour l'histoire de Simon de Montfort sont nombreuses, et quelques-unes ont une importance de premier ordre. Je n'étudierai que les chroniques anglaises, parce que presque tous les faits rapportés dans les chroniques étrangères (Aubri de Troisfontaines, Primat, Nangis, etc.) nous sont déjà connus par les écrivains insulaires, ou bien n'ont pas une autorité suffisante. Môme en restreignant ainsi les recherches, le champ ne laisse pas d'ôtre encore très vaste et très fertile*.

Mathieu Paris occupe sans contredit le premier rang parmi les chroniqueurs anglais au moyen âge. Pour la biographie de Simon de Montfort, son importance est inappréciable. La plupart des autres chroniqueurs ne parlent guère en effet de Simon qu'à partir de 1258; à peine trouve-t-on ck et là quelques renseignements sur la longue période, de presque trente années, qui précède. Paris, au contraire, esprit si curieux de savoir, si bien en position pour apprendre, si exactement et abondamment informé sur les hommes et les choses de son temps, nous fournit les principaux éléments de la vie du comte, et jusqu'ici les biographes de Simon n'ont guère ajouté aux récits du moine de Saint-Alban. Sans doute on peut relever chez lui de menues erreurs ; mais qui est impeccable? On peut lui reprocher des jugements passion-

1. Les lettres d'Adam de Marsh, au nombre de 246, ne sont pas datées pour la plupart. On pourrait donner une date approximative ou sûre à une cinquantaine environ. — Elles sont écrites en latin, sauf un ou deux billets en français adressés à la reine d'Angleterre. Certains passages de ces lettres sembleraient faire croire qu'elles étaient écrites pour être lues de Simon seul, et par conséquent que Simon comprenait le latin.

2. En ce qui concerne les sources de l'histoire anglaise et en particulier les chroniqueurs du moyen âge, on peut consulter utilement V Introduction ta the study of engliih history, par MM. Gardiner et MuUinger. Londres, 1881.

nés; mais que nous importent ses jugements, s'ils n'altèrent pas la vérité des faits * ?

Mathieu Paris est partisan de Simon de Montfort. A plusieurs reprises, il loue sa fidélité, son courage, son dévouement à sa patrie, sa piété. Il s'associe à sa haine contre les Poitevins ; il approuve hautement l'attitude qu'il a prise à Oxford en 1258. Mais jamais il ne prend le ton du panégyrique; quoique Simon soit pour lui le chef de la < bonne cause », il ne lui ménage pas le blâme, quand l'occasion lui en est offerte. D'ailleurs, mort en 1259, Paris n'a pas eu à prendre parti pour Simon martyr ou contre Simon excommunié. Tous les chroniqueurs postérieurs ont au contraire été plus ou moins influencés par cette idée. Écrivant après les événements que le désastre d'Evesham avait rendus si tragiques, ils ont parlé de Simon en hommes qui croyaient aux miracles opérés sur le tombeau du Saint, ou qui voulaient protester contre des superstitions préjudiciables à la royauté victorieuse. Paris reste pour nous le témoin à la fois le plus sûr et le moins partial.

On a depuis Baie' attribué à un moine du couvent de Saint- Alban, Guillaume de Rishanger, une continuation à la chronique de Mathieu Paris, de 1259 à 1307. Elle a été publiée en entier par M. Riley '. La première partie, de 1259 à 1272, a servi au chroniqueur qui a rédigé le Chronicon de bellis Lewes et Evesham publié par M. 0. Halliwell pour la Camden Society. La rubrique placée en tête de cette chronique (Incipiunt chronica Willelmi de Rishanger) l'a fait attribuer à l'auteur delà Continuation, mais cette attribution est impossible*. L'auteur de la Chronique emploie en efibt le style de Pâques, et celui de la Continuation le style de Noël; ce sont donc deux personnages différents. Ont-ils copié l'un sur l'autre? Il y a toute apparence que l'auteur de la Chronique a suivi l'auteur de la Continuation ; il n'a guère fait autre

1. M. Luard a publié le texte des Chronica majora en 7 vol. (Rolls séries). J'aurai rarement Toccasion de renvoyer à VHistoria minor du même chroniqueur. On sait qu'elle a été publiée par sir Fr. Madden dans la même collection .

2. John Baie, évéque d'Ossory, a écrit un ouvrage intitulé : • Illustrium majoris Britanniae scriptoru|n, hoc est Angliae, Cambriae ac Scotiae summarium 9 . Il fut déoié à Edouard VI et imprimé pour la première fois à Ipswich en 1549. Une troisième édition fut donnée en 1559. Dans cette dernière forme, l'ouvrage comprend une liste de 900 écrivains.

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