Willelmi Rishanger chronica et annales (Rolls séries
4. M. Riley semble être de cet avis, bien qu'il n'étudie pas la question des rapports entre la Continuation et le Chronicon de Bellis.
chose en effet que d'ampliâer ce dernier récit. Un seul exemple permettra d'en iuger. Je choisis à dessein le portrait de Simon de Montfort, que l'auteur de la Continuation place après ie récit de la bataille d'Ëvesham, et celui de la Chronique, au début de son œuvre et en manière d'introduction :
Chronica (éd. Riley) p. 36.
« Sicque labores suos finivit vir ille magnificus Simon cornes, qui non solum sua, sed se impendit pro oppressione pauperum, assertione justicie et regni jure. Fuerat utique litterarum sciencia commendabiiis, officiis divinis assidue interesse gaudens, frugalitati deditus, cui familiare fuit in noctibus vigilare amplius quam dormire. Constans fuit in verbo, severus in vultu, maxime âdens in orationibus religiosorum, ecclesiasticis magnam semper impendens reverentiam . . . Fama fert quod Symon per sui mortem multis claruit miraculis, que propter metum regum in publicum non prodierunt. »
Chronicon de Bellis (éd. Halliwell), p. 6
€ Erat siquidem vir magnificus, prudens et circumspectus, armorum usu et rei militaris experientia omnibus in suo tempore anteponendus, littérature scientia commendabiliter preditus, oflSciorum ecclesiasticorum die noctuque avidus auditor; in cibo et potu parcus, ut oculata fide noverant eidem assistentes ; in temporibus nocturnis plus vigiliis indulgens quam sopori, secretioribus suis fréquenter hoc referen-
tibus Erat siquidem jocundi facetique sermonis,
atque mirande fidelitatis assecutus beneficium, propter quod mortem subire non abhorruit. Constantiam ipsius comitis etiam adversarii ejus mirabantur. Ceteris juramenta prestantibus, plures ut provisiouis Oxonie servarent et spreto juramento recalcitrarunt; set semel juratus, sicut columpna
immobilis perseveranter stetit Virorum religiosorum se
commendavit orationibus, humiliter ut fratemitali specialitate eisdem associari supplicavit etiam ut pro statu regni et
pace ecclesie preces ad Deum effunderent Viris reli-
giosis et aliis ecclesiarum prelatis quos honestas vite commendabat omnimodam exhibebat reverentiam. »
On voit le procédé : la continuation a fourni le canevas à la chronique, et celle-ci a brodé sans fin un réci4; manifestement identique pour le fond, mais modifié d'une manière très sensible pour la forme. Sans doute, pour la copie comme
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pour le modèle, Simon est doué des plus ëminentes vertus comme homme public ou privé; mais, tandis que la Continuation, évidemment plus rapprochée des faits, reste raisonnable, la Chronique exagère tout. La Continuation est encore une histoire; la Chronique est déjà une œuvre d'hagiographie.
Cependant cette chronique est utile à consulter ; elle donne plus de détails précis que la Continuation ; mais, à cause même de son caractère général, elle ne doit être utilisée qu'avec prudence, et il est bon que son témoignage soit contrôlé et confirmé par d'autres textes ; la Continuation est un guide moins prolixe et plus sûr.
Sous la désignation commune d'Annales monastid , M. Luard, le diligent éditeur de Mathieu Paris,. a publié en 5 volumes 10 chroniques provenant de diverses maisons religieuses au XIII* siècle. Je n'ai à m'occuper ici, ni des Annales de Margam, qui s'arrêtent en 1232, ni des Annales de Winchester (519-1277), qui parlent à peine de Simon, et seulement de 1263 à 1265, ni des Annales de Worcester composées au XIV® siècle; ni des Annales de Bermondsey, rédigées en 1433 et sans valeur originale; les Annales de Tewkesbury (1066-1263] ne devraient même pas être citées si elles ne donnaient à la fin une intéressante lettre d'un « Anglicus quidam » dont j'aurai à faire usage. Les autres méritent qu'on en dise au moins quelques mots.
1** Les Annales de Burton (1004-1263) nous ont conservé le seul texte aujourd'hui connu des Provisions d'Oxford; mais quant au détail des événements, elles sont très sèches.
2** Les Annales de Waverley fournissent au contraire d'utiles détails sur la guerre des barons. Elles sont très favorables à Simon de Montfort. A Lewes, le parti de Simon est dit € pars sanior », et l'annaliste ajoute aussitôt: < videlicet cum reverentia nominandus Simon de Monteforti. » Après la bataille, il se plaît à faire remarquer la générosité des vainqueurs (II, p. 357). A Evesham, Simon « martyrium pro pace terre et regni reparatione et matris ecclesie, ut credimus, consummavit gloriosum quia, si vellet, apud Kenilworze peroptime confugisset » (p. 365). Ces Annales sont contemporaines et indépendantes pour la période de 1219 à 1266 ; de 1266 à 1275 au contraire elles ne font que reproduire celles de Winchester.
3"* Dans les Annales du prieuré de Dunstable, il faut distinguer la première partie (1201-1242), rédigée par le prieur môme, Richard de Morins, de la partie postérieure (1242- 1297). Richard de Morins se montra fort sévère pour la comtesse Aliéner, lorsque, oubliant son vœu de chasteté, elle
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épousa Simon de Montfort; il refusa d'admettre la légitimité du mariage, et ne voulut connaître que < la comtesse de Pembroke, sœur du roi. » Tout au contraire, les annalistes qui écrivent après la mort du prieur sont partisans déclarés du comte de Leicester. A propos de la bataille de Lewes, on va même jusqu'à dire que Simon eut quatre fois moins de troupes que l'armée royale ; c'est qu'on avait besoin de cette amplification pour crier au miracle : « licet dominus Rex in quadruplum plures et majores quam comes Leicestrie haberet, miraculose tamen et Dei adjutorio roborati, dictus
comes » (III, 232). L'intérêt des Annales de Dunstable
faiblit dans le récit dos événements qui amenèrent le désastre d'Evesham.
4° Quoiqu'elles soient contemporaines des événements qu'elles racontent, les Annales d'Osney n'ont pas une très grande importance pour l'histoire de Simon de Montfort. Je constaterai seulement qu'elles sont très favorables au comte ; * il est, disent-elles, un Dieu clément qui révélera par des miracles les mérites de ses serviteurs morts pour l'honneur de son nom et les lois de la patrie, et qui leur donnera la gloire éternelle. > (IV, 178).
5° Ces Annales ont été reproduites, du moins jusqu'en 1258, par un moine du même monastère, Thomas Wykes ; l'éditeur a même pris soin d'imprimer parallèlement les deux récits : celui d'Osney occupe le haut de la page, celui de Wykes le bas. A partir de 1258, cette dernière chronique est originale, mais elle ne devient vraiment détaillée qu'à partir de 1263. C'est dès lors une source des plus précieuses. Mieux que toute autre, elle décrit la dernière campagne de Simon, qu'elle suit pas à pas dans sa pénible marche de Hereford à Eveshara. C'est elle qui nous fournit le plus souvent le correctif nécessaire au récit de Rishanger. Les Annales de Wyke sont d'ailleurs une particularité d'un autre genre ; elles sont ouvertement hostiles à Simon de Montfort. C'est son orgueil, disent-elles, qui empêche la paix de se conclure entre le roi et ses barons au Parlement du 8 septembre 1263 (IV, 137); il fait alliance avec les « ribauds des villes qu'on appelle bacheliers > (p. 138); il détourne Gilbert de Clare de ses devoirs et, par ses flatteries, il le rend infidèle au roi (p. 140); il prend sa part des biens volés aux Juifs lors du massacre de Londres, en avril 1264 (p. 143). Après Lewes, il traite honteusement ses captifs, et s'empare des biens des prisonniers (p. 154). Cependant Wykes blâme énergiquement le roi quand celui-ci dépouille de leurs biens les partisans du comte mort, et il lui reproche de distribuer, sans discernement, les terres confisquées (p. 184). Wykes,
qui prit l'habit au monastère d'Osney, en 1282, a rédigé son récit tout à l'honneur du prince Edouard dont l'activité fit triompher la cause royale; l'annaliste anonyme d'Osney, plus rapproché des événements, est au contraire, on l'a vu, plein de sympathie pour le martyr de la cause nationale.
Dans la plupart de ces Annales monastiques se reflètent les passions du temps; plusieurs d'entre elles sont de véritables chroniques; une partie de l'œuvre de Th. Wykes, par exemple, fait bonne figure dans le voisinage de Mathieu Paris. Ce sont au contraire de réelles annales que nous avons sous le titre de Chronique des maires et vicomtes de Londres*. De 1188 à 1240, on y trouve seulement une liste des vicomtes (shérififs) et des maires de la ville. Depuis 1240, de brèves notices s'ajoutent aux noms des officiers municipaux. L'au* teur (Arnold Thedmar) consigne sèchement les faits; mais il rachète cette sécheresse par la précision des dates. Il est utile à consulter pour les rapports de Simon avec les bourgeois de Londres. Il n'y a rien à prendre dans un livre analogue, mais beaucoup plus dénué de détails : les « Chroniques de London » (1260-1345), rédigées en français*.
Il me reste à parler de deux courtes chroniques qui ont entre elles un certain rapport. La première est le liber priorattis de Douere attribué, sur la foi d'une simple indication du manuscrit, à un certain Henri de Silegrave*. Il est possible que le rédacteur de cette brève chronique ait été moine à la célèbre abbaye de Beaulieu, fondée en 1204, par Jean sans Terre; du moins il note cette fondation d'une façon toute particulière. Il dit en effet, à propos de la mort de Jean : «... obiit cal. nov. apud Newark, et Wigomie sepultus est, relinquens famosum sui nominis titulum, scilicet abbatiam de Belloloco ordinis Cisterciensis, quam a fundamentis construxit et egregie ditavit. » Le règne de Henri III est raconté dans cette chronique de la façon la plus sommaire, excepté pour la guerre des barons, où elle fournit quelques traits bons à recueillir.
Pour tout ce qui concerne le règne de Jean, la chronique de Silegrave est en étroit rapport avec une chronique encore inédite, signalée particulièrement par M. Th. Duffus Hardy
\. Publié par Th. Stapleton pour la Camden Society. Cf. Pauli, Geschichte von England, III, 888.
2. Publié par Ed. Aungier pour la Camden Society. Cf. Pauli, loc. cit.
3. Ckronicon Henrici de Silearave, publié par C. Hook, 1849. Elle est tirée du manuscrit cotton. Cieopatra A, xii. Le titre de Liber priorattis de Douere, en grande partie d'ailleurs effacé, se trouve au bas de la première page*
Cb. Béhont» Simon de Mont fort.
dans son catalogue (III, 164 et note). C'est le manuscrit de la bibliothèque Bodléienne à Orford, coté Rawlinson B, 150; le titre, que donne M. Hardy, est « Brutus abbreviatus cum continuatione usque ad mortem Simonis comitis Leycestrie ». Le manuscrit est sur parchemin, de 116 millimètres de haut sur 113 de large; il contient 61 feuillets, plus une demifeuille à la fin. Il a été écrit par deux mains difiîérentes du xm* siècle. 1^ Les fol. 1 à 5 inclus contiennent, écrits en très fine minuscule, les trois morceaux suivants : A. Une table chronologique de Thistoire d'Angleterre depuis Guillaume le Conquérant; elle se termine ainsi : « MCCLX {sic) Bellum apud Êwesham in quo comes Sjmon cum multis occiditur — MCCLXIIII. Obsidio castri de Kenillewrth a rege Anglie — MCCLX — ». Suivent quelques autres indications chronologiques, mais d'une main postérieure; la dernière est de Tan 1286 : « Mémorandum quod eodem anno dominus Ânthonius Dunelmensis episcopus, dominus P. de Vesquer et dominus Octonus de Grandisono tanquam nuncii ipsum regem precesserunt. > —^ B. Les fol. 6 et 7 contiennent un tableau (mutilé) des comtés de l'Angleterre et des évéques dans le ressort desquels ils se trouvent. — C. Fol. 8 à 52, notre Brutus abbreviatus, avec table et rubriques. 2? Du fol. 54 au fol. 61, se trouve un résumé très bref de l'histoire anglaise depuis l'invasion saxonne jusqu'à l'avènement d'Edouard P*" en 1273 {sic). Le reste des feuillets est blanc. Au fol. 1 est écrit le nom d'un des anciens possesseurs du livre : Georgius Goodwinus.
Revenons au Brutus abbreviatus. Comme le dit M. Hardy, ce manuscrit doit avoir été compilé par un moine de Battle abbey. On pourra s'en convaincre en parcourant le fragment de cette chronique publié en appendice : l'auteur note avec soin la marche de l'armée royale dans le pays qu'il connaît bien, de Tunbridge à Lewes; il n'a garde d'oublier que Henri III s'est arrêté à l'abbaye, où il a couché une nuit, ni que Simon y passa à son tour en revenant de Lewes. Il raconte de menus faits que seuls les gens de l'abbaye ou des environs avaient intérêt à se rappeler. Pour tout le règne de Jean, le Brutus abbreviatus offre des points nombreux de ressemblance avec le Livre du prieuré de Douvres * ; mais pour le
1 . Il reproduit ainsi littéralement le passage transcrit plus haut à propos de la mort de Jean, à cette seule différence près qu'au lieu de a abbatiam de Bclloloco », le Brutus abbreviatus a « de Bello > tout court, ce qui n*est pas la même chose ; mais c'est évidemment une mauvaise leçon, car Vabbave de Battle avait été fondée par Guillaume le Conquérant pour perpétuer le souvenir de la victoire de Senlac. Cette variante semble prouver tout au moins que le moine de Battle eut
règne de Henri III et pour la guerre des barons, ces deux chroniques sont indépendantes l*une de l'autre et paraissent originales. Le moine deBattle est encore assez bien renseigné sur la bataille d'Evesham et les événements qui Tout précédée. Son œuvre n'est pas, il s'en faut, une production remarquable, ni pour le fond, ni pour la forme; mais elle n'est pas sans valeur, et Ton me pardonnera peut-être d'en donner pour la première fois les dernières pages en appendice au présent travail.
En terminant cette revue des chroniques relatives à l'histoire de Simon de Montfort, il est une réflexion qu'on ne peut s'empêcher de faire. Sauf Richard de Morins et Th. Wykes, tous les chroniqueurs du temps sont partisans du comte de Leicester; tous sont pour les barons contre le roi. Ces chroniqueurs, sauf l'auteur de la Chronique des Maires de Londres, sont tous des moines, appartenant à des monastères de tout ordre : Saint-Alban, Battle, Winchester, Beaulieu, Osney (près d'Oxford), Worcester, Dunstable, etc. Tous sont favorables à la cause, applaudissent aux succès, déplorent la mort lamentable de Simon, l'ami des évéques (Robert de Lincoln, Gautier de Worcester, etc.) et des Réguliers dominicains ou franciscains (Adam de Marsh, etc.), de l'homme qui songe à la réforme de l'Église, non moins qu'à la réforme de l'État. Cette unanimité porte avec elle son enseignement, et nous prépare à considérer Simon de Montfort comme le véritable chef, politique et religieux, de la grande révolution du xni® siècle.
§ 3. Écrits hagiographiques et divers.
Cette faveur qui resta fidèle à Simon de Montfort, môme, surtout après le tombeau, se manifeste bien plus vivement encore dans une série d'écrits dont il faut dire au moins quelques mots. Pour beaucoup, Simon fut un véritable martyr; la plupart des chroniqueurs rapportent que des miracles furent opérés sur sa tombe ; un document officiel (le « dit » de Kenilworth) le constate également. Enfin nous possédons un curieux recueil de ces miracles*. Le premier est celui d'une source qui jaillit à l'endroit où Simon tomba mort et fut mutilé; cette eau, douée de propriétés extraordinaires, guérit les malades, les infirmes (hommes et bêtes),
sous les yeux, pour le règne de Jean, la chronique de Beaulieu, ou que les deux compilateurs ont puisé à une source commune.
1. Publié par 0. Halliwell pour la Camden Society ({840) à la suite de la Chronique de Rishanger.
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ressuscite les morts; rinvocation du nom de Simon de Montfort, son apparition dans les rêves, suffisent pour apporter des remèdes ou des conseils immédiatement salutaires ; tout cela certifié par des témoignages nombreux ou considérables : la comtesse de Gloucester, le prieur de Sainte- Croix de Waltham , toute l'île de Taweth , tout le village (villata) de Novereis Burton, le prieur de Malton et tout le couvent, etc. L'auteur est un moine qui a de ses oreilles entendu le récit de certains miraculés : « de quodam miraculé mirabili quod nobis recitavit Henricus de Pomery miles »... € Prier sancte Crucis de Waltham, gravi infirmitate detentus, sicut ipse narravit priori nostro, usque ad mortem... » Parfois ces miracles sont datés avec précision, par Tan et le jour; la plus récente de ces dates est celle du 6 septembre 1277. Ainsi, malgré les défenses royales, on allait encore, treize ans après la mort du comte, en pèlerinage à la sainte fontaine; et là vieillards, infirmes, moines, dévotes, invoquaient saint Simon de Montfort; détestée par le roi et les siens, poursuivie avec acharnement, sa mémoire reste vivante parmi le peuple. Le vainqueur des Albigeois, tué au milieu de la guerre sainte, n'a pas laissé d'aussi touchants souvenirs. On en reste pour lui à l'apologie passionnée du moine de Vaux-Ccrnay; n'est-ce pas que l'œuvre du père était avant tout une œuvre de destruction, et celle du fils une œuvre impatiemment attendue de réformes? Le sentiment populaire ne se trompe pas toujours, et sait discerner, même chez les violents, ceux qui travaillent et meurent pour la cause du peuple.
On alla plus loin encore dans cette voie de la béatification de Simon de Montfort. M. Prothero, dans le 4° appendice à sa Biographie du comte de Leicester, a publié en effet 3 hymnes en latin, écrites à l'honneur de Simon de Montfort*; elles étaient destinées sans doute à être chantées à vêpres, à matines et à laudes. Puis vient une antienne :
decus milicie Gentium (sic) Anglorum, Cornes Leicestrie, Dextra oppressorum!
Sanguine commercio (sic) Jus tenes celorum.
Posée nobis miseris Vitam beatorum.
1. M. Prothero n'a pas signalé cette mention fournie par Gunton d'après un ancien catalogue de la bibliothèque 'du monastère de Peterborough: « Vita Simonis de Monteforti rythmice ». Hislory of the church of Peterhorough, p. 215. Je dois ce renseignement à M. Paul
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Enfin l'oraison finale : « Deus, qui beatum Symonem martyrem tuum virtute constancie in agone suo communisti, quique illi ad renovandum Britannie regnum milites inclitos associasti, tribuenos ejus precibus adjuvari.qui celebri martyrio meruit consummari »*. C'est ainsi qu'on priait l'excommunié, mort pour les libertés publiques de l'Angleterre.
C'est dans la catégorie des écrits hagiographiques qu'il convient de placer la chronique de Lanercost, œuvre incohérente dans la forme, et des plus étranges quant au fond ; les détails qu'elle donne sur Simon de Montfort sont, je ne dirai pas erronés, mais absurdes. Je ne pouvais m'empêcher de la mentionner, mais il est impossible d'en faire aucune usage*.
Tandis que la légende du martyr d'Evesham naissait et se développait avec rapidité dans les couvents, la poésie, populaire ou savante, chantait soit avec gaîté, soit avec larmes, en français, en latin, en anglais, le chef des barons ligués pour le triomphe de la vérité et de la justice.
Le moine qui compila le récit des miracles cité plus haut termine son recueil par des stances latines : « Anne Domini m. ce. Ixv., octavo Symonis Montisfortis sociorumque ejja&y pridie nonas Augusti*.
Salve, Symon Montisfortis, Totius flos militie..., Duras penas passus mortis, Protector gentis Anglie...'* •
Dans ses Political songs andpoems publiés pour la Camden Society, M. Th. Wright a fait connaître plusieurs de ces poèmes relatifs à Simon de Montfort. Dans l'un, le poète, ou le versificateur, si l'on veut, exhorte Simon, Hugues Bigod, les grands du royaume à se conduire avec bravoure, et à
Meyer. M. Bartsch a publié une notice sur les manuscrits français indiqués dans cet ancien catalogue de Peterborough dans la Zeiischrift fur romanische Philologie, t. III (1879), n« 1.
1. The life of Simon de Montfort earl of Leicester. Londres, Longman, 1877, p. 388.
2. VoY^zRevue critique d'histoire et de littérature, 1877, n* 34. Il n*y a pas davantage à tenu* compte de la Chronique de Meirose publiée par le même éditeur. Cette chronique est importante pour Tnistoire des relations de l'Ecosse avec l'Angleterre au xiii* siècle, mais elle place la bataille d*Evesham en 1268, et montre par ce fait seul qu'elle avait une idée fort confuse de la guerre des barons.
3. Le 4 août 1265, jour de la bataille d'Evesham, huitième année du protectorat de Simon de Montfort.
4. Halliwell, p. 109. Cf. p. 139 un fragment d'un autre poème en hexamètres.
lutter avec persévérance contre les ennemis de la liberté. {Plange, plorans Anglia I)
Honor vobis maximus erit, laus et dingna, Si respiret Anglia, vestra gerens singna; Quam, ut cito liberet a jpeste malingna, Adjuvet nunc Domini pietas beningna.
Dans un autre, la conduite des barons avant Lewes, la nécessité où ils se trouvaient de combattre le roi pour mettre fin à sa tyrannie, sont très longuement développées ; Simon, qu'un chroniqueur appelle un autre Machabée, est ici comparé à Matatbias :
Sed banc videns populi Deus agoniam, Dat in fine seculi novum Mathathiam, Et cum suis filiis zelans zelum legis, Nec cedit injurils, nec furori régis...
Après la victoire, le poète vante la générosité de Simon : Aequitatem comitis Symonis audite !
Les Barons et leur chef Simon sont les héros d'un autre poème en anglo-normand, également publié par Wright; on n'en possède qu'un fragment :
Moût furent bons les barons Mez touz ne sai nomer lur noms, Tant en est grant la sume !
Pour ce revenk al ^uens Symon, Pour dire interpretison Cornent hom le nome.
Il est apelé de Monfort ; Il est et mond, et si est fort...*
L'inimitié de Simon contre le comte de Varenne et Hugues Bigod est marquée en traits assez vifs dans une poésie anglaise publiée, comme les précédentes, par Th. Wright : « Sire Simon de Montfort avait juré par son menton* que, s'il tenait jamais le comte de Varenne, celui-ci ne reverrait plus jamais sa maison... » Ce comte fut tué à la bataille de Lewes. Commettant une erreur qu'on a relevée depuis longtemps, M. Fr. Michel a confondu avec celui-ci son père^ Foulques Fitz Warin, contemporain du roi Jean*.
Peu de temps après la mort du comte de Leicester, fut composée une sorte de complainte, souvent citée et qui jus-
1. Cf. Leroux de Lincy, Chants historiques français, I, 200 ; Hist, litt. de la France, tome XXIII.
2. Selon la Chronique de Rishanger, le juron habituel de Simon était « par le bras de saint Jacques ».
3. Histoire de F. Fitz-Warin. Paris, 1840, in-4. Cf. History ofF. FitZ'Warin, par Th. Wright, 1855.
qu'à un certain point mérite de l'être. Ici, c'est à Thomas Becket que Simon de Montfort est comparé :
Or est ocis
La fleur de pris Qe taunt savoit de guère,
Li a uens Montfort !
Sa aure mort Molt en plorra la terre.
Mais par sa mort
Li cuens Mountfort Conquist la victoire.
Comme ly martyr
De Canterbyr
Finist sa vie.
Ne voloit pas
Li bon Thomas, Qe perist seinte Église.
Li cuens aux!
Se combati, E morust sauntz feintise^
Ainsi moines et versificateurs (et ces versificateurs sont peut-être aussi des moines) sont d'accord pour célébrer les vertus de Simon de Montfort, pour le comparer aux plus fameux défenseurs de l'indépendance nationale et des libertés publiques et religieuses de l'antiquité judaïque et de l'histoire chrétienne. Encore un pour qui la mort fut plus clémente que la vie. Simon n'avait pas été à plaindre ; il avait eu biens, dignités, gloire extraordinaire; mais son désastre lui assure le suprême honneur du martyr.
§ 4. Bibliographie.
Je n'ai pas l'intention d'énumérer ici tous les auteurs modernes qui ont parlé de Simon de Montfort ; ce serait donner la liste de tous ceux qui ont écrit sur Thistoire anglaise au xm*^ siècle, et sur les origines de la Constitution anglaise. Je me contenterai de citer les principaux, ceux dont je me suis ordinairement servi.
Au point de vue de l'histoire générale de l'Angleterre et de ses institutions au xiii" siècle, il convient de citer en première ligne les ouvrages de M. Reinhold Pauli, un des historiens allemands qui connaissaient le mieux cette époque
1. Wriffht, ouvr. cité ; cf. Aug. Thierry, -^i*^ de la conq, de V Angleterre, TV, 322. Cette complainte avait déjà été publiée à Londres en 1818, en caractères gothiques ; plaquette ae xliiij p. — Voyez encore dans Wright un poème satirique, en français, écrit à propos du traité de 1259.
et ce sujets celui de M. Pearson, également fort digne d'attention', mais surtout les remarquables ouvrages de M. Stubbs' et de M. Rud. Gneist*. M. Stubbs a de plus rendu aux historiens un inappréciable service, en mettant entre leurs mains un recueil commode et sûr des principaux textes relatifs à cette histoire'.
Si je suis obligé de passer rapidement sur les ouvrages d'un intérêt général*, je dois au contraire insister sur les livres où la biographie de Simon de Montfort est traitée d'une façon toute particulière. Sur ce point, je me suis efforcé d'être aussi complètement renseigné qu'il est possible.
Dans un volumineux ouvrage où un laborieux érudit, Nichol, a, vers la fin du siècle dernier, réuni de nombreux matériaux sur l'histoire et les antiquités du comté de Leicester', M. Russell a écrit une très longue biographie de Simon. Il a mis à profit la plupart des chroniques énumérées plus haut, ainsi que les Fœdera de Rymer; mais il n'y a guère ajouté. Son étude, qui n'est pas sans mérite, est beaucoup trop longue (100 p. grand in-folio à 2 col., d'une impression très serrée) et contient des hors-d'œuvre aussi inutiles pour la biographie du comte que pour l'histoire du comté. Malgré ces défauts, cet ouvrage n'en a pas moins été le point de départ des travaux postérieurs.
i. Ge9chichie von England ; fait suite à Touvrage de Lappenberg ç^m
Sorte le même titre, mais qui ne dépasse pas Tannée 1154 (il existe es deux volumes de Lappenberg une traduction anglaise par Thorpe). Cette suite comprend trois gros volumes qui vont jusqu'en 1509.
?. Hislory of England during tke early and middle âges, 2 vol.
3. The Conatitutional history of England in Us origin and development, 3 vol. Oxford, Clarendon press, 1875-78.
4. Engliscke Verfassungsgeschichle, Berlin, Springer, 1882. M. R. Cardon a publié en 1883 sur le même sujet un ouvrage en deux volumes qui, sans être original, n'est pourtant pas sans valeur : Svolgimento storico délia costituzione ingiese.
5. Select Charters and other illustrations of enalish constitutional history, from the earliest times, to the reign of Edward/.^ cinquième édition en 1883. La cinquième, la quatrième, la troisième et la deuxième éditions sont identiques; elles diffèrent au contraire un peu delà première; C'est à celle-ci que renvoie l'auteur; c'est à l'une des autre6>au contraire, que je renvoie toujours.
6. Il convient de signaler, au moins en note, l'esquisse brillante et instructive, bien qu'écrite presque sur le ton dithyrambique, de M. Edward A. Freeman: Le Développement de la Cons'itution anglaise, traduit de l'anglais par M. Âl. Dehaye, 1877. On pourra enfin consulter avec fruit le volumineux ouvrage de M. Glasson sur le droit et les institutions de l'Angleterre. La partie historique est faible ; mais la partie juridique est traitée avec une réelle compétence.
7. History and Antiquilies of Leiçester^ 8 vol. in-fol., 1795-1815.